JULES GUESDE AU CAPITOLE
Voici comment il le proclamait :
L'élection de dimanche est une véritable révolution... D'un bout à Tautre de la France du travail, on crie : Vive Roubaix !
, « Ce n'est pas un député » qu'a nommé Houbaix, « c'est une politique nouvelle qu'elle a inaugurée ».
M. Jules Guesde en était-il bien sûr? Nous n'entendions pas les ouvriers agricoles qui forment la majorité des travailleurs en France, ni les ouvriers de la petite industrie, faire retentir le cri de : « Vive Roubaix! » Mais il convient aux prophètes de clamer bien haut leur victoire. Rien ne réussit comme le succès, il faut donc l'enfler.
Il y avait bien quelques gens, à la dernière Chambre, qui prétendaient être socialistes, représenter « la classe ouvrière », dont ils parlaient volontiers : MM. Lavy, Ferroul, Thivrier, Dumay et autres. Pour M. Guesde, autant de zéros.
La« classe ouvrière » n'a été représentée à la Chambre que du jour où M. Jules Guesde y est entré. Voilà, pourquoi « Télection de dimanche était une révolution! » Voilà pourquoi M. Jules Guesde disait :
Merci à Roubaix qui, en introduisant le socialisme au Palais-Bourbon comme elle l'avait déjà introduit à l'Hôtel de Ville, est devenue la commune modèle — j'allais dire la Ville Sainte — pour les prolétaires de partout.
Roubaix est au socialisme ce que la Mecque est à l'Islam. Le socialisme est le socialisme, et Jules Guesde est son prophète !
Il avait raison, M. Jules Guesde, dans sa vanité naïve. Il a eu une foi solitaire dans « son » socialisme : il l'a proclamé, longtemps, dans un désert, à son retour de l'étranger.
Il en rapportait les idées de luttes de classes, de quatrième Etat; idées germaniques, détestables, en contradiction avec l'évolution progressive de la France : mais il les avait, il les soutenait, il les a développées, propagées avec une ardeur infatigable, au milieu de toutes sortes de vicissitudes et de difficultés; et nous comprenons qu'il traite avec dédain ceux qui ont attendu Theure où elles pouvaient assurer des succès électoraux pour s'apercevoir que ces idées avaient peut-être quelque valeur marchande.
Si elles ont un cours électoral aujourd'hui, plus que tout autre il a droit de réclamer sa part de plus-value; car, au moment où il les préconisait avec le plus d'ardeur, elles étaient au-dessous de zéro.
Ignace de Loyola était un fou, mais il a constitué l'ordre des jésuites. L'anémie cérébrale de M. Jules Guesde le fait s'étourdir jusqu'au vertige du carillon que les mots font dans son cerveau et en étourdir les autres, mais elle n'exclut point une politique madrée.
En 1893, il a mis dans son sac d'habiles politiques comme MM. Millerand et Goblet : le lendemain de l'élection, il serra les cordons. Ils yfurent pris comme des lapins au lacet. M. Jules Guesde se proclama le seul socialiste, le vrai socialiste; et si les autres ne le suivaient pas, du haut de son orthodoxie, d'autant plus infaillible qu'il en est le seul juge, il menaça de les excommunier. Le 30 mai 1896, il força M. Millerand de se déclarer collectiviste avec lui et comme lui. Quand il parle du « retour à la nation des grands moyens jje production et d'échange » M. Guesde demeure dans le vague habituel aux prophètes. Mais le plus grand des moyens de production, en France, c'est le sol : s'il l'exclut en partie du retour à la nation, il ment à son programme. Il ne devient qu'un simple politicien. Son