‹ La comédie socialisteChapitre 35 sur 199 · LE PROGRAMME DE · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DE

RÉSOLUTION DU CONGBÈS TENU AU HaVRE, SALLE DE L'UnION LYRIQUE, NOVEMBRE 1880, QUATRIÈME CONGRÈS NATIONAL OUVRIER.

Première question. — De la propriété.

Considérant qu'il n'y a d'émancipation possible pour les travailleurs, que dans la possession de Tinstrument de travail et de la matière première.

Considérant que cette possession des moyens de production ne saurait être individuelle pour deux raisons :

1° Parce qu'elle est incompatible avec les pro^Tès et Tétat même de la technique industrielle et agricole (division du travail, machinisme, vapeur, etc.);

2' Parce que, ne fùt-elle pas antiéconomique, elle ne tarderait pas à donner lieu à toutes les inégalités sociales d'aujourd'hui.

Considérant que cette possession ne saurait être davantage corporative ou communale, sans entraîner tous les inconvénients de la propriété capitaliste d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'inégalité des moyens d'action entre les travailleurs, le désordre dans la production, la concurrence homicide entre les groupes producteurs, etc.

Considérant d'autre part, que celle prise de possession ne peut être opérée que par la Révolution sociale.

Considérant que cette Révolution doit avoir pour but la réalisation de la justice sociale, en garantissant à tout être humain le libre et entier développement de toutes ses facultés, la complète satisfaction de tous ses besoins.

Que le premier besoin de l'homme est la liberté, que sa garantie est l'égalité.

Attendu que la production (par la division du travail) sera pour quelque temps encore, au lendemain de la Révolulion, une entrave à l'entière indépendance de l'homme.

Que par conséquent, la liberté ne saurait exister sans la mise à la disposition de tous de la production sociale.

Le congrès national ouvrier socialiste du Havre (4« section) déclare nécessaire l'appropriation collective, le plus vite possible et par, tous .les moyens, du sol, du sous-sol, des instruments de travail, cette période étant considérée

70 LA COMÉDIE SOCULISTE

comme une phase transitoire- vers le communisme liber-

Deuxième question. — Le salariat.

Le conj;rès national ouvrier socialiste réuni au Havre on 1880,

Considérant que la réunion des délégués an 4" congrès iLational so<;ialisle ouvrier, a reconnu qu'il n'y avait aucune réforme possible qui puisse non seulemenl changer, miis même améliorer la position des salariés;

Considérant qu'il a été reconnu également que le seul moyen de transformer les conditions du travail, est de supprimer entièrement l'organisation abusive du salariat, cette dernière forme de l'esclavage;

Considérant que la nouvelle organisation sociale ne peut avoir pour base que l'appropriation collective da ■iol, sous-sol, instruments de travail ou de production, Jéclare ;

Que le seul but que doivent se proposer les salariés est il'arriver le plus tôt possible à cette iransformation ;

Pour atteindre ce but, le congrès déclare que les travailleurs doivent s'organiser en parti entièrement distinct, opposé à la bourgeoisie, en form'anl le plus grand nombre possible de chambres syndicales, groupes, socistes ouvrières, cercles d'études ou toute autre Corme 'le groupe» révolutionnaires, établis dans cbiique localité, s' unissant par cantons et se fédérant par région;

Considérant, en outre, que, pour arriver à leur alTran- <:hissenient, il est nécessaire que les travailleurs aient le lomps de s'occuper de leurs intérêts et de la chose pulilique, le congrès conseille de faire de l'agitation pour la réduction de la journée de travail à huit heures.

\dopté par 50 voix contre 2 et 4 abstentions motivées (3 absences).

Considérant en outre que les grèves sont les conséquences fatales de l'ordre social actuel, et un moyen d'agitation, d'action et d'organisation, le congrès invite les travailleurs à former, dans loutes les villes, un comit^i permanent des grèves. Dans les localités où il y a des comités fédéraux, ceux-ci pourront se constituer en

LE PROGRAMME DE 1880 7i

comité des grèves. Le congrès invite aussi les trava-Ueurs appartenant à des localités, où la fédération des groupes n'est pas encore faite, à pousser à la constitution immédiate de cette fédération ;

Considérant enfin qu'il est urgent que le peuple tra- Tailleur sache que faire et comment s'organiser, lorsqu'il aura conquis son .affranchissement, pour fonder la société nouYelle, la commission de salariat propose de mettre à l'ordre du jour du prochain congrès :

De l'organisation sociale au lendemain de la Révolution.

Pour y arriver le neuvième congrès ouvrier de la Fédération du Centre a pris la résolution suivante :

L'organisation du prolétariat sur le terrain de la lutte des classes, sans compromission aucune, en vue de la RéYolution sociale, car malgré le bien fondé des mises en demeure faites par les travailleurs conscients à la classe possédante et dirigeante, cette dernière ne cédera que devant la force.

Les possibilistes, qui sont les opportunistes du so-

^ cialisme, MM. Brousse, Prudent-Dervillers, Lavy, etc.,

signaient en 1881 un programme dans lequel ils disaient:

Considérant que le prolétariat en lutte doit faire usage de tous les moyens en son pouvoir : résistance économique (grève), vote et force selon les cas.

Page 1