JAURÈS HUÉ
M. Jaurès entend qu'il y ait séparation eiïfre les paroles et les actes. Tant pis pour ceux qui croient à ce qu'il dit ou à ce qu'il chante !
Tous, du reste, promirent des commandes. On annonça solennellement que M. Picon, de Bordeaux, avait commandé deux millions de bouteilles. Il a bon caractère : car après avoir soutenu la Petite Repuàlique, à Bordeaux, offert un banquet à M. Goblet, et rêvé l'entrée au Palais-Bourbon, il vit Jourde s'y installer à sa place.
Les socialistes d'Albi comptent, moitié par intimidation et moitié par persuasion, imposer leurs bouteilles aux consommateurs. Elles auront une marque. Quiconque ne consommera pas de bouteilles de la Verrerie ouvrière sera dénoncé.
C'est une nouvelle forme de tyrannie socialiste que je n'avais pas encore prévue.
Dans un certain monde aussi, il y a des maisons bien pensantes qui sont recommandées. L' f/muers, jadis, a été condamné à des dommages-intérêts pour avoir dénoncé à sa clientèle des maisons qu'il ne jugeait pas suffisamment orthodoxes. Cependant il n'était pas allé jusqu'à inventer la bouteille congréganiste. M. Jaurès fait mieux en inventant la bouteille socialiste obligatoire.
A Albi, M. Jaurès était monté sur une table en guise de capitole. Cependant, le député de Carmaux était bien obligé d'aller à Carmaux. Rochefort alla voir le Saut du Tarn, pendant que Jaurès allait affronter ses anciens électeurs. Calvignac, le maire de Carmaux, n'était pas venu à Albi. Cette absence était significative»
La réception faite à M. Jaurès et à ses amis fut mauvaise. Naturellement c'est de la faute à Rességuier! répètent tous les journaux socialistes. Ce n'est cependant pas lui qui a empoché Calvignac d'aller à Albi.
Les Carmausiens, si bonne pâte malléable qu'ils soient aux rhéteurs socialistes, ont fini par s'apercevoir du résultat qu'avaient eu pour eux et les anathèmes, et les discours et les promesses de M. Jaurès.
Pendant la grève, trois mois de crise et de dépression : dettes chez les fournisseurs; petits commerçants ruinés à tout jamais.
Au* bout de la grève, lâchage, abdication, conseil à la résignation pour tous ceux dont les places n'avaient pas été occupées à l'usine Rességuier et qui pouvaient y rentrer, et la Verrerie aux verriers, construite non pas à Carmaux, sur le champ de bataille. C'était trop dangereux. Un drainage, si les chiffres donnés par les socialistes sont exacts, de 360 verriers, entraînant leur famille avec eux.
M. Jaurès fut pris en flagrant délit d'un mensonge indéniable : le 24 décembre, le terrain de la Verrerie était acheté à Albi; le 26, M. Jaurès promettait que la Verrerie serait établie à Carmaux.
M. Jaurès a fait son exode : seulement TEgypte n'était point la circonscription électorale de Moïse.
M. Jaurès ayant fait cette triple banqueroute à Carmaux voulut y rentrer en triomphateur.
Il comptait trop sur la sottise des électeurs qui s'étaient laissé prendre si longtemps à ses grossières promesses. Il fut hué. Il fut frappé d'un coup de
JAURÈS HUÉ ni
savate par un gamin. Cela ne prouve rien, mais les socialistes ont Thabitude de se servir de ces arguments contre leurs adversaires. Ils l'ont bien prouvé, du reste, à la réunion où on les a vus atteindre des coutelas et en frapper ceux qui n'étaient pas disposés à acclamer Jaurès.
M. Rochefort eut soin de ne pas venir à Carmaux. H. Jaurès et ses amis auront beau essayer de dénaturer les faits. Il y en a un trop explicable pour qu'il ne soit pas exact : M. Jaurès était acclamé en 1895 : il fut hué le 26 octobre 1896 à Carmaux, et la gendarmerie dut le protéger.