POUR LE LAZARET DE MARSEILLE
Documents communiqués par M. J. J. Guiffrey et annotés pat* M. Louis Gonse.
Les premiers travaux de David jusqu'en 1780, dont le plus important est le tableau de Saint Roch ou de la Peste de Mar-
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seille, ne nous sont connus que par quelques renseignements sommatfts que reproduisent successirement, dans ^les termes à peu près identiques, ses diffiîrents biographes, Coupin, Rabbe, Miette de Villars, Deléduze, d'après Tauteur anonyme (Thomé) de la notice sur David qui parut en 1826. Les pièces qui suiyent et qui forment le' dossier de ce que Ton pourrait appeler l'afiBfiiire du Saint Roch, oi&ent précisément sur cette œuvre peu connue de Datfid un ensemble de détails fort curieux et précîsenti d*une façon qui ne laisse plus rien à désirer, les circonstances assez complexes qui retardèrent son envoi à Marseille et sa remise aux directeurs du Lazaret. — Ceux-ci, voulant conserver dans une image saisissante le souvenir de la terrible épidémie de 1726/ commandèrent à David, en 1779, un tableau où serait représenté saint Roch, le patron des pestiférés, implorant la Vierge et la suppliant de faire cesser le fléau. David le commença et le termina, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans le courant de cette même année, sur la fin de son s^our à Rome. La composition en est très-simple et rappelle les ordonnances sévères et un peu poncives des maîtres Bolonais. La Vierge sur un nuage devant saint Roch agenouillé forme le motif principal ; mais tout Tintérét de l'œuvre est dans les groupes des pestiférés qui gisent étendus à droite et à gauche en proie aux douleurs de Pagonie. David les a signés de son individualité.
Ce fut le premier triomphe dC'^sa renommée naissante et il fut décisif. C'est à cette occasion que le vieux Battoni, qui était alors le doyen des peintres italiens et l'arbitre du goût à Rome» lui prodigua les encouragements de sa haute autorité et lui prédit le rôle qu'il devait jouer bientôt. « Depuis plus d'Un demi- » siècle,» lui dit-il, «que j'habite cette ville, j'ai vu les peintres de » toutes les nations; je connais tous les ouvrages qu'ils ont faits • sous nos yeux ; je ne me rappelle aucune toile qui soit compa- » rable à la vôtre. La figure couchée de ce pestiféré est tout à » fait digne de Michel-Ange. » En effet, si l'ensemble est un mélange assez froid du style de Vien et du style italien de la décadence, la grande figure du pestiféré étendu au premier plan, nu et la tête enveloppée d'un linge, qui semble se résigner à la mort avec une fermeté stolque, est un morceau d'une franchise et d'une énergie singulières.
Le succès que le saint Rock obtint à Paris, au salon de 1781,
ne fut pat moins vif. Mais, c'est justement, comme on le verra par les pièces groupées ci-après, ce vo3rage du tableau à Paris qui, en retardant son arrivée à Marseille, excita le mécontentement des Intendants de la Santé, et motiva entre les parties intéressées une correspondance assez aigre et qui n^est malheureux sèment point à l'honneur de David, Ce sont les frais occasionnés par ce déplacement qui prpvoquèrent de la part de celui-ci une demande de 35o livres comme supplément au prix convenu en 1779 de 5o sequins (environ 55o liv.)* Il est certain que ce chiffre dut paraître bien maigre, trois ans après, au peintre déjà illustre du Bélisaire. Ce sentiment perce assez pour qu'il soit permis de penser qu'au fond de tout cela il y avait de la part de David un désir secret de rompre un marché qu'il ne trouvait plus avantageux et de garder le tableau à Paris. Il mit en campagne les plus gros personnages, et ce n'est qu'après avoir senti la ferme volonté des Marseillais de ne point céder qu'il &it sonner bien haut qu'il entend simplement couvrir ses déboursés.
Les 35o liv. lui furent accordées et, en fin de compte, le tableau arriva à Marseille au commencement de l'année 1782 et fut placé, au Lazaret, non dans la chapelle, pour laquelle il avait été commandé, mais dans les bureaux de la Consigne où il se trouve encore aujourd'hui. Il n'a pas, que nous sachions, été gravé, mais il a été lithographie, assez médiocrement du reste, vers 1820, par Langlumé.