‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) [Documents recueillis et annotés]Chapitre 108 sur 274 · ADRESSÉE AU GEAND-DUC DE TXKCANE COSME UI · texte numérisé non relu

ADRESSÉE AU GEAND-DUC DE TXKCANE COSME UI

PAR MARIE PARROCEL.

FEMME DU PEUmtE

JACQUES PARROCEL

(20 Mars 1712).

Document communiqué par M. Eugène Munt\.

Altesse Royale,

Une pauvre famme de Jacques Parou^^el, peintre, se jette aux pieds de V. A. R. pour La suplier très humblement d'avoir la charité en faveur de trois enfans qu'elle a, de lire ce petti mémoire, qu'elle ossera informer V. A. R. du sujet de sa plainte contre son légitime mary, Parou^el, l'ayant donc abandonée avec ses trois enfans, et il c'est retiré dans les États de V. A. R. avec une famme qu'elle a esté chassée de l'Opéra, et a couru toutte la France, continuant une vie scandaleuse, ayant mesme demuré environ un an et demy ensemble à Livorne, ce quy luy cause sa ruine totale, et a mis ses pauvres enfons à la misère.

Il y a quelque temps que prîmes la liberté en feire la relation a M. le Gouverneur de Livorne, que en exécution d'icelle, après qu'il fust instruit du fait é vérité, donna ses ordres pour la feire banir. Mais Parou\el, avisé de

JACQUES PARROCBL. 203

ce quy ce passoit, la renvoya en France pour éviter le banissement; trois mois aphrès le susdit Parou\el la rapella, et, de retour qu'y fust a Livome, ils s'en furent à Luque, croyant estre plus en sûreté, et furent aussy reconus, que d'abort partirent pour Florance pour y estre en plus grande sûreté par raport à la grandur de la ville et au grand nombre de puple qu'îlyabitcnt. Il y aura environ deux mois qu^il y sont, continuant cette mauvaisse vie et adultère, ayant oblié de joindre que cette couruse estoit marié à Lion avec un nomé Feran, fondur. Ils sont logez chez de personnes de calité, à ce qu^il nous a estéescrit, à la mayson du Cavalier Giliardini, proche de Péglise des Carmes, dont, passent pour mary et famme, on fait cncor du tort à l'honneur de ce Noble et de sa dame, quUls mbnt encore marqué qu^y se frequentoit. Sy ledit Parou^el vouloit dire le contraire de ce présent mémoire, il y a à Florence Sainte-Marie d'IsiS d'Avignon, quy le sçait, Tirati de Livorne aussy, et Pinformation que n'avions encor fait à "M. le Gouverneur de Livorne, et nous croyons qu'en i aye assés pour justiffier cette vérité. Implorons la généruse é charitable proteaion de V. A. R. pour en espérer tous les suites (succès?) posibles que peuvent espérer une famme abandonée, avec trois enfans, par un père quy pouroit les assister é leur donner de l'éducation, et que au contraire sont à la miséricorde d'un chacun, dans un temps que leur père menne une telle vie que n'y fait point d'honneur, et, de tous les soins que V. A. R. se donnera. Dieu n'y en feira la récompance et nous, que prie-

I. Marie a Parouzd » écrit naturellement disi. On pourrait comprendre dUci, d'Avignon, mais cTIsi est un nom méridional et italien (Mémoires de Gasbaroni, traduits de Pierre Masi. Paris, 1867, in-8% p. 174- 3). — A. M.

264 JACQUES PARROCEL.

rons insstetament le Seigneur pour la prospérité é santé de V. A. R.« lui estant, avec toute somision, vos très humbles et très obéysents et très-soumis servit.

Avignon, ce 20* mars 17 12.

Marie Parouzel et ses anfans.

(Ârchivio Mediceo Carteggio di Cosimo III filza 11 38.)

Les Archives de Part français ont déjà donné asile à des récits d'infortunes conjugales, contenus dans le mémoire de Greuze contre sa femme. Ici, c'est la femme qui se plaint de son mari. Elle ne dit pas ce qu'elle demande, probablement qu'on le lui renvoie pour lui arracher les yeux, car la vivacité de son âoquence manque de clarté dans la forme, et nous ne pouvons dire ce qu'il en est advenu, n^si ce n'était pas elle qui avait feit (uir son mari devant le déluge de ses reproches.

Dans tous les cas, c'est presque une énigme de plus dans la biographie de Parrocel. M. Taillandier, dans la première série des Archives de Tart français (VI, 56, 61 et 4o5, 406), a prouvé surabondamment que celui qu'on nommait à tort Etienne Parrocel était le même que Joseph Ignace François. Il n'y a pourtant pas à hésiter ici : Marie Parrocel appelle bien son mari Jacques, et peintre en toutes lettres. C'est affaire à M. Etienne Parrocel, de Marseille, qui a écrit sur les peintres de sa femille une monographie aussi peu méthodique et solennelle qu'elle est vive, amusante et bien informée, de nous renseigner sur les faits et gestes du volage époux de cette Ariane d'Avignon.

A. DE M

Page 1