‹ La comédie socialisteChapitre 92 sur 199 · LE MANIFESTE DU 7 JUILLET J · texte numérisé non relu

LE MANIFESTE DU 7 JUILLET J

M. Ranc expliqua pourquoi il n'avait pas signé. Mais MM. Goblet et Lefebvre ajoutèrent postérieurement leurs noms.

M. Brisson eut quelques scrupules : mais ses scrupules ne portaient que sur le mot « brutalement ».

Pourquoi sur ce mot? Pourquoi pas sur ceux-ci: « Le gouvernement s'attaque à la Bourse du travail..., en chasse les plus légitimes occupants..., en face de ces provocations..., ne fournissez pas aux ennemis du peuple l'occasion d'une journée..., on ose jeter dans nos querelles civiles Tarmée..., gouvernement d'un jour qui ramasse, pour s'en servir, contre j le peuple, les armes de l'Empire... »

C'est pour ces phrases qu'un homme de gouvernement aurait pu et dû avoir des scrupules. En réalité, le mot « brutalement » n'en valait pas la peine.

Mais voyez-vous ces hommes de gouvernement qui opposent la Bourse du travail au gouvernement ! Qu'y faisait-on ? De l'illégalité à l'état permanent ! Non seulement de l'illégajité, mais la propagande de la guerre sociale ! Et le gouvernement a osé « s'attaquer » à cette institution I Et ce sont d'anciens ministres qui lui reprochent de n'avoir pas continué à laisser allumé ce foyer de guerre sociale ! M. Goblet, cependant, dans son discours du 10 mars 1882, caractérisait comme ils le méritaient, le citoyen Fournière, M. Malon, Guesde, et la citoyenne Paul Minck, «collectivistes révolutionnaires qui envoient en province des voyageurs en révolution».

Les anciens présidents du conseil reprochaient, le 7 juillet 1893, au gouvernement d'avoir « osé jeter dans nos querelles civiles l'armée ». C'étaient les reproches que M. Clemenceau adressait à M. Goblet en 1882, quand il avait envoyé des soldats protéger les ven-

tilatf^urs et les puits de Bessèges. M. Floquet n'a-t-il jamais eu recours pendant son ministère de 1888-89 à l'armée, ne fût-ce que pour garder la Chambre des députés contre les entreprises des partisans du général Boulanger? Le 27 janvier 1889, n'avait-il pris aucune précaution ? Si le 24 février 1889, il eût été encore au pouvoir, n'aurait-il pas empêché, par le secours de i rarmée,au besoin, les manifestations annoncées?

Comment des hommes politiques qui ont eu la responsabilité du pouvoir, qui pouvaient, encore espérer l'avoir, ont-ils pu signer des phrases seipblables, excusables chez des jeunes gens sans expérience, qui se disent qu'ils peuvent tout se permettre parce qu'ils n'ont jamais eu et n'auront jamais la responsabilité de Tordre public?

Les hommes qui ont signé ce manifeste ont prouvé que s'ils se trouvaient en face de mouvements démagogiques, ils sacrifieraient et lâcheraient tout. Ils ont proclamé que, pour eux, la responsabilité de l'ordre disparaîtrait devant la crainte qu'on ne leur reprochât leur énergie. Par conséquent, ils ne représentent qu'une politique d'abandon, de faiblesse, de lâcheztout à l'égard des socialistes.

Ils leur donnaient une force dont quelques-uns sentiront les effets.

Partout où les socialistes purent battre des signataires (lu susdit manifeste, ils s'y sont employés.

Gollo oxpérience décisive n'a pas éclairé nombre de radicaux.

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