JACQUES BOUS8KAU
qualité de premier sculpteur du Roi pour être chargé d'y faire les statues et décorations en marbre; il eut beaucoup de peine à s'y décider^ ne se souciant pas de quitter sa femme et ses enfans, mais les propositions qui lui furent feites lui parurent tellement avantageuses que, pour l'intérêt de sa famille, il s'y détermina, sauf à revenir en France aussitôt que ses travaux seraient finis, ou au bout de quelques années.
Il s'est livré à ces travaux pendant plusieurs années et enfin est mort en Espagne usé de fatigues. Suivant un mémoire arrêté et reœnau par la 'signature même du roi Philippe V les ouvrages à lui dûs montaient à environ i5o,ooo francs, dont, ni ma grand-mère, sa veuve, ni mes père et mère, quelques démarches qu'ils aient faites et fait faire, quelques sacrifices qu'ils aient offerts, n'ont pu obtenir le moindre payement, sous le prétexte de la mauvaise foi la plus indigne, que, mon grand-père étant étranger, il fallait acquitter ce qui était dû aux naturels du pays avant de payer les dettes dues aux étrangers. Ce qui n'a jamais pu avoir lieu. Mon grand-père décédé dans ce pays avait laissé en mourant un mobilier assez considérable en meubles, effets mobiliers, ustencils de ménage, bijoux, argenterie, outils et ustencils nécessaires à son état. G)mme étranger, inventaire fut fait vraisemblablement au nom du gouvernement de ce qui composait sa succession; son mobilier fut vendu et les deniers produits de la vente déposés dans la caisse publique du gouvernement. Au moins les représentans de M. Bousseau étaient-ils fondés à espérer devoir recouvrer la somme produite par la vente de ce mobilier et avoir connaissance des papiers et effets trouvés après son décès. On n'a jamais pu rien obtenir; toujours on a opposé des raisons du gouverne-
SCULPTEUR DU ROI. 3l3
ment^ qui a trouvé qu'il lui était plus avantageux de tout garder pour lui et de tout refuser... Mon père, comme représentant son épouse restée seule héritière de M. Bousseau son père^ ayant voulu renouer les négociations pour tâcher d'obtenir quelque chose sur ces sommes de la part du gouvernement espagnol, reçut une réponse par laquelle on eut Timpudeur, pour ne pas dire Teffronterie, de lui proposer de venir lui-même s'établir en Espagne, en lui ajoutant que ce serait peutêtre le seul moyen de parvenir au but de ses demandes et démarches. On peut facilement présumer que, d'après l'exemple de son beau-père, il ne voulut pas y consentir dans la crainte qu'on ne fit à lui et à sa famille subir le même sort. Depuis ce temps on n'en a plus entendu parler et le tout a été perdu et englouti dans les caisses de ce gouvernement infidèle et de mauvaise foi^.
1, Bousseau avait épousé Marie-Thérèse Bailly, tante de Sylvain Bailly, membre de TAcadémie des sciences et Maire de Paris. — A. Dbm.
2. Antoine Gibert, gendre de Bousseau, s'était marié en ijb3 avec la fille de Bousseau et en eut deux fils dont Taîné est Fauteur de ce journal. « Les connaissances qu'Antoine Gibert avait acquises par Tétude quMl avait faite des diamants et pierres précieuses que l'on désignait sous le nom de Pierres de couleur, d'Orient et autres, lui avaient gagné la confiance de plusieurs amateurs à Paris curieux de ces sortes de pierres, entre autres de M. Dogny, ancien fermier général, dont le cabinet dans ces sortes de pierres était connu de toute l'Europe. Cette confiance s'étendit jusque dans l'étranger, d'où on lui envoya des morceaux les plus rares et du plus grand prix que je me rappelle avoir vu en sa possession et lui valut enfin sa nomination de jouaillier du Garde-meubles de la Couronne qu'il a conservée jusqu'à la mort de Louis XV et pendant plusieurs années sous le règne de Louis XVI. d II mourut en 1794. — Extrait également du journal de Gibert de l'Isle.
Le journal de Gibert de Tlsle dont j'extrais les pages^ui précèdent m'a été communiqué en 1871 par M. Baudinof, employé à la Caisse d'épargne de Compiègne. — A. Dbmarsy.
LETTRE
DU