DE MOREAU LE JEUNE
On Toh dicî Taspect et le costume; les compositioDS de Moreau pour Iç Télémaque en donnent la note même. Le petit duc d'Angouléme est un enfant nu et ailé; le docteur Andirac, corn* plètement nu, est jeune et beau comme Apollon; c'est dans un temple rond avec une colonnade à jour que Téyéque de Terme est agenouillé devant un autel à l'antique; l'évéque de BayeuT, qui conduit la troupe des jeunes mariés, est costumé en Druide. Deux seules choses sont contemporaines ; un tapis ou un carré d'étoffe, jeté sur la branche d'un chêne, porte trois lions passants couronnés, qui introduisent dans cette vallée de Salente les armes de Normandie, et, sur un piédestal rond, le buste de Madame, presque à mi-corps. Celui-ci qui doit être la copie d'un buste réel, digne de Houdon ou de Pajou, est absolument en costume contemporain et charmant, avec la robe décolletée et agrémentée et avec la coifiiire haute et poudrée comme celle de Marie-Antoinette.
Malgré ce contraste et ces recherches un peu puériles d'une fausse antiquité, l'ensemble du dessin n'en est pas moins très- joli. Il n'est pas jusqu'à son cadre ancien qui ne soit aussi dans le goût du temps; au milieu de la bordure du haut s'élève un basrelief représentant sous un palmier un berceau fleurdelysé vers lequel un homme agenouillé tend les mains; avec sa longue robe serrée par une ceinture, ce doit être Ranchon lui-même, qui paraît encore jeune.
Nous n'aurions pas eu à parler ici de ce dessin sans l'inscription que nous avons relevée comme un document relatif à Moreau, et nous n'aurions pas dû avoir à le faire, car elle devrait être déjà connue par le livret du Musée; mais il n'en a pas encore été fait, et le visiteur se trouve perdu au milieu de tous ces monuments dont il ignore la pcovenance, de tous ces portraits dont il ne sait pas les noms.
Le musée de Bajeuz mériterait cependant d'avoir non seulement un livret, mais un bon livret. Il renferme des fragments antiques, des inscriptions romaines, des pierres tombales du moyen fige avec inscriptions qu'un passant n'a pas le temps de transcrire. Quelques morceaux sont particulièrement importants, ainsi la cloche de Fontenailles fameuse par la date de son inscription + XV XR X IPbATi MCaL Une grande inscription du XII* siècle est aussi bien curieuse :
I. La formule bien connue sur les monnaies : « Xristus vincit, Xristus régnât, Xristus imperat. »
350 DESSIN iXLÂGORIQUB
QjUARTA DiES PASCHAE ERAT CV CLER' AD HVT QVE lACET HIC VETVLE VENIMVS EXEQyiAS
LETICIEQ. DIEM MAGIS AMISISSE DOLEMVS QVAM CENTVM TALES SI CADERENT VETVLE
Rien de plus beau que ces grandes lettres gravées en capitales romaines imitées du meilleur siècle; le temps n'en est marqué que par la présence, à côté des mêmes lettres gravées à Tantique» d'E et d*M lunaires, de D rond à l'onciale, d'A à barre triangu* laire au lieu de Tavoir horizontale. Mais il eût été fort bon de dire que cette inscription provient d'un des contreforts de la façade de la cathédrale et qu'elle a été publiée par Tabbé Béziera {Histoire de la ville de Bayeux, 1773, p. 54) d'après Fapjre ' Masson.
Il n'eût pas été moins bon de dire que ce n'est pas une épitaphe véritable, mais une plaisanterie lapidaire, souvenir des jeux poétiques des Écoles, et l'abbé Béziera nous apprend qu'elle a été ainsi parodiée par Senécé, ou plutôt traduite :
La vieille femme à maistre Jacques Trépassa le beau jour de Pftques.
Pour la fourrer ici dedans En ce temps de réjouissance Il nous fallut, malgré nos dents, Tronquer un repas d'importance \ One ne le pûmes achever Dont deuil plus cuisant nous opile Que si nous avions vu crever Toutes les vieilles de la ville.
M. Joanne a donné à tort ce hultain dans son « Guide de Normandie, » 1872, p. 373-4, comme étant du xv* siècle et comme se trouvant^ sur les contreforts de la cathédrale. Quant à répéter, avec lui et après l'abbé Béziera, que ce dixain se rapporte à Isabelle de Douvres, maîtresse de Robert, comte de Glocester, et sœur de Thomas, archevêque dTork, je le laisse aux ingénieux; ce qu'il 7 a de sûr, à propos du quatrain latin, c*est que tous ces gens-lA n'existaient pas.
Ce n'est pas ici le lieu de paiier en détail du musée de Bajreux ; j'y signalerai cependant deux monuments intéressants. L*un est une belle sculpture en marbra de la fin de Louis XIII; les deux figures couchées, provenant de l'église de Ryes, de Jacques André, écuyer.