‹ La comédie socialisteChapitre 88 sur 199 · SOCIALISTES DE GRANDE MARQUE · texte numérisé non relu

SOCIALISTES DE GRANDE MARQUE

produits dans la vie économique de tous les pays par le» menées socialistes n'ouvrent pas les débouchés.

M. Charles Arnould a embrassé le socialisme comme un genre de pose. Il a voulu étonner ses amis, ses collègues et ses -voisins. On voit des jeunes gens riches qui se font un plaisir de scandaliser leurs parents, leurs amis, les bourgeois de leur ville par des excentrieités de toilettes, de dépenses, d'orgies, d'équipages, de maîtresses. M. Charles Arnould a pris le socialisme pour faire pousser un oh ! de surprise à son entourage. Il est inconvenant avec le ministre; il proteste contre « l'acte arbitraire » qui a envoyé iM. Mirman à Vincennes ; et, en effet, c'était un acte arbitraire, car il aurait dû rejoindre son corps, beaucoup plus éloigné du Palais-Bourbon. Comme les fonctionnaires présents manifestaient quelque étonnement, M. Charles Arnould cria : « Silence à lasuite! » Il obtint ainsi le suprême point d'exclamation. « Le préfet, en bon policier qu'il est, dit la Petite Républi- 7Me, le prit par le bras et le conduisit vers la sortie. » Ceci, c'est la gloire. M. Charles Arnould se rengorge, Ilest peut-être le premier conseiller général qui, dans une réception officielle, ait eu les honneurs de la mise à la porte.

Reims, que disons-nous? la France entière parla de lui pendant vingt-quatre heures : il put faire la roue, se pavaner, se rengorger ; on le montra, pendant là saison, du doigt, sur les bords de la Méditerranée et dans les casinos à la mode et, à la communion laïque qu'il présida à Reims, il s'épanouit aux dithyrambes par lesquels Jaurès, Millerand et autres célébrèrent l'impertinente énergie avec laquelle il avait proclamé que Ja loi n'était pas îaVle ^o\\?c\fe'$>

députés socialistes et l'héroïsme de son départ oblig*toire.

Il regrette seulement que cette manifestation ne puisse le conduire à la Chambre des députés. La place est prise par Hirman : et celui-ci n*est point disposé! la céd(M* à son protecteur ; mais ses alliés lui font espérer qu'on lui trouvera quelque siège ailleurs. Ud pareil acte mérite évidemment une récompense.

M. Borleaux est agent de change depuis 1879. Il est possesseur d'une grande fortune évaluée à une qniû* zaine de millions, et gagnée par l'exploitation d'un monopole. En expiation, il veut que tous les industriels, tous les commerçants, tous les propriétaires qui n'ont gagné leur fortune que par leur travail et par leur épargne o restituent aux déshérités ».

Il regardait, il y a quelques années, vers l'union libérale : il i)ensa qu'il y avait plus de chances de parvenir à la Chambre en se tournant vers le radicalisme.

Il alla jusqu'au socialisme.

Il a une tournure de dandy; il porte la décoration de la Légion d'honneur : il est fort élégant. Il parle en homme du monde qui n'a pas l'habitude de parler en public. Quand M. Doumer devint ministre des finances, il le prit sous sa protection et Temmena à Nice. Quand on, saluait le ministre, c'était lui qui rendait le salut. Si M. Doumer était ministre des finances, lui était le financier.

A la Corbeille, on lui fait la vie assez dure. Cependant il n'a garde de l'abandonner. Il cumule les bénéfices que lui rapporte la spéculation et les avantages que lui

^ SOCIALISTES m GRANDE MARQUE 243

donne sa politique socialiste. Il espère qu'elles le conduiront jusqu'au ministère.

Il ne pousse pas plus loin son amour de la Révolution sociale.

On sait que, par une de ces aberrations comme en a quelquefois le suffrage universel, il s'est trouvé un collège électoral pour pommer député M. Mielvacque^ qui s'est à la fois rendu riche et célèbre par son enlèvement, au club des Pannes, d'une jeune Espagnole, j|iie Mercedes de Campos.

En entrant à la Chambre il indiqua à un rédacteur de VÉcho de Paris quelle serait son attitude à la Chambre dans les termes suivants :

Dix, quinze, vingt duels, trente, s'il le faut, ne me font pas peur, et aux curieux malfaisants, je ferai sentir la vigueur de mes biceps.

Le rédacteur de VEcho de Paris lui demanda :

— Dans quel groupe vous placerez-vous?

' — J'irai m'asseoir à côté de MM. Goblet et Millerand 1

Les socialistes ne sont pas pressés de réclamer parmi les leurs M. Oscar Wilde, le littérateur anglais qui a eu des malheurs en 1895. Cependant,- il leur appartient; c'est un de leurs apôtres; dans la Fortnightly Review de février 1891 , il publia un article intitulé : iJâme de V Homme dans le Socialisme, Il y disait :

Le socialisme, le communisme, qu'on l'appelle comme on voudra, en transformant la propriété privée en for*

tuno publique et en substituant la coopération à la concurrence, restaurera la société à sa condition naturelle d'un organisme sain et assurera le bien-être matériel de oliaque membre de la communauté. En fait, il donnera la vie à sa propre base et à son propre milieu. »

Avec des yeux prophétiques, Oscar Wilde voyait le millénium socialisto et avec une logique étonnante, il ajoutait « que le socialisme nous délivrerait de la sordide nécessité de vivre pour les autres ». Sous le socialisme, Tàme serait libre. « Après tout, disait-il, même en prison, un homme peut être complètement libre. La personnalité peut n'être pas troublée. 11 peut être en paix. M. Oscar Wilde a pu, pendant deux ans, s'assurer expérimentalement si son âme était complètement libre.

Page 1