LA MORALE DE JAURÈS
pour excuse de ne pas voir les conséquences auxquelles mène pareille affirmation.
Mais ce n'est pas le cas pour M. Jaurès. Il a reçu une éducation philosophique qui prouve surtout, il est vrai, où les subtilités de la métaphysique peuvent conduire un ambitieux quand il les transpose aux questions politiques et sociales. Mais il sait la portée des thèses qu'il soutient: et c'est volontairement, avec persistance, non seulement dans des interruptions, mais dans un discours, qu'il a développé la thèse en vertu de laquelle il n'y a plus ni gouvernement ni administration possibles.
M. Jaurès admet-il ces procédés dans une administration privée? Admettrait-il qu'un des employés, un des rédacteurs d'un journal socialiste colportât les conversations de là salle de la rédaction ou s'emparât de pièces confidentielles ? Admettrait-il que ses domestiques volassent ses lettres dans ses tiroirs et les livrassent à ses adversaires? Ces procédés font-ils partie de sa morale privée?
S'il répond qu'il n'admet ces procédés qu'à Tégard du gouvernement, bien ; mais alors il reconnaît que la moralité dans la société socialiste sera inférieure à ce qu'elle est actuellement. Comme toute la société sera composée de fonctionnaires qui s'administreront réciproquement les uns les autres, ils mettront leurs devoirs de parti au-dessus de leurs devoirs professionnels. La morale socialiste aboutit à l'anarchie. Je m'en étais toujours douté.