‹ La comédie socialisteChapitre 67 sur 199 · JAURÈS CONTRE BOURGEOIS · texte numérisé non relu

JAURÈS CONTRE BOURGEOIS

Un gage de politique révolutionnaire. — Qu'est-ce que la revision Bourgeois? — La pseudo-légalité. — « 11 ne peut y avoir qu'une légalité républicaine : c'est le suffrage universel. » — La déchéance du Sénat. — Acte de foi à l'infaillibilité du nombre. — Et si M. Jaurès n'a pas la majorité? — Le parti révolutionnaire contre le suffrage universel.

Cependant ces explications n'avaient pas produit d'effet.

Pour effacer le mot parlementaire sous le mot révolutionnaire, M. Jaurès comprit qu'il fallait donner un premier gage du caractère révolutionnaire de sa politique et il jeta Bourgeois et son radicalisme par-dessus bord.

Dans un article du Matin, il oppose à la politique Bourgeois la sienne.

La politique Bourgeois? « Elle ne suffit plus. Il faudrait une application beaucoup plus profonde et beaucoup plus étendue de l'impôt général et progressif sur le revenu. Comme programme ministériel, il faut la journée de huit heures, l'admission des délégués ouvriers dans les conseils d'administration, la protection vigoureuse des libertés syndicales. Et M. Jaurès fait suivre ces iïiod^?»\.^% reYendicatlons immédiates de deux w etc., elc. »

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Mais M. Bourgeois prendrait ce programme, continue M. Jaurès, qu'il n'inspirerait pas confiance, parce qu'on sait que le Sénat est là et que M. Bourgeois, ayant capitulé devant lui, continuerait à capituler. Si M. Bourgeois parle de la revision, M. Jaurès lui crie :

'Comédie et impuissance puisque c'est au Sénat que vous devez la demander et qu'il vous laissera frapper à sa porte, jusqu'à ce que votre bras retombe de lassitude.

Voilà les radicaux qui ont suivi M. Bourgeois écartés. M. Jaurès les laisse à leur « pseudo-légalité ». Il considère que « le respect de la loi et de la constitution » ne peut aboutir qu'à la déroute du parti socialiste. Il entonne son grand air de bravoure, et il s'écrie : « Si le Sénat résiste, nous le proclamons déchu. 11 ne peut y avoir qu'une légalité républicaine. C'est le suffrage universel... » Et il termine son article en déclarant :

Le parti radical esl mort s'il ne devient pas le parti révolutionnaire du suffrage universel.

Le parti radical a été entraîné à devenir socialiste. Cela ne suffit plus. Le voilà condamné à devenir révolutionnaire; M. Bourgeois est-il disposé à suivre M. Jaurès jusque-là?

Je laisse de côté la conception de M. Jaurès déclarant qu'il n'y a qu'une légalité : celle du suffrage universel. Il en fait un tyran absolu. 11 met ses décisions momentanées au-dessus de toute constitution, audessus de toute loi. C'est l'acte de foi, à l'infaillibilité du nombre, et M. Jaurès est un agrégé de philosophie sorti de l'Ecole normale!

Mais M. Jaurès n'oublie jamais les portes de derrière, par lesquelles il pourta se dèiober., quand il

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