‹ La comédie socialisteChapitre 20 sur 199 · ET LE CENTENAIRE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ET LE CENTENAIRE DE VOLTAIRE

« Le vieux petit employé. »> — Caractère de cette campagne. — Démagogues catholiques. — Le centenaire de Voltaire. — L*esprit voltairien. — La tolérance dans les mœurs, la liberté dans la lui. — Contre les décrets du 29 mars 1880. — Les libres esprits français. — 1789 contre 1793.

De temps en temps, des gens qui se croient très malins disent : — Quand Yves Guyot était le « Vieux petit employé », et ils insinuent que j'étais alors socialiste. Ils ignorent que je présentais ma campagne comme l'étude du problème suivant : « Comment concilier la liberté individuelle avec la sécurité publique? »

Les démagogues catholiques, comme la Croix ^ m'accusent d'être socialiste parce que j'ai pris Tinitiative^u centenaire de Voltaire, en 1878, et que j'ai contribué à faire ériger la belle statue de Callée qui se trouve sur le quai Malslquais. Dans la cérémonie (où elle fut inaugurée le 15 juillet 1885) à laquelle prirent part M. Victorien Sardou, au nom de TAcademie française, M. Arsène Houssaye, au nom de la Société des gens de lettres, je prononçai un discours

dans lequel je donnais la signification que j'y attachais.

L'œuvre de Voltaire est grande parce qu'elle représente le libre examen : « Observe, compare et décide par toi-même. »

Il mettait, à la place de la foi aveugle et obstinée, l'esprit de doute, sans lequel nul progrès intellectuel n'est possible ; à la place du délire persécuteur, le respect de la conscience humaine ; à la place du miracle, la notion de loi sans laquelle il n'y a pas de science; à la place du droit divin, ce Credo du monde moderne qui s'appelle les Droits de THomme ! ,

La communion des peuples se fait par leurs génies : de l'Angleterre, il avait rapporté les découvertes de Newton et la philosophie de Locke ; de Tltalie, il introduisit en France le livre de Beccaria.ll lit plus. Il le mit en œuvre dans ses immortels plaidoyers pour les Calas, les Sirven, le chevalier de La Barre, et tant d'autres. Il apporta dans la reventlicatioii de la justice cette ardeur qui lui faisait dire : « Je hais les tièdes. » Il n'évaporait pas son sentiment en vaines lamentations; il agissait.

Il a donné la formule de l'homme moderne, l'action: « Il faut faire entrer dans notre être, dit-il, tous les modes imaginables, en ouvrir toutes les portes à toutes les sciences et à tous les sentiments. Le travail est mon Dieu ! »

Il est bien que, précisément en face de la fenêtre légendaire d'où Charles IX tira sur ses sujets, le jour de la Saint-Barlhélemy, s'élève la statue de celui qui n'a cessé de réclamer la tolérance dans les mœurs, la liberté dans la loi !

C'est au nom de cette tolérance que j'ai été un des rares républicains qui aient combattu les décrets du 29 mars 1880 contre les congrégations.

C'est parce que je suis un adversaire de toutes les théories de servitude et d'annihilation de l'individu ; que je suis un adepte de la méthode d'investigation objective, que je me suis toujours acharné contre les

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