‹ La comédie socialisteChapitre 156 sur 199 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La concentration socialiste avec les adversaires de la République. — Le pacte de Bordeaux. — Partis antiçônstitu- 'tionnels. — Le ministère de la concentration eocialute. — Question à M. Ranc. — Réponse : « Je voterai pour M. Jaurès. »

Les socialistes viennent de montrer, au Père- Lachaise, comment ils continuaient de comprendre la politique d'apaisement. S'ils n'ont pas donné, à la célébration de l'anniversaire de la Commune, toute la pompe qu'il mérite, c'est que le préfet de pqlice a eu la mauvaise grâca de les empêcher de développer leurs drapeaux rouges et de se réunir en masse.

Que les ultramontains de Marseille votent pour les socialistes, comme les réactionnaires du Nord ont voté pour M. Paul Lafargue ; que M. de Lur-Saluces célèbre le pacte de Bordeaux qui a amené à la municipalité de cette ville des socialistes et des~ irréconciliables de la République, nous le comprenons : ils représentent des partis anticonstitutionnels.

Mais comment des hommes appartenant à un parti constitutionnel, dana q\ie\c\wft ^«^^ ^^ ^^ ^^\\.^ ^è<îMr

LA CONCENTRATION SOCIALISTE A^l

vent-ils onsidérer que les socialistes forment un parti régulier?

Partout, les socialistes prennent pour mot d'ordre la lutte de classes et l'expropriation de la société capitaliste. C'est là un programme de guerre sociale et de spoliation. Ils répètent partout qu'ils ont trois moyens politiques : le vote, quand ils ne peuvent pas faire autrement; la grève, comme instrument de combat; la force, quand ils ne jugeront pas le moment trop dangereux pour eux.

Quelle compromission peuvent avoir des partis constitutionnels avec des hommes qui ont un pareil programme?

Tout député est un candidat ministre : voilà ce que ne doit pas oublier l'électeur.

S'il vote pour un socialiste, il doit donc considérer l'éventualité où il serait gouverné par lui.

Si la concentration socialiste avait la majorité dans la Chambre, la France risquerait donc d'être gouvernée par un cabinet ainsi formé : MM. Goblet, à la justice ; Millerand, à l'intérieur en sa qualité de politique sans scrupules; Jaurès, au commerce et à l'industrie, puisqu'il a été le grand chef de la grève de Carmaux et le fondateur de la verrerie ouvrière ; Jules Guesde, aux affaires étrangères, en sa qualité d'internationaliste résolu; Vaillant, aux travaux publics, en sa qualité de partisan de la journée de travail à six heures; Gustave Rouanet, à la guerre, puisqu'il a étudié l'armée dans les compagnies de zéphyrs; Viviani, à la marine, car il a quelquefois navigué entre Alger et Marseille ; Chauvin, au ministère des colonies, afin de lui permettre d'y écouler le savon socialiste destiné à blanchir les nègres ; Faberot, aux finances, cour ^w\^ventionner les grèves tout à l'aise', Cî\i^wV\^t^/^^*^^-

LA COMÉDIE SOGIALiaTK ^^^

Blrurtioii publique, pour apprendra l'orthographe.

11 est vrai qu'ils nu s'entenilent pas entre eux, qu'ils sont liâpnréB par des haines peraonneiles profondos.

Mais les membres de la Commune et du comité cantrnl iiH s'euttmdaient pas entre eux nou plus- Leur gouveruemeul un était-il meilleur?

Voili le personnel que les partisans Je la conceo- Iration socialiste risquent d'amener au pouvoir. J'ai derpaad6 à M. Hanc :

— Jusqu'où va votre concentration? S'ôtend-ellfl aux socialistes et aux collectivistes?

U me répondit que, malgré l'incompatibilité de leurs humeurs réciproques, il se concentrerait d'enthousiasme avec M. Goblel qui a fondé l'Union socialiste. M. Ranc ajouta :

En attendant, je n'esquiverai pns la question d'Yves

8i dans une circonsoription quelconque, H. Jaurès arrivait le premier dea cnndida'a républiouins au premier tour de scrutin, s'il y avait dauger à ce qu'un clcrioal, un eDuemi déclaré ou non de la République, passât au deuxième tour, J'estime que le devoir dei radicaux, comme des modérés sincèrement républicains, serait de reporter leurs voix sur M. Jaurès.

Nous sortons des nuages de la concentration de M. Léon Bourgeois. M. Ranc est prêt il voter pour M. Jaurès, et non seulement pour M. Jaurès, mais logiquement pour MM. Gueade, Vaillant et tout Ravacbol en quête de dynamite électorale.

H. Ranc entend ainsi soutenir les intérêts de la République. Pourquoi? parce que M- Jaurès s'intitule républicain. Mais les boulangisteS aussi s'intitulaient râpub|)c«ins. M, R«nc aurait'i) fait de la coaoentrfttion «ux?

Quant à moi, je Tai dit nettemeot, je combattrai tous les inconstitutionnels : et si j'étais placé dans Talternative de voter pour M. Jaurès où pour M. La Rochefoucauld, je ne voterais ni pour Tun ni pour rautr€.

CHAPITRK III

I, La politique des ralliés. — Le bno et le mauvais rallié. — Alors il ne s'agit plus que Je quealians personnelles. — Le prince (l'Arenberg : i Je suis rallié. » — Dem parti».

II. Non pas la RépulUque sans les répuliUcaint, mnia la République sans les socialisles.

IlL La politique de résistance. — Oui, k la tjrrannie socialiste et à l'anarchie.

Tandis que certains républicains font la politique de concentration socialiste, ils nous reprochent de faire la politique des ralliés.

Je leur réponds : — Mais, si vous voulez supprimer tous les ralliés du parti républicain et ne garder que les républicains de la veille, comme l'effet du temps les rend de moins en moins nombreux, vous risquez fort de les yoir réduits à une poignée.

Alors, M. Ranc distingue deux sortes de ralliés. Il accepte MM. Thiers, Bémusat qui sont morts. Bien. M. Banc parle comme Sganarelle. Mais s'il y a ralliés et ralliés comme il y a fagots et fagots, il admet donc qu'il peut y avoir des ralliés sincères, utiles, , que la RépubhqBe se fèUcile à'avow atap:\%.Vi&fc^-*^\.î>.^*t

plus de rejeter les ralliés en bloc; il s'agit de questions de personnes. On peut discuter la sincérité de tel ou tel personnage. Que M. Ranc dise : — « Je n'accepte pas tel rallié, parce que je crois qu'il est toujours un ennemi de la République, » soit. On peut peser les raisons, il ne s'agît plus de l'exclusion en masse. Placé entre un socialiste et un rallié, — qui ne pourrait pas être suspect môme à M. Ranc, — que ferait-il? Combattrait-il le républicain constitutionnel et soutieii- • drait-il le socialiste inconstitutionnel?

Préférerait- il à un partisan de la République actuelle un autre qui déclare tous les jours son mépris pour elle et son désir de la détruire?

Quand je lui ai posé ces questions, il les a trouvées si embarrassantes qu'il n'y a pas répondu.

M. le prince d'Arenberg a donné exactement, dans la séance du 18 novembre 1895, les motifs pour lesquels nous comptons les ralliés dans la majorité républicaine :

— Rallié! c'est un crime. Je suis rallié, a-t-il dit. Pourquoi?

Parce que nous voulons rendre notre pays moins divisé et moins déchiré et ne pas revenir éternellement en arrière pour recommencer les mêmes agitations. Ce que nous voulons, c'est, en présence de l'armée grossissante du socialisme et du désordre, fortifier les rangs de ceux qui combattent pour l'ordre et la liberté. Si nos adversaires nous en veulent, ils ont raison, parce que je vous déclare qu'il ne dépendra pas de nous ou qu'ils restent au pouvoir ou qu'ils y arrivent.

A quoi bon, du reste, cette qualification de ralliés? Il n'y a qu'un gouvernement en France : la République.

D'un côté, se trouvent des hommes qui veulent la précipiter dans la Révolution sociale-, c\yv\ o^\.^ciw\ ^^litique la guerre de classes ; qui oui çowt \iw\. \^ ^^^-

I.A COSIÉTIIE SOCtALlSTË tnicliou lie lu propriiMi^ individuellft el la Inainmisi, i pnrUplua brutato oppressiuD, sur luufl len élémenU qui couHtituQDt la prospi^ritiS, l'htinnciir el to glulr« des civilîsalioDS idoiIfTiios.

En face d'eiii doivent aP réunir ot se groiipertow les hommes (juî veulent le maintien des pHnclpciide iibmtit individuelle ot de propriété individuelle, le progrès de» libertés publiques et Assurer la paii sociale par le respect des lois ëconolnlqUeB ^t des coDlrals publics el privés.

Peu importe quelle était la foi politique àe la veille des hommes qui doivent se réunir dans cette action ; ce qui importe, c'est leur conviction attucth;,

It

Il ne s'agit pas, comme le prétend M. Ranc, défaire une république sans républicains ; il s'agit de faire une république sans les socialistes.

Alors de bons radicaux prennent un air efTarouabè et ils affectent de confondre la Itëpublique avec le socialisme.

Quand je soutenais cette politique, U. tiubJet me dénonçait comme représentant « ta politique de résistance ».

Oui, de résistance à la tyrannie socialiste d'aujourd'hui, à l'anarchie d» demain, cDitime je r^pt-éseiltais la politique de résistance contre le boulangisme, aWs que lut, président du Conseil, le laissait se développer, par Incotisciaube ou complicité, lous soti' gotiVernetaebt.

M. Goblet voudrait faire croire que la politique de résistance aux folies, aux erreurs, aux aventures périlleuses, est la politique de résistance aux réformes.

Il y a une différence entre M. Goblet et moi : j'ai accompli des réformes ; j'ai passé ma vie à étudier les réformes fiscales et économiques.

Lui, il en parle; mais il n'en a jamais accompli et il n'en a jamais étudié.

Le devoir d'un homme d'État n'est pas seulement de vouloir, de prévoir et d'agir ; il est aussi dB résister.

Ce qu'ils appelleiit « la réaction », c'est la politique qui empêche aussi bien d'affaiblir la loi par de lâches complaisances que de la laisser détruire par la violence.

C'est ce que nous appelons, nousi une politique d'ordre^ de liberté et de progrès, la seuliî qui puisse lious préserver de l'anarchie et du cèsarisme.

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