‹ La comédie socialisteChapitre 3 sur 199 · A TOUS LES SALARIÉS · texte numérisé non relu

A TOUS LES SALARIÉS

mes confrères,

je dédie ces pages.

Si, pour les socialistes, le salaire est le critérium du quatrième état, j'en suis.

J'en suis beaucoup plus que tel qui se prétend socialiste. Je n'ai point gagné des millions en exploitant un monopole, comme une charge d'agent de change. Je ne bénéficie point « du surtravail d'ouvriers » travaillant pour mon compte, comme un tel parmi les plus ardents socialistes révolutionnaires. Je n'ai jamais joué au démagogue riche, se fa:isant une clientèle par ses largesses. Je ne me suis point acheté des collections de tableaux, et je n'ai point accjuis des millions en exploitant, avec le vocabulaire du ruisseau au profit des sentiments d'envie et de haine, la crédulité la plus imbécile.

Dans une brochure dialoguée, M. Henri Brissac m'a prêté ces mots invraisemblables : « Je ne suis pas

n PRÉFACE

un salarié. » Et pourquoi M. Henri Brissac me contestait-il cette qualité? parce que, disait-il, je ne suis pas partisan de la réglementation des heures de travail. Quand je la combats, c'est cependant comme salarié que je parle. Si elle m'était appliquée, elle troublerait toutes mes habitudes. Je me demande avec terreur ce que je ferais des loisirs qu'elle m'imposerait. Il est vrai que je ne suis pas davantage partisan d'un minimum ni d'un maximum de salaire.

Si, comme la plupart des Français (1), je suis propriétaire foncier, je me trouve dans la situation du Limousin qui a des terres dans la Creuse ou dans la Haute-Vienne : quand, à Paris, il exerce son métier de maçon, n'est-il pas salarié?

A la fois salarié et salariant, la plus grande partie des salaires que je distribue, je les prélève sur mon propre salaire.

MSon expérience personnelle est donc une des pnev^es de la fausseté des tentatives faites par les sacialistes pour séparer la société, unifiée par la Révo- Intàon de 1789, en castes contiguës et impénétrables IssuBÊ&aux autres.

Jies m'adresse à vous salariés, comme l'un des vôtres; jet H'ai cessé depuis plus de trente ans de chercher les HDeiilleures solutions pour diminuer vos charges fiscales y pour augmenter vos salaires; pour agrandir et asôuirer votre existence; pour économiser votre effort dans le but, non point de vous transformer en lazzarones, mais d'augmenter votre puissance de production^ de consommation et d'échange.

(1) Voir plus loin : « La force et le nombre. »

PRÉFACE m

Les solutions que j'ai cherchées,, je ne les ai point demandées à des conceptions subjectives flatteuses dans la forme, décevantes dans la réalité. Loin d'essayer d'en imposer par des phrases solennelles, des formules mystériewses, des élégies mielleuses, je n'ai cessé de vous répéter, sous toutes les formes : — Ne prenez jamais des mots pour des choses!

Des recherches patientes, l'observation rigoureuse et si difficile des faits économiques et sociaux; des travaux prolongés aboutissant à des conclusions qui froissent les illusions; la poursuite désintéressée de la vérité et son affirmation à rencontre des préjugés qui emportent, à certains moments, dans un vent de folie, cette vague entité qu'on appelle l'opinion publique, voilà le rôle de l'Économiste.

On n'y trouve point, à coup sûr, la passion de la popularité et des succès personnels.

L'Économiste ne déclare pas qu'il possède des incantations magiques et les mots cabalistiques qui peuvent créer du bonheur à discrétion ; il ne dit pas aux foules qu'il leur suffit de faire un acte de foi dans ses pouvoirs mystérieux pour n'avoir plus besoin de travailler et être débarrassées de toutes les obligations de la vie. Il est au socialiste ce que le chimiste est à l'alchimiste. Les inventeurs et trafiquants de la pierre philosophale sociale se gardent bien de discuter avec lui : c'est plus commode pour eux de lo dénoncer comme un homme sans pitié pour les souffrances humaines et de le reléguer dans « l'école dure », parce qu'il représente l'école sincère qui n'est ni dure ni tendre : elle est vraie.

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