‹ La comédie socialisteChapitre 97 sur 199 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

%. 1893. — La majorité de la Chambre. — Le vote du 4 décembre sur Tamnistie : 226 voix contre 257. — La bombe Vaillant. — Modifications. — De 120 à 130 voix de radicauxsocialistes.

IL 1894. — Flirtation avec les anarchistes. — Vive la Commune I — a Bonne journée. » — Le drapeau rouge. — Interpellation Jaurès, 8 mars : 223 voix contre 257. — La chute du ministère Casimir-Perier. — « L'axe à gauche. » — Politique de concentration. — Plus de 200 voix subissant l'influence des socialistes. — L'assassinat de Carnot. — M. Jaurès : « J'ai été votre maître hier î » — Discussion sur le collectivisme. — MM. Jules Guesde et Deschanel. — Repoussé en gros, accepté en détail. — L'année 1894 appréciée par M. Gaston Rouanet, — Le procès Gérault-Richard.

III. 1895. — 5 janvier, élection de M. Gérault-Richard. — Les calomnies. — M. Millerand flétri et impassible. — Un arrêt du Conseil d'État. — Démission de M. Casimir-Perier. — M. Ribot et M. Bourgeois. — Suppression du Sénat par voie budgétaire. — Politique de difi'amation. — M. Millerand. Commission d'enquête sur les conventions de 1883. — Chute du ministère Ribot à propos du verdict sur l'afl'aire des chemins de fer du Sud. —Accaparement des cuirs! •— Phosphates algériens.

IV. MM. Bourgeois et Ricard. — Le Sénat considéré comme quantité négligeable. — A bas le Sénat! — « La désertion de M. Bourgeois. » — Son programme obligatoire : Gouverner contre le Sénat. — M. Mesureur :1e ministère socialiste. — Le projet Doumer. — Le patron de M. Jaurès. — L'argumentation de M. Léon Say. — 9 voix de majorité sur une équivoque. — L'année du Sénat.

V. 1897. — Les élections sénatoriales, — Les divers effort» contre le cabinet Méline. — >< La proposition la plus révolutionnaire. » — Question préalable. — Concentration radicale^ socialiste.

Le 4 décembre, la Chambre fut appelée à voter sur la proposition d'amnistie déposée par MM. Paschal Grousset et Ernest Rocbe : 215 républicains votèrent pour, s'exposant à une crise politique qui en aurait fait les hommes liges d'une concentration socialiste, devant aboutir rapidement aux plus graves désordres.

Ce premier vote comptait 257 voix, dont 52 ralliés et membres de la droite contre 226. On retrouvait la même proportion, le lendemain, dans l'électim du président de la Chambre : 251 voix contre 21$.

A propos de ce vote, je disais :

Parmi les députés qui ont voté l'amnistie, il y en a de trois sortes :

II y a les boulangistes. Leurs bulletins se sont confondus de nouveau avec ceux des ennemis irréconciliables de la République. Ceux-là n'ont jamais eu qu'une politique d'anarchie, d'insurrection, de complot, de coup d'Etat. N'eussent-ils pas été intéressés à soutenir directement l'amnistie, qu'ils devraient systématiquement la demander afin d'énerver la loi, la justice, le pouvoir. Ceux-là étaient dans leur rôle.

Il y a des socialistes plus ou moins révolutionnaires et les radicaux-socialistes qui se font leurs humbles serviteurs pour se faire agréer par eux. La loi? ils ne la subissent que par force. Leur programme? c'est une déclaration de guerre sociale au nom du quatrième Etat.

S'ils ne peuvent empocher des condamnations, qu'ils essaient d'en détruire les effets par Famnistie, ils sont logiques.

Mais il y a des républicains qui se sont associés à eux pour la voter. Parmi eux se trouvent d'anciens ministres,.

LES SOCIALISTES PAULEMENTAIUES 2G7

-comme MM. Brisson, Lockroy, Léon Bourgeois, — je ne parle pas de M. Goblet qui s'est classé dans la catégorie précédente. — Ces républicains se défendent de se laisser absorber par les socialistes et les boulangistes qui sont maintenant liés à eux. Ils n'ont pas jeté toutes les ^ois par-dessus les mouliiis, et ils prétendent avoir gardé 9^elques notions d'ordre, quoique certains aient signé le Manifeste du 7 juillet. Comment donc ont-ils pu voter l'amnistie ?

En la votant, ils ont déclaré que les grévistes, con- ^iamnés pour avoir frappé leurs camarades, outragé et ^ï'appé des gendarmes, devraient être amnistiés, que ces délits ne comptaient pas du moment qu'ils avaient été commis à propos de grève; qu'il fallait les rayer du casier judiciaire.

En la votant, ils ont déclaré qu'il fallait se hâter de Biettre en liberté les gérants du Père Peinard et certains orateurs de réunions afin de leur permettre de recomniencer leurs provocal ions aux explosions de dynamite, provocations qui ne sont pas dépourvues d'effet, comme k prouvent l'explosion du théâtre de Barcelone et les ft'équentes tentatives faites en France.

En la votant, ils ont déclaré que le Sénat avait eu tort <ie condamner Boulanger et ses complices, et qu'il fallait, pour l'exemple de l'avenir, bien montrer à ceux qui voudraient recommencer que de pareilles condamnations ne tirent pas à conséquence.

Ces républicains, qui ont voté l'amnistie, sont bien fiers, ce matin, d'avoir obligé le gouvernement de ne triompher qu'avec une majorité de droite; et ils ne s'aperçoivent pas, les imprudents, que quantité d'électeurs qui veulent l'ordre, la tranquillité, le respect de la loi, qui ne considèrent pas que la sécurité et la liberté du travail sont des quantités négligeables, vont en conclure que certains républicains, et spécialement ceux qui s'intitulent radicaux, ne sont plus que les serviteurs des socialistes et des boulangistes d'hier; que si ces républicains arrivaient au pouvoir, ils ne présenteraient aucune garantie d'ordre ou de légalité ; qu'entre leurs mains, la police, l'armée, la justice, tomberaient en dissoVxiWoxv, ^\. <ïu'ils livreraient le pays à tous les hasards ç\v\ft ^o\vc-

raient susciter les plus violents, les plus audacieux et les moins scrupuleux.

Vraiment, c'est un beau triomphe pour M. Brissonet autres républicains de cette nuance de donner cette idée de leur politique ; et ils se fout une singulière illusioDr s'ils croient ainsi servir leur parti et leur pays.

Si les ralliés et .')2 membres de la droite s'étaient abstenus, le ministère Casimir-Perier était renversé. C'était bien.

Mais, qui était le chef de la majorité?

MM. Paschal Groussct ou Ernest Roche, les auteurs et défenseurs de la proposition. Du premier coup, voilà les socialistes au pouvoir, d'après les règles du gouvernement parlementaire qu'ils méprisent, du reste, et qu'il serait impossible de leur appliquer.

Le samedi 9 décembre, un anarchiste, Vaillant, sans doute piqué d'amour-propre par l'explosion du Lyceo de Barcelone, jeta une bombe dans la Chambre des députés qui, quoique ayant éclaté en l'air, blessa quarante-six personnes. Certains députés, qui avaient voté l'amnistie neuf jours auparavant, comprirent enfin que la guerre sociale n'était pas un simple mot. Quoique les socialistes essaient de renier les anarchistes, les uns et les autres poursuivent l'expropriation de tous ceux qui possèdent, l'appropriation collective ; comme les uns et les autres pensent, avec raison, que pas plus les paysans propriétaires que les bourgeois cossus ne so laissent dépouiller par persuasion, ils en appellent à la force et « aux ressources que la science met à la disposition de ceux qui ont quelque chose à détruire ». Seulement les socialistes parlent, les anarchistes agissent. Guesde invoque « le fusil libérateur ». Léauthier prend son tranchet et tue un bourgeois. Voilà toute la différence.

Le lundi, 11 décembre, le gouvernement présente un projet de loi modifiaul \a W\ ^u^ \^ ^\^%^ft. Il

aggrave le projet déposé depuis plus d*un an par W. Loubet. Ce projet est voté immédiatement par 413 voix contre 63.

Le 14 décembre a lieu la discussion de la résolution de M. Basly sur les grèves du Nord et du Pas-de-Calais : la première partie est repoussée par 386 voix contre 124; la seconde par 345 contre 165.

Le 15 décembre a lieu la discussion sur la loi concernant les détenteurs de substances explosibles. Le renvoi à la commission de l'amendement lourde réunit 121 voix — radicaux-socialistes et socialistes unis

— contre 391; l'amendement lui-même, 101 voix contre 394.

Contre le projet de loi relatif aux associations de malfaiteurs, 38 voix; — pas même les 60 socialistes!

— pour : 445.

Contre le projet de crédits supplémentaires pour dépenses de police : 43 voix; pour : 442.

Voilà le chemin parcouru dans la première session de la Chambre.

Cette rapidité n'était qu'à moitié rassurante, car elle prouverait l'incertitude des idées et la faiblesse du caractère de nombre de députés.

Ces chiffres indiquent que socialistes et radicauxsocialistes forment un groupe de 120 à 130 voix. C'eut été peu si les. républicains fussent restés solidement unis, et si les radicaux, qui n'étaient pas irrémédiablement engagés avec les socialistes, s'étaient aperçus de Tabime où ceux-ci les conduisaient.

M. Millé^and disait dans h Petite /îépuôlique, ^w ps^rlant de la séance duiô janvier :

Les socialistes ont le droit de la conxpier pour bonne.

On entendit à la Chambre un ancien ministre du commerce, M. Terrier, demander que le gouvernement intervînt parce qu'à la Bourse le 4 1/2 avait subi une baisse.

La majorité vota un amendementproposéparM. Jaurès qui lui dit :

Nous ne distinguons pas entre les capitalistes terriens et les autres. Pour nous, les propriétaires oisifs du sol ne détiennent les rentes du sol qu'arbitrairement.

La Chambre entendit ce petit dialogue :

M Georges Berry. — Vous voulez brûler le Grand- Livre?

M. Avez. — Je déclare que le citoyen Berry a absolument raison. Nous sommes, en effet, partisans de la suppression de la Délie public[ue.

Le même orateur déclara :

Nous sommes fiers des actes de la Commune, nous sommes les continuateurs des membres de la Commune!

Les socialistes choisirent le moment où M. Chaudey, le fils d'un des hommes que la Commune a fusillés, était à la tribune, pour pousser ce cri apologétique : « Vive la Connu une! »

Nous connaissons déjà leurs apologies annuelles an Père-Lachaise, leurs évocations sur les tombes de Blanqui et d'Eudes; mais il était bon que ces hommes proclamassent dans une Chambre chargée de faire des lois et d'en réclamer l'application, comment ils comprenaient la politique.

Tous les socialistes se rendirent solidaireSde M. Thivrier^ et M. Jaurès, ce prok^Çi^uT de^^^kilosoçhie de

l'Université, cet ancien centre gauche, cria aussi lui : « Vive la Commune ! »

Depuis M. Baudry-d'Asson, il n'avait pas été besoin <ie recourir à la force pour faire sortir un membre de la Chambre des députés. M. Thivri^r reprit la.tradition.

En rendant nécessaire Tintervention de Tarmée, en l'obligeant à pénétrer dans la Chambre des députés, en forçant les soldats à mettre la main sur les représentants de la nation, ils rappelèrent que c'est ainsi qu'on prépare les coups d'Etat et les régimes de prétoriens.

M. Millerand disait, au lendemain delà séance du 15 janvier : « Nous n'avons pas perdu notre journée. » Ses amis et lui, y compris M. Goblet. pouvaient encore se congratuler.

— Vive la Commune !

Quelques jours après, au mois de février, dans un discours sonore, puisque creux, M. Jaurès s'écriait :

Nous croyons de notre devoir, à nous, socialistes, d'acclamer dans le drapeau rouge le symbole de riiumanité future.

Le président de la Chambre, qui était M. Charles Dupuy, ne fit aucune observation à l'orateur qui arborait à la tribune ce drapeau insurrectionnel. Pendant que les socialistes parlementaires péroraient de cette manière, les anarchistes agissaient.

Le 49 février. Henry jette sa bombe dans le café Terminus; le 15 mars, Pauvels est victime de la bombe qu'il portait à la Madeleine; le 4 avril, une bombe blesse, par une singulière ironie, au restaurant Foyot, le poète anarchiste Laurent Tailhade; et M. Jaurès interpelle, le 8 mars, le gouvernement sur les complices

des anarchistes, manière de flirter avec ceux-ci, et son ordre du jour obtient 223 voix contre 257-, preuve que ni la bombe Vaillant ni les autres attentats commis n'avaient eu d'influence sur les républicains qui avaient accepté une première fois l'amnistie !

A tout instant, nous retrouvons plus de 200 voix dites républicaines — puisqu'on compte les socialistes et les néo-boulangistes parmi les républicains — pour les propositions socialistes : 206 voix pour la proposition Gobict tendant à la revision de la Constitution; 231 voix contre Tajournement de l'interpellation Jaurès sur la grève de Trignac; 214 voix contre l'autorisation do poursuites du député Toussaint.

Le 22 mai, M. Jules Gesde demandait l'urgence pour une proposition de loi sur la journée de huit heures. Elle n'avait réunique 401 voix contre 94. Mais, aussitôt après, sur une question de M. Salis, changée en interpellation par M. Jourde, sur « le refus des Compagnies de chemins de fer de permettre à leurs ouvriers et employés de se rendre au Congrès national de la fédération des chemins de fer », la Chambre prit sa revanche. Par 251 voix contre 217, elle refusa l'ordre du jour pur et simple et vota un ordre du jour de M. de Ramel, de l'extrême droite, appuyé par M. Milleraml; et le cabinet donna sa démission.

Comme le gouvernement avait été renversé sur un ordre du jour de M. de Ramel, appuyé par M. Milleraml, les radicaux-socialistes et les radicaux progressistes déclarèrent qu'ils l'avaient renversé parce qu'il était d'accord avec la droite.

C'était la première fois que la majorité se formait sur un ordre du jour présenté par un membre de la droite. La politique socialiste aboutissait à ce résultat de faire sien un amendement portant la signature

d'un réactionnaire. Si le ministère du lendemain avait dû comprendre les divers représentants de la coalition, il aurait donné le spectacle de montrer côte à côte dans le même cabinet, MM. Baudry-d'Âsson et Jules Guesde.

Si on écartait les quinze membres de la droite qui avaient servi d'appoint à cette coalition, les adversaires du cabinet Perier avaient eu avec eux plus de 230 républicains y compris les socialistes.

La gauche progressiste, après avoir constaté le fait, dans son ordre du jour, en concluait « qu'il indique la nécessité de porter à gauche l'axe de la politique nouvelle ». Le groupe radical-socialiste faisait la même déclaration, '

Ces deux groupes, unis aux socialistes, représentaient la majorité : c'était donc dans cette majorité que devait être pris le ministère.

Trouvant, le jour môme, un radical-socialiste, je lui dis :

— Vous devez être content, vous allez avoir un ministère de votre nuance !

— Pas* du tout, me dit-il, ce qu'il nous faut c'est un ministère de concentration.

— Comment ! c'«st là votre conclusion, le lendemain de votre triomphe? Est-ce que MM. Millerand, Goblet, Lockroy, depuis deux ans, ne dénoncent pas, sur tous les tons, la politique de concentration ? et vous ne renversez un ministère que pour y retourner. Vous vous êtes concentrés avec les socialistes et les collectivistes révolutionnaires. Voilà la concentration qui forme la majorité. N'essayez pas d'avoir avec vous un seul membre de la minorité gouvernementale : à plus forte raison, n'essayez pas d'avoir un seul membre du cabinet sortant.

— Mais alors, le ministère nepourrapas seformerl s'est écrié mon radical-socialiste.

On en revint à un ministère Dupuy. «

il fallut, pour que la Chambre des députés sereprtt' un moment, le coup de poignard de Ca'serio,lê 24 juin, au lendemain du jour où M. Jules Guesde disait appel « aux ouvriers justiciers ». Elle consentit à,^ voter la loi du 28 juillet sur les menées anarchistesij Le gouvernement et la magistrature agirent avec une] vipieur qu'ils n'avaient pas montrée jusqu'alors, €t,^ depuis cette époque, les anarchistes parurent trouver la continuation de leurs exploits trop dangereuse pour eux. Ce n'est pas de la faute des socialistes s'ils ne peuvent plus s'y livrer commodément.

Mais au moment où la loi était votée, les socialistes et les radicaux-socialistes publièrent deux manifestes, appels de la Chambre au pays, dont je parlerai pins loin.

Les socialistes ne cessèrent de tenir le premier l)lan à la Chambre des députés : par leurs interpellations, leurs propositions, leur intervention continuelle, ils lurent les maîtres de son ordre du jour et souvent de ses votes.

M. Jaurès put dire, le 30 novembre 1894 : — « J ai été votre maître, hier ! »

Et il n'exagérait pas.

Le 12 novembre s'engagea une discussion académique sur le collectivisme. M. Jules Guesde ne le fit pas sortir des ténèbres mystérieuses, où il s'enveloppe' M. Deschanel le combattit, mais en vantant toutes les mesures socialistes, toutes les lois socialistes, votées par le Parlement ou en préparation; et alors, qu^ signifie le rejet doctrinal d'un système, si on commence par Jui donner \ow^ \e^ mo^^w's. d'action qu^

réclament ses apôtres? Est-ce que dans leur programme du parti ouvrier, MM. Paul Lafargue, Jules Guesde, ont demandé l'application du communisme, du premier coup? Ils ont demandé le repos d'un jour par semaine pour tous les salariés; la réduction légaje de la journée de travail à huit heures ; un minimum légal des salaires; l'interdiction de l'emploi des ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français; la mise à la charge de la société des vieillards et des invalides du travail ; la responsabilité des patrons en matière d'accidents, garantie par un cautionnement versé par l'employeur dans les caisses ouvrières ; l'intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers ; la suppression des amendes ; la reprise par l'Etat de la Banque, des chemins de fer, des mines ; l'impôt progressif sur les revenus dépassant 3,000 francs; la suppression de rh^itage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe, dépassant 20,000 fr.

Ce n'est pas Ijf peine de se vanter de combattre le collectivisme, si on suit de plus ou moins loin sa politique. Qu'importe qu'il n'y ait pas dans les commissions du travail et de prévoyance sociale de socialistes patentés en majorité, si la majorité fait une politique qui permet aux socialistes de dire hautement aux badauds :

— Vous voyez ces bourgeois qui prétendent nous combattre, ils nous suivent. Ils savent si bien que la majorité sera demain avec nous que, pour conserver leurs sièges électoraux, ils votent tout ce que nous demandons.

« Les petites corrections de détail qu'ils apportent à nos projets ne sont que pour la galerie; et elles nous importent peu, du moment que nous avons le princi-

pal et qu'ils nous concèdent le droit pour l'Etat d'intervenir, à tout moment, dans les conditions de la production et le devoir, pour lui, d'intervenir toujours «'ontre les patrons et les propriétaires. »

Les socialistes peuvent se flatter qu'ils n'ont pas perdu leur temps en 1894. Le 27 janvier, ils'crièrent: « Vive la Commune ! » Ils ne cessèrent pas de nous en rapprocher.

La Petite République célébra les hauts faits du socialisme en 1894 et exprime ses souhaits pour la prochaine année. Comme l'aménité de la forme le dispute à la justesse des idées, je vais en donner un échantillon.

L'article est de M. Gustave Rouanet :

• Rien ne put arrêter, ni dans le Parlement, ni dans le pays, les progrès constants du socialisme triomphant, et Tannée 1ÎJ94 se sera fermée sur la victoire de Gérault- Richard, échec personnel au président de la République, en qui le suffrage universel répudie la politique de réaction gouvernementale et d'oppression capitaliste que le président incarne.

Regardez un peu en face de qui nous nous retrouvons ^aujourd'hui, camarades!

Pour conduire une majorité déshonorée par toutes les abdications, une dérision de ministère sans autorité ni dignité, une loque, une guenille flottante à tous les vents, plus méprisé et plus méprisable encore ^que sa propre majorité qui, par instants, prise de dégoût, tente de le vomir dans uu hoquet impuissant.

Que le parti socialiste poursuive en 1895 l'œuvre de i894, que restera-t-il demain, au prochain 31 décenibre, au seuil de 1896?

Hier nous remplit d'espoir pour demain.

Le ministère put voir le gré que les socialistes lui «avaient des ménagements qu'il avait eus pour eux.

Le premier événement politique de Tannée 1895 fut, e 6 janvier, Télection de M. Gérault-Richard. Les électeurs de la première circonscription du XIIP arrondissement de Paris vengèrent de cette façon la condamnation que le jury de la Seine lui avait infligée pour ses diffamations complétées par M. Jaurès, envers le Président de la République, M. Gasimir-Perier.

Cette prime donnée à la politique de calomnies ne pouvait qu'encourager ceux qui la pratiquent. L'année finit comme elle avait commencé. Une campagne fut engagée contre le Président de la République, et en dépit d'un faux départ, les gens, pour qui troubler l'eau est un besoin, ne se découragèrent pas. Au mois.de décembre 189i, l'arrestation du fantastique Arton réveilla tout le zèle des drôles qui ne vivent que de i'exploitation du scandale et dont la politique n'a pour programme qu'un vocabulaire d'injures contre leurs adversaires.

Un jour, \di Petite République y doniU. Millerand était le rédacteur en chef, accusa de la manière la plus formelle M"® Ribot de faire porter à l'ambassade d'Allemagne le compte rendu des délibérations du conseil supérieur de la guerre. Le 15 mars, une interpellation eut lieu. M. Millerand fut flétri par le général Zurlinden. M. Millerand resta impassible à son banc. Il n'essaya pas de se défendre. Il s'excusa encore moins. Le lendemain, la Petite République continua ses attaques.

Cette conduite aurait dû disqualifier M. Millerand. Pas du tout. Il devint le leader de la majorité du cabinet Bourgeois, et son influence est prépondérante à la Chambre et dans le public.

Du inomont que los calomniateurs sont traités de coWo manière, cette séquelle doit se multiplier i l'infini; ils jouent à coup sûr, puisqu'ils ne perdent jamais.

Quelques jours après le succès électoral de M. Gérault-Richard, le Conseil d'Etat avait à statuer sur une interprétation des conventions de chemins de fer de 4883, relativement à la durée de garantie d'intérêt des compagnies d'Orléans et du Midi. Le 12 janvier 1895,1e Conseil d'État donna raison aux Compagnies; le 13 janvier, le ministre des travaux publics, M. Barthoo, donna sa démission, se déclarant ainsi, ce que n'avait pas prévu la Constitution, responsable devant le Conseil d'État; le 14 janvier, M. Millerand interpella le ministère comme s'il avait dû dicter l'arrêt ; le ministère Dupuy, obligé de s'incliner devant l'arrêt du Conseil d'État, fut renversé; la Chambre adopta un ordre du jour de M. Krantz : « La Chambre, réservant les droits de l'Etat... » ce qui n'était pas féroce; et comme conséquence encore plus imprévue, le Président de la République, M. Casimir-Perier, donna sa démission.

Cette démission fut un malheur. On comptait sur M. Casimir-Perier comme sur un caractère : à la première difficulté il disparut. 11 établit ainsi l'instabilité présidentielle et, paraissant se retirer devant M. Gérault- Richard, il donna un encouragement à ceux qui seraient, dans l'avenir, disposés à faire des campagnes contre le Président de la République.

M. Félix Faure fut élu président par 430 voix contre 361 à M. Brisson, candidat des socialistes et des radicaux.

M. Félix Faure appela immédiatement M. Bourgeois: celui-ci s'efforça de constituer un cabinet de concentration et n'y parvint pas. M. Ribot forma un ministère

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tant bien que mal et qui s'est toujours ressenti de la faiblesse de certains de ses membres.

Le budget n'était pas encore voté. Les socialistes et les radicaux entendaient ne céder que peu à peu, car ils considéraient que le système des douzièmes provisoires était une garantie pour eux contre. la dissoluti)n et « une manière de tenir le gouvernement ».

Entre temps, d'innombrables fantaisies : le 14 mars 1895, 71 socialistes essayèrent de supprimer le Sénat par voie budgétaire, quoiqu'on leur eût fait observer qu'il n'y aurait pas de raison pour que le Sénat ne rendît pas la pareille à la Chambre et qu'alors, il n'y aurait plus rien.

La politique de diffamation continua ; le 3 février, par 270 voix, la Chambre adopta une proposition de M. Millerand tendant à nommer une commission d'enquête sur le^ conventions de 1883. Depuis 1892, on croirait que le devoir des députés est de s'enquêter les uns les autres. Cette manière de comprendre leur mission est tout à fait propre à leur donner de Tautorité devant le pays et l'étranger! Il est vrai que MM. Millerand et Pelletan, devant la commission, se bornèrent à déclarer que c'était aux calomniés à prouver que leurs calomniateurs avaient tort. La commission d'enquête aboutit au rapport Darlan ; et ceux qui étaient si empressés à demander la nomination de cette commission ne se hâtèrent plus de demander la discussion de la conclusion.

La Chambre des députés continua à s'ériger en tribunal et à vouloir diriger les actes de la justice. Le ministère Dupuy était tombé parce que le Conseil d'État n'avait pas rendu un arrêt conforme aux passions de la majorité de la Chambre; le ministère Ribot tomba le 28 octobre parce que M, Gusla\ft ^^i^xii^w^V

n'était pas satisfait du verdict du jury et des débats de la Cour d'assises dans raffaire des chemins de fer do Sud.

Sous ce ministère, on avait cependant commencé une instruction judiciaire relative à l'accaparement des cuirs, parce que les Américains en avaient acheté, ee qui eût dû réjouir tous les protectionnistes, puisqu'an lieu d'être envahis, nous envahissions; et la Chambre termina sa session par une interpellation sur les phosphates algériens; elle a ressuscité pour ce produit les droits de sortie, ce qui assimile la fiscalité de l'Algérie à celle de peuples orientaux ou africains.

Le ministère Bourgeois, quoique ne comprenant pas M. Goblet parmi ses membres, fut l'expression de la politique de concentration à gauche.

Le président du Conseil répétait sur tous les tons aux socialistes : — Moins de zèle, mes amis, vous me compromettez!

Les socialistes, si opportunistes qu'ils fussent devenus, refusaient de comprendre, et quand M. Bourgeois, se tournant vers le centre, disait : — « Mais je renie les doctrines socialistes. Je ne veux même pas appliquer les principes primordiaux du programme radical », les bons socialistes « s'usaient les paumes », comme disait la Petite Rf^publiqve^ en s'esclaffant et criaient :

— Bravo ! Bien joué ! nous savons que tu es avec nous et qu'actuellement tu ne peux pas ne pas être avec nous. Tape donc sur nous tant que tu voudras. Ça ne compte pas.

Les socialistes et les radicaux-socialistes firent, à l'égard de la Chambre, une politique de chantage en disant aux députés : — Soutenez le cabinet, ou c'est la dissolution! Le ministère Bourgeois ou la

mort! Ils oubliaient que la dissolution dépendait du Sénat.

M. Bourgeois, pour satisfaire les sentiments de iiaine des socialistes, avait cru nécessaire de s'adjoindre M. Ricard comme garde des sceaux; il se vit entraîné à livrer bataille contre le Sénat, le 11 février, lors de l'interpellation Monis sur la manière dont M. Ricard en agissait avec le Code d'instruction criminelle et respectait rindépendance de la magistrature. Le 14 février, sur une nouvelle interpellation de M. Monis, l'ordre du jour pur et simple fut repoussé par 156 voix contre 85 et l'ordre du jour Bérenger fut voté par 169 voix contre 71.

M. Bourgeois et ses ministres font crier dans le voyage à Marseille du Président de la République : A bas le Sénat! Le 3 avril, le Sénat vote par 147 voix contre 81 un ordre du jour de méfiance déposé par MM. Frànck-Chauveau, Demôle et Bernard-Lavergne. Le 21, les crédits de Madagascar sont discutés au Sénat. Par 171 voix contre 90, le Sénat, à la suite d'une déclaration des groupes, en vote Tajournement.

Résistez! criaient les radicaux-socialistes qui avaient soutenu le ministère Bourgeois. Le conseil était plus facile à donner qu'à suivre, à moins de s'engager dans une voie révolutionnaire. Si M. Bourgeois acceptait, dans sa majorité, les voix révolutionnaires, il n'a point un tempérament à courir de pareilles aventures. Sentant sa situation impossible, il donna sa démission. Ses plus chauds partisans l'appelèrent une désertion, quelques-uns même une trahison. Toutefois, ils furent assez raisonnables pour ne pas lui en vouloir. Qui Teût cru? Désormais, M. Bourgeois est l'adversaire du

Sénat. Quand les gens de Grenoble et de Toulouse veulent le flatter, ils crient : A bas le Sénat! vive Bourgeois!

M. HourgcHus repousse un pareil compliment. ^ Non; c'est trop, c'est vraiment trop d'honneur, répondit-il.

En effet, c'est un honneur gênant, car M. Bourgeois est condamné à ne plus devenir que le ministre d'un cabinet révisionniste. Il ne peut avoir désormais d'autre programme que de gouverner contre le Sénat. Des tr)is grands pouvoirs constitutionnels, le Président, le Sénat et la Chambre des députés, il en supprime un.

Qu'un homme fin, intelligent et avisé comme il Test, ait pu s'imaginer qu'il pouvait fonder sa politique sur la lutte avec un de ces trois pouvoirs, c'est un.e preuve de l'aberration à laquelle peuvent entraîner certaines cond scendances et certaines faiblesses. Pour avoir l'appui des socialistes, il s'est donné une attitude qui implique, s'il revient aux affaires, une crise constitutionnelle.

Le Sénat, en renversant le ministère Bourgeois, a moniré l'utilité de son rôle. Car M. Bourgeois, par lui-même bourgeois digne de son nom, lançait la France dans la politique socialiste avec une rapidité effravante. Le 23 février. M. Mesureur, dans un discours à Chàlons-sur-Marne, déclarait que le ministère était socialiste. Le 29, il est vrai, il désavouait son discours au Sénat, mais à tort. C'était bien une politique socialiste que suivait le ministère Bourgeois quand son ministre des finances, M. Doumer, déposait son projet de loi sur l'impôt sur le revenu.

Il donnait aux socialistes l'instrument d'inquisition

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Bécessaire pour préparer les listes des fortunes et <ies confiscations. Il mettait entre leurs mains l'instrument de nivellement. Ils ne s'y trompaient pps; et M. Bourgeois avait beau refuser leur concours tout haut, ils ne se formalisaient pas de cette pudeur : ils lui donnaient leurs voix avec un ensemble admirable. .

M. Doumer avait trouvé une formule séduisante : — Il n-y aura qu'une minorité à payer les dépenses que les représentants de la majorité voteront. Ils n'auront donc pas à se gêner : et comme sous le régime du suffrage universel, le dernier mot doit appartenir au plus grand nombre, les protestations du petit nombre spolié et opprimé sont négligeables. Il prononça cette phrase de guerre sociale : — Dans la commune, ce sera le châtelain qui payera !

J'ai montré, dans les Tribulations de M. Fauhert et l'Impôt sur le revenu, à quel épouvantable régime aboutirait ce projet, si jamais il devait être appliqué. Lors de la nomination de la commission du budget, le 25 février, un seul député, il est vrai, accepta le projet de M. Doumer. Mais les membres du gouvernement, en apprenant ce résultat du vote des bureaux, disaient avec insolence dans les couloirs de la Chambre : — En séance publique, ils n'oseront pas!

Le 23 mars, la question fut admirablement posée devant la Chambre des députés par M. Jaurès et par M. Léon Say.

Du fatras de M. Jaurès, deux choses sont à retenir ;

1° Toutes les concessions faites aux socialistes sont considérées par eux comme des engagements pris à leur égard.

2° Le projet de loi de M. Doumer n'est qu'une pré-

i>8; LA COMEDIE SOCIALISTE

face. Les socialistes l'acceptent comme la clé destinée à ouvrir les tiroirs de chacun.

Avec son esprit et sa clarté habituels, M. Léon Say dégagea nettement la question.

l"" La commission du budget n'a pas à faire le budget. C'est la besogne du gouvernement. Il apporte un projet d'impôt qu'elle juge mauvais. Elle le repousse. C'est la seule obligation qu'elle ait à remplir.

2° L'impôt personnel et progressif sur le revenu est une préparation au collectivisme. Nul ne peut s'y méprendre, le petit propriétaire rural, qu'on prétend exempté, moins que tout autre.

3** L'impôt personnel sur le revenu global, c'est l'arbitraire remis au pouvoir des socialistes.

Ces deux discours indiquaient à chacun son devoir.

Il fallait choisir : être avec ou être contre les socialistes.

Le 26 mars, la Chambre vota, avec 9 voix de majorité, l'impôt sur le revenu, sur une équivoque de M. Pourquery de Boisserin : elle « réservait la déclaration ».

Cette majorité était faible, mais on pouvait craindre qu'elle ne grossît, si le Sénat n'avait pas montré l'esprit de résolution et do décision qui força le ministère Bourgeois à se retirer. Depuis, M. Doumer a promené un peu dans toute la France son projet d'impôt sur le revenu. Je ne puis que le féliciter de cette activité. Je l'en féliciterais bien plus s'il n'avait pas abandonné son projet eu échange du gouvernement général de rindo-Chine. Il est vrai que M. Cavaignac, qui en est e véritable inventeur, pourrait le reprendre.

Les amis de M. Bourgeois avaient annoncé pour le ministère Méline Timpossibilité de vivre. Leur prédiction ne s'est pas réalisée.

Malgré le furieux effort des radicaux et des socialistes, ils n'ont point fait une brèche assez grande dans le Sénat, pour y avoir une influence prépondérante.

En 1897, les socialistes sont moins à Taise que sous Je ministère Bourgeois. Aussi ne cachent-ils pas qu'ils voudraient bien culbuter le ministère Méline. Ils ont fait quelques tentatives à propos de la politique extérieure et de l'affaire Arton. Elles n'ont pas réussi. Ils ont fait des propositions sur le chômage ; ils ont essayé de supprimer les bureaux de placement. Mais M. Sembat s'est vanté d'avoir fait la proposition la plus révolutionnaire qui eût encore été déposée. Il se vantait de tenir le record du socialisme parlementaire.

Cet ancien élève du collège Stanislas, qui prétend avoir été initié au socialisme par Herbert Spencer — qui en est un adversaire déclaré — est un des chefs du parti. Il n'avait pas fait, jusqu'à présent, beaucoup parler de lui. Il restait modestement dans l'ombre qui lui convenait, mais il a pensé qu'il manquerait à son devoir, à lui-même, à ses électeurs, s'il ne faisait pas son tapage dans le charivari socialiste.

Sa proposition avait pour objet l'élection d'un tribunal de 270 membres, « affranchi de tous rapports avec la magistrature et avec la législation ordinaires ».

Ce jury aurait eu pour but de poursuivre :

1° Les crimes et dé.lits contre la fortune publique commis par des ministres, députés, sénateurs ou 'titulairei |.: de mandats électifs quelconques, ainsi que les procès en diffamalion contre les mêmes personnes et les fonctionnaires;

2^ Les faits délictueux commis par les fonctionnaires de tous ordres dans l'exercice ou à Toccasion de ^exe^ cice de leurs fonctions ;

3° Les accaparements, agiotages, etc.

Ce jury aurait pu évoquer devant lui toutes affaires mêmes dont les tribunaux auraient été saisis et qui lui auraient paru de sa compétence. Il aurait pu prononcer toutes les peines inscrites au Code, sauf la peine de mort.

Le projet, que M. Sembat déclarait si révolutionnaire, lui a été inspiré par le souvenir de la Chambre ardente qui fonctionna de 1716 à 1717. pendant le régime vertueux qui s'appelle la Régence. Elle avait pour but de rechercher les prévarications qui avaient été commises depuis 1689. Elle a laissé un souvenif à moitié odieux et à moitié ridicule qui donne son vrai caractère à la proposition de M, Sembat.

M. Sembat est plein de méfiance pour les parlementaires qui sont des élus du suffrage universel. Cette Chambre ardente aurait été destinée à surveiller, à rechercher ce qu'ils ont fait et à surveiller ce qu'ils feraient.

Mais si les élus du suffage universel doivent inspirer une méfiance telle qu'ils doivent être soumis à un pareil tribunal, quelle garantie présenteraient les membres de ce tribunal? Dans le projet de M. Sembat,

ils seraient élus comme de simples députés. Parce qu'ils s'appelleraient les membres du jury national, en seraient-ils plus vertueux, plus purs, plus éclairés, et seraient-ils dignes de juger leur co-élus qui auraient eu la môme origine qu'eux?

Si les députés peuvent devenir prévaricateurs, les membres de ce jury seraient-ils donc au-dessus de toute tentation? Ces hommes, munis d'un pouvoir d'inquisition, seraient-ils au-dessus de la haine et de l'amitié? Vivraient-ils au-dessus de toutes les séductions y compris les séductions féminines? et s'ils étaient au-dessus des séductions, seraient-ils au-dessus des soupçons ? N'y aurait-il point des députés et des journalistes qui les accuseraient de favoriser les uns et de persécuter les autres, de se faire payer par les habiles, de n'atteindre que les naïfs, et de servir d'instruments de chantage ?

Ce projet confirme ce que je ne cesse de dire sur la manière dont les socialistes comprennent la liberté individuelle, les garanties du citoyen. Le projet de M. Sembat nous montre une fois de plus l'agréable régime que nous préparent les socialistes si jamais ils arrivaient au pouvoir.

Il est vrai que la question préalable, sur la proposition de M. Sembat a été votée par 355 voix contre 125. En dehors des socialistes purs^ il y a donc 65 radicaux qui trouvent qu'une telle proposition méritait considération et discussion,

Pour nous, ce qui nous indigne et nous afflige, c'est que la peur du ridicule n'en ait pas retenu l'auteur. Pour avoir osé la produire, il faut qu'il ait un fier mépris pour ses collègues et pour les électeurs.

Les exploiteurs de la grève de Carmaux semblent être rejetés par ceux qu'ils ont abusés pendant si longtemps. Mais il faut bien se rappeler que le minislère Bourgeois leur avait donné une grande force. Il avait fait de ces hommes, qui professent ouvertement W spoir de renverser par tous les moyens la République, un appoint de sa majorité. Ils régnaient en maîtres dans les administrations et dans les préfectures. Ils obtenaient les faveurs qu'ils réclamaient.

La majorité de la Chambre était indécise et flottante. 11 faut nous rappeler que c'est le Sénat qui a renversé le ministère Bourgeois et rejeté la politique radicalesocialiste qu'il menait à si grand train.

Les radicaux et les radicaux socialistes ne se dégagent pas des socialistes. Quand ils parlent d'une concentration, c'est d'une concentration socialiste; etdans le banquet du 15 mai 1897, M. Millerand leur a dit doucereusement : — Venez à nous! le socialisme vous est ouvert.

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