‹ La comédie socialisteChapitre 66 sur 199 · LA LÉGALITÉ CAPITALISTE · texte numérisé non relu

LA LÉGALITÉ CAPITALISTE

Les socialistes parlementaires et les non-parlementaires. — Les qualités d'obscurité de M. Jaurès. — Expropriation politique de la bourgeoisie. — « La Révolution sociale ne peut être réalisée par la voie parlementaire. » — La légalité capitaliste. — Caractère de l'opposition socialiste au Parlement.

Au retour du congrès de Londres (août 1896), les socialistes parlenoientaires furent apostrophés par les socialistes qui sont en dehors du Palais-Bourbon, ne touchent point 9,000 francs par an, n'ont point leur parcours gratuit et quelques autres agréments.

— « Tas de bourgeois! vous n'êtes que des parlementaires! ce que vous voulez, ce n'est pas le bonheur du peuple, ce sont les avantages du Palais-Bourbon ou des municipalités de grandes villes. Vous nous traitez déjà avec dédain : que serait-ce donc le jour où vous auriez le pouvoir? vous nous avez parlé de la Révohition sociale; mais au fond, vous ne demandez que des succès électoraux. Vous êtes des lâcheurs et nous nous adresserons à d'autres. »

Les parlementaires du congrès de Londres étaient fort embarrassés.

J/. Jules Guesde ne soufflait mot. M. Millerand ju-

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geait qu'il aurait beau répéter qu'il est un révolutionnaire, personne ne le croirait jamais. — Enfin, M. Jaurès prit la plume; et il intitula son article : « Parlementaires», afin de montrer qu'il n'essayait pas d'atténuer l'accusation.

M. Jaurès était tout à fait propre à y répondre. Ses qualités d'obscurité habituelle ne pouvaient que lui servir dans une polémique de ce genre. En noyant l'accusation et son argumentation dans un torrent de mots où personne ne se reconnaît, à commencer, par lui, il peut échapper à ceux qui se contentent des apparences et ne serrent pas les questions.

M. Jaurès déclare que « l'expropriation politique de la bourgeoisie est la condition nécessaire de son expropriation économique ». C'est l'air connu de Marx.

Et alors comme M. Guesde, avant son élection, M. Jaurès reprend ce refrain :

Nous n'avons jamais dit, nous ne dirons jamais que la Révolution sociale (par un grand R) ne sera réalisée que par la voie parlementaire. Nous n'avons jamais dit, nous ne dirons jamais que le socialisme doit s'enfermer, comme dans une prison, dans la légalité capitaliste. Nous pouvons subir la loi faite par les ennemis du peuple, nous ne la reconnaissons pas. Elle est simplement une force qui ne vaut que tant que le prolétariat ne pourra pas lui opposer une force supérieure. Et cette force supérieure, les événements pourront la lui donner bien avant qu'il ait dans le Parlement une majorité légale...

M. Jaurès énumère un certain nombre de coefficients de la Révolution sociale qui nous montrent pourquoi les socialistes tâchent d'exciter les grèves, de faire de la politique de scandales. Il espère c\vi'ftv\. iDultJ/>Jia/7/ les crises, en faisant beawcow^ ôî^^^l

trouble, ils trouveront une occasion de provoquer un soulèvement. Et il ajoute :

Et ce soulèvement aura d'autant plus de chance de succès qu'une opposition socialiste vigoureuse sera installée au centre même de l'action capitaliste, c'est-àdire au Parlement.

Rien de plus clair. Que ce soit selon leur gré ou malgré eux, que ce soit selon leur volonté personnelle ou contre ; que ce soit selon ou malgré leurs goûts et leurs convenances, les parlementaires socialistes, pour conserver leur situation, sont obligés de déclarer qu'ils sont des révolutionnaires. S'ils sont au Parlement, c'est pour le désagréger, l'ébranler, désorganiser le gouvernement et la constitution actuels. Si un Quinze- Mai survient; ils ne sont au Palais-Bourbon que pour en ouvrir les portes à leurs amis de la Révolution sociale.

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