‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) [Documents recueillis et annotés]Chapitre 178 sur 274 · EXTRAIT DBS NOTES DE M. PIERRE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DBS NOTES DE M. PIERRE

Le tableau du s. David peut lui servir pour son Agrément, ainsi que ses académies; mais il ne se présentera point quUl n^ait fait un tableau à Paris. Cest un usage qui a pris force de loi, vu les motifs qui y ont donné lieu. On Ta laissé le maître de âiire un morceau de deux ou 3 figures pour accélérer son Agrément, ou de se livrer à son grand projet, ce qui le retarderoit jusqu^en juin ou juillet prochain. Il paroit qu'il a choisy ce dernier parti.

Note de la Direction. De ce que M. Pierre m'a dit.

en explication de ce que dessus, il résulte qu'on peut rendre à M. David son tableau de St Roch pour en user comme il le jugera à propos, c^est à dire le retenir jusqu'à son Agrément; ou l'envoyer à MM. les Directeurs du Lazaret de Marseille, ce qui paroit être le parti qu'il prendra, vu l'impatience quHls ont d'en jouir.

Et plus bas :

Le lui faire rendre quand M. le Comte Taura vu à quelqu'un de ses voyages prochains à Paris.

La pièce précédente est extraite des notes communiquées par Pierre au directeur des Bâtiments en qualité de Premier Peintre et de Directeur de l'Académie de peinture. Le grand projet auquel il fait allusion et pour lequel, suivant Delécluze {Louis David et son temps, p. 1 16), il aida David de ses conseils, n'est autre que le Béiisaire, aujourd'hui au musée de Lille, qui fut exposé en 1781 et qui le fit recevoir Agréé de l'Académie.

LETTRE ADRESSÉE PAR M. GUYS *, MEMBRE DU BUREAU DE LA. SANTÉ DE MARSEILLE, AU COMTE d'aNGIVILLER^ DIRECTEUR DES BATIMENTS.

A Marseille, le 18 avril 1782.

Monsieur le Comte,

C'est après avoir vu et admiré avec toute la ville le

tableau de St Roch, fait à Rome par M. David, que je

dois avoir l'honneur de vous remercier de nous avoir

accordé ce que j'avois demandé à M. Vien pour la cba-

I. Le signataire de cette lettre est très-certainement Pierre^Augustin Guys, né en 1720 à Marseille et mort à Zante en 1779. Helléniste et auteur de plusieurs ouvrages remarquables, notamment d'un Voyage littéraire de la Grèce ou Lettres sur les Grecs anciens et modernes (Paris, 1771, a vol. in-ia), Guys appartenait à une importante famille marseillaise qui a produit plusieurs littérateurs distingués (voir les Biographies générales).

pelle de notre Lazaret. J^avois demandé. Monsieur le Comte, l'ouvrage d'un élève; le prix convenu étoît relatif à la proposition, et dans le tableau reçu les conoisseurs ont été frapés de voir des parties dignes des plus grands maîtres. Aussi le cri et le vœu public ont prononcé sur sa destination, et au lieu de Tenterrer dans la chapelle de Penclos toujours fermé du Lazaret, on l'a placé au Bureau du Lazaret, comme un ornement de la ville et à côté du bas-relief de Puget,

Le modeste M. David s'est borné, ayant agrandi son sujet et &it transporter son tableau à Paris, de demander une^ég^e augmentation de 35o *, comptant sans doute que son ouvrage, et au besoin mes sollicitations, lui obtiendroient la gratification la mieux méritée. Je suis forcé. Monsieur le Comte, de vous avouer, aux dépens de mes concitoyens administrateurs, trop économes en ce point, que je n'ai pas voulu me chargé d'envoyer à l'artiste cette modique somme pour compléter ses débours, et que le Bureau, qui n'est pas composé d'amateurs, a même refusé à ma réquisition d'accuser à M. David la réception de son tableau et une phrase qui atteste sa satisfaction.

Je m'adresse au protecteur des talens et des artistes

pour réclamer en faveur de celui<i, ce que tout le public

demande ici pour lui. Il ne dépend que de vous, M. le

Comte, de lui procurer une gratification honorable si

vous voulez bien en écrire un mot à M. de La Tour,

Intendant de la province et inspecteur du Bureau de la

Santé.

Je suis avec un profond respect..

Guys.

A to lettre de M. Guys, du i8 avril, le Directeur des Bâtiments répondit le a6 qu'il approuvait fort le déplacement du tableau et

annonça qu'il écrivait à Tlntendant de Provence pour le prier d'autoriser le Bureau de la Santé à accorder, en plus du prix convenu» une gratification en rapport avec le mérite du tableau. Nous donnons la copie de la lettre du Directeur des Bâtiments à M. de La Tour, qui contient, pour ainsi dire, un historique complet du tableau et la réponse de M. de La Tour, datée du 24 mai, qui lui fait part de la résolution, qui a été enfin prise par les membres du Bureau, d'accorder la somme de neuf cents livres, de beaucoup supérieure à celle qui avait été fixée en 1779, et lui adresse en même temps la réponse de ceux-ci à M. d'Àngiviller. Cette délibération du Bureau et la lettre de l'Intendant de Provence, qui constatent le mince succès de toutes ces démarches, méritent d'être rapportées en entier.

Il faut 7 joindre une lettre curieuse de M. d'Angiviller à M. Guys qui insiste avec une sorte d'ostentation sur le désir actuel du peintre qui se limite au remboursement de ses frais et qui flEÛt sonner bien haut qu'il ne veut rien accepter au-<ielà. Ces lettres montrent le Comte plein de sollicitude et d'amitié à cette époque pour David; elles marquent bien le degré d'intérêt qu'il lui portait, mais elles laissent aussi passer le bout de l'oreille, c'est-à-dire le désir secret de celui-ci de garder le tableau pour le Roi : au fond, toute la question est là. Cette bonne entente entre le peintre et l'homme de cour ne devait d'ailleurs pas durer ; on sait que plus tard ce dernier fit un reproche à David d'avoir exécuté le Serment des Horaces dans une dimension plus grande que celle qui lui avait été prescrite et critiqua si amèrement cet ouvrage que David oublia les anciens bienfieûts pour ne se souvenir que de la blessure fieiite à son amour-propre (Ddécluie, p. 1 18-19).

M. Guys à M. d'Angiviller,

A Marseille, le i5 may 1782.

Monsieur le Comte,

J^ai difTéré de vous remercier de la lettre que vous

m'avez fait Thonneur de m^écrire, le 26 du mois passée

pour attendre la détermination du Bureau de la Santé

au sujet de la gratification due à M. David. Je me

flattois. Monsieur le Comte, que ce Bureau, où je ne suis plus, d'après votre invitation et celle de M. De La Tour, qui lui a envoyé votre lettre, seroit plus généreux qu^il ne Ta été à ma réquisition; mais je me suis trompé, et vous voudrez bien. Monsieur le Comte, me pardonner d'avoir eu trop bonne opinion de l'équité et des lumières de mes concitoyens.

Je suis avec un profond respect, etc.

Guys.

M. d'Angiviller à M. De la Tour, Intendant

de Provence,

26 avril 1782.

La place. Monsieur, que vous occupez dans la Provence, vous mettant à la tête du Bureau de Santé de la ville de Marseille, vous avez sûrement été informé de la demande qu'il fit, il y a quelques années, au siçur David, alors pensionnaire à Rome, d'un tableau propre à décorer la chapelle du Lazaret. Ce tableau a été exécuté et de telle manière qu'à Rome même, à l'École des Beaux- Arts, il fut trouvé de la plus grande beauté; ce qui détermina le s' David à demander un délai pour le remettre au Bureau de la Santé, afin qu'il pût être vu à Paris et servir à son entrée à l'Académie de Peinture ^ J^ai désiré moi-même quUl figurât dans l'exposition des tableaux de Tannée dernière où en effet il a eu le plus grand succez, et je ne vous dissimulerai point que j'aurois fort souhaité pouvoir le garder pour le Roi. Mais MM. de la Santé de Marseille tenoient beaucoup et avec raison à ce morceau; j'ai respeaé leur droit de

I. On a vu par l'extrait cité plus haut des notes de Pierre que le Saint Roch ne put servir à le feire nommer Agréé et qu'il exé* cuta spécialement dans ce but le Bélisaire,

propriété, et le taUeau leur a été remis il y a quelques semaines.

Tout ce qu^il y a de connoisseurs et d'amateurs des Arts dans cette ville a été tellement enchanté de ce ^ tableau qu'il a été résolu qu^il ne seroit point placé au Lazaret, où il seroit enterré, mais au Bureau même de la Santé, où on l'a mis honorablement à côté d'un basrelief du Puget,

Mais je dois vous observer que le s^ David n'a reçu de ce morceau que le prix qu'on met à l'ouvrage d'un élève. Il est vrai qu'il a adressé au Bureau un mémoire en sus, de 35o *, pour montant de divers frais que ce tableau lui a occasionnés. et motivés en partie par les augmentations qu'il y a faites. Le Bureau ne fait aucune difficulté de les payer; mais, comme il seroit juste qu'un tableau de ce mérite procurât à son auteur un avantage plus proportionné à son talent, les principaux des membres qui composent le Bureau devront être autorisés à témoigner au s^ David leur reconnoissance par une gratification en sus du prix convenu et du mémoire de frais dont il s^agit. Je vous serai. Monsieur, en conséquence, fort obligé de vouloir bien, après vous être fait rendre compte, autoriser le Bureau à payer au s^ David une gratification qui, en y comprenant les frais et déboursés ci-dessus, pourroit, je crois, être portée à... ou.. J II est certain qu'il ne sera point lésé et que, si le sr David avoit eu la liberté de vendre à Paris son tableau, il en auroit tiré un prix plus cpnsidérable. Je me flatte que votre amour pour les arts vous engagera à leur en donner cette marque.

J'ai l'honneur d'être...

I. Les tommes manquent sur la minute de la lettre; mais nous les trouTons mentionnées dans la réponse de Pin tendant, du 24 mai, reproduite ci-après.

M. d'Angiviller à M. Guys.

Versailles, le i8 mai 1782.

Je vous avoîs marqué, Monsieur, que j'écrivoîs à M. rintendant de la Provence pour obtenir de lui qu'il autorisât le Bureau de la Ville de Marseille à donner à M. David une gratification qui servît en quelque sorte de supplément au prix qu'il avoit demandé de son tableau. J*ignore ce que ce Magistrat aura statué sur cela. Mais je suis informé que M. David vous a écrit pour vousremercier de votre bonne volonté à cet égard, et qu'il est dans l'intention décidée de ne rien accepter au« delà de ce dont il est convenu pour le prix de son tableau et de la somme de 35o^, que vous deviez lui envoyer pour divers frais qu'il a faits à son occasion. Ainsi^ quelles que soient les dispositions de M. Tlntendam de Provence relativement à ce que je lui ai demandé pour M. David, je vous prie de faire part au Bureau de son désistement et de vous borner à lui faire passer^ comme vous en êtes chargé, la somme ci dessus.

J'ai rhonneur d^étre...

M. de La Tour à Af. d'Angiviller.

A Aix, le 24 may 1782.

J'ai reçu. Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26 avril, au sujet du tableau qui fut demandé, il y a quelques années^ au s' David par le Bureau de la Santé de Marseille. Vous auriez désiré qu'en faveur de la beauté de l'ouvrage l'on eût accordé à l'auteur une gratification de mille à douze cents livres, y compris les 35o * réclamés par le s' David pour différens frais. J'ai témoigné aux Intendans

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de la Santé qu'ils ne pouvoient se refuser à une chose

que vous regardez comme convenable et juste; mais ils

n^ont pas crû devoir donner à ce peintre au delà de la

somme d'environ onze cents livres qu'ils lui ont payée

et qui excède de beaucoup celle qui étoit convenue

entr'eux. Je joins icy leur réponse. Elle vous fera con-

noître les raisons sur lesquelles leur refus est fondé. Je

suis fâché. Monsieur, par l'intérêt que vous y prenez^

que mon invitation n'ait pas produit plus d'effet.

J'ai l'honneur d'être avec un respeaueux attache-

ment, Monsieur, votre très humble et très obéissant

serviteur.

La Tour.

£n même temps que M. d'Angivilier agissait auprès de M. de la Tour, il s^adressait directement à Pun des frères du Roi, — nous ne savons au juste si c'est le comte de Provence ou le comte d*Ârtoi8, mais nous avons tout lieu de supposer que c*est plutôt le comte d'Artois^' qui, en 1787, commanda au peintre le tableau des Amours de Paris et d* Hélène, — pour le prier d'user de sa royale influence en faveur de David, Le personnage en question paraît s'être prêté de bonne grâce à la démarche qu*on lui demandait. Il écrivit le 9 mai aux Conservateurs du Lazaret de Marseille pour les engager à mettre un peu plus de générosité dans cette affaire et à délier les cordons de leur bourse. Ceux-ci répondirent par la lettre suivante qui termina le difiérend, en lui annonçant que les 35o liv., réclamées par David, lui avaient été comptées au reçu du tableau, mais qu'ils entendaient strictement rester dans les clauses du marché consenti par David lorsqu'il était pensionnaire de PAcadémie de Rome.

Quoique cette lettre soit fort longue et qu'elle revienne sur ce qui a été dit plus haut, nous croyons devoir la donner in extenso parce qu'elle présente un exposé très-clair et très-complet du litige et parce qu'elle donne sur la commande du tableau quelques détails que l'on ne trouve pas ailleurs. Elle semble bien dure et tranchante à l'endroit du peintre [qui leur avait fait une si bonne toile, mais elle confirme ce que nous pensions du désir inavoué de David de rompre le marché.

DB MARSEILLE, SSg.

Lettre des Intendants du Bureau de la Santé, à Marseille^ au frère du Roi.

Monseigneur,

Comme tous ceux qui composent aujourd'liui notre Bureau n'étoient pas au fait de ce qui s'étoit passé dans le principe sur Tobjet du tableau que le s^ David a peint, nous crûmes devoir nous assembler ôxtraordinairement en dernier lieu. On fit, en présence de tous, les leaures des diverses lettres qui avoient été écrites et reçues sur cette affaire. Nous n'oubliâmes pas celle dont vous nous avez honoré le 9 de ce mois, 'en nous envoyant la copie de celle que vous avez reçue de M. le Comte d'Angivilleç. Nous vous prions de ne pas trouver mativais que nous entrions dans des détails qui, quoiqu'un peu longs, nous ont paru nécessaires.

Le Bureau délibéra en 1779 de faire £aire un tableau pour la chapelle du Lazaret. M. Guys, qui en étoit membre, offrit d'écrire à M. Vien, directeur de l'Académie de peinture à Rome pour le prier d'y £siire travailler un de ses élèves. M. Vien lui manda, le 8 novembre delà même année, que le jeune élève qu'il avoit chargé défaire le tableau de saint Roch (du prix duquel on étoit convenu auparavant), s'en occupoit, et que, s'il n'étoit pas achevé dans le courant du mois de janvier suivant, il ne tarderoit pas d'être perfectionné.

Un tems considérable s'étoit écoulé sans qu'il fût question de ce tableau. On pria M. Guys d'écrire derechef à M. Vien, qui lui manda, le 3o août 1780, que nombre de personnes ayant témoigné au s' David leur satisfaction du tableau qu^il avoit peint, il n'avoit pu se dispenser d'en faire part à M. le comte d'Angiviller,

390 LB SAINT XOCH

qui avoit donné ordre au sr David de Caire parvenir son tableau à Paris pour le (aire voir à TAcadémie; que cet artiste Tavoît envoyé par le courier de France et étoit parti lui-même peu dé jours après^ qu'il lui avoit avancé les cinquante sequins pour le prix dont il étoit convenu, et que ce peintre auroit soin d'envoyer son tableau à Marseille avec les mêmes précautions qu'il avoit prises pour l'envoyer à Paris.

Le s' David oublia bientôt sans doute les engagements qu'il avoit contractés. Son silence nous détermina à nous adresser à M. le comte d'Angiviller, le 20 avril 1781, pour lui faire part de ce qui s'étoit passé tt pour lui témoigner nos craintes sur le sort de ce tableau. Il nous fit l'honneur de nous écrire, le i«' may suivant, qu'il se hâtoit de nous tiïinquilliser sur le motif de nos craintes, que le s' David s'étoit persuadé que ce tableau, présenté par lui en même tems que son mor« œau d^Agrément, ne pourroit que lui être utile, surtout s'il étoit agréé pour l'exposition des tableaux, il avoit cru devoir différer par ce motif de nous le faire parvenir; mais qu'il nous garantissoit qu'il nous seroit envoyé immédiatement après cette époque, c'est-à-dire la clôture du Salon.

Cette assertion nous fit attendre avec la plus grande confiance l'exécution des ordres que nous étions assurés que le s' David avoit reçus. Ce ne fiit que pour les éluder que cet artiste écrivit encore le 36 décembre à M. Guys qu'ayant fait à Poccasion de ce tableau des dépenses qui excédoient la valeur des cinquante sequins qu'on étoit convenu de lui payer (qui font environ cinq cent cinquante livres, monnoye de France), puisqu'il avoit dépensé huit cent francs pour ce tableau et cent francs ppur les frais de transport de Rome à Paris, il le

DB MARSEILLE. 3g I

laissoit lé maître d'examiner si, d'après ces détails, il devoit renvoyer pour le prix de cinquante sequins; mais qu'il ofiGroit de donner pour ce qu'il avoit reçu une copie, qui seroit faite sous ses yeux et qui seroit corrigée par lui.

Cette lettre ne nous annonçoit que la mauvaise volonté, et nous pourrions ajouter le peu de bonne foy du S' David. Nous eussions désiré de ne pas écrire à M. le comte d^Angiviller pour ne pas Tindisposer contre un artiste qui abusoit de ses bontés avec aussi peu de rete* nue, et qui méconnoissoit Texécution de ses ordres.

Mais, la manière dont le sr David s'étoit expliqué ne méritant pas cet excès de ménagement de notre part, nous nous déterminâmes à envoyer à M. le comte d'AngiviUer, le ii du mois de janvier, la copie de la lettre que M. Guys avoit reçue de cet artiste. Nous nous plai* gnîmes des difHcult/s qu41 élevoit pour se dispenser de rendre un tableau qui ne lui appartenoit plus et dont il avoit reçu le prix. Nous lui représentâmes qu'il nMtoit pas moins déplacé que ce peintre se fût permis de faire travailler sans notre agrément à la copie d'un tableau, qu'il avoit bien voulu prendre sous sa sauvegarde, et nous en assurer la posession, que ce procédé irrégulier ne pouvoit diminuer auprès de nous le mérite d'un ouvrage qui avoit obtenu son approbation; que c'étoit un motif de plus pour nous le faire désirer avec empressement, et que nous espérions de sa justice qu'il donneroit de nouveaux ordres pour que le tableau original nous fût envoyé incessamment.

La réponse de M. le comte d^Angiviller, en date du 28 du même mois de janvier, fut telle que nous avions lieu de l'attendre. Il nous fit l'honneur de nous écrire qu'il n'avoit eu aucun effort à faire pour éclairer le s'

3g3 LE SAINT ROCH

David sur la justice des plaintes que nous avions por* tées contre lui, que des conseils déplacés Tavoient excité sur le sentiment de sa gloire, à laquelle le succès de son tableau pouvoit ajouter; qu^il avoit été entraîné d'ailleurs par un mouvement d'intérêt, qui pouvoit être excusé à un certain point, mais qu^il s^étoit jugé lui* même, et qu'il enverroit très-promptement et très-fidèlement le tableau original.

Le s^ David avoit écrit, le 19 janvier, à M. Guys, qu'il voyoit par sa lettre que le Bureau compléteroit-les neuf cent livres qu^il avoit demandées et que le tableau en question seroit mis en route le plus tôt possible.

•Nous écrivîmes à M. d'Angiviller le 25 février pour lui témoigner notre reconnoissance de ce que le concours de son autorité avoit obligé le s' David à se désai* sir enfin de ce tableau, et pour le prier de lui ordonner de le confier à la personne à laquelle nous nous étions adressés pour fournir à tous les frais de l'expédition. Nous ajoutâmes que nous nous proposions, à la réception du tableau, de reconnoître Inexactitude et la fidélité du peintre.

Dès que ce tableau nous fut parvenu, nous en fîmes nos remerciments à M. le comte d^Angiviller par notre lettre du 17 avril, et nou^ lui mandâmes que Pintérêt qu^il avoit daigné prendre au s^ David nous avoit déterminé à lui faire compter les 35o*, qu'il avoit deman* dées dans le tems.

Tel est. Monseigneur, l'historique de ce qui s'est passé. Il vous prouvera que la prétention du s' David n'est rien moins que fondée par la nature de ses engagemens et par l'acquiescement qu'il leur a donné, puisque ce n'a été que près d'un an et demi après avoir reçu le payement convenu qu'il s'est^ permis de mettre

DE MARSEILLE. 3gi

un nouveau prix à son travail. La manière dont M. d'Angiviller s'est expliqué prouve qu'il a condamné entièrement les procédés de cet artiste. Ce n a donc été que par une suite de la déférence, que nous avons été bien aises de lui témoigner, que nous avons accordé au s' David une augmentation telle qu'il Tavoit demandée, et qui dans le fonds ne lui étoit point due; mais il a été délibéré à l'unanimité de ne rien accorder au s' David au delà de 35o^.

Si nous eussions donné à son tableau la destination qu'il devoit avoir, l'amour-proprc du peintre n'y eut pas trouvé, il est vray, le même avantage qu'en Texposant, comme nous l'avons fait, à la curiosité du public. Il n^auroit pas témoigné le même empressement si ce tableau eût du être placé dans une chapelle, dont l'entrée fut moins impénétrable que celle du Lazaret. Nous sommes bien éloignés assurément de penser que ce tableau, quelque mérite qu'il puisse avoir, soit digne d'être mis à côté du bas-relief de Puget, que les connoisseurs viennent admirer dans notre Bureau à juste titre et auquel le tems ajoute chaque jour un nouveau prix.

Le tableau du s^ David reviçnt au Bureau à environ onze cent livres et beaucoup plus par conséquent qu'il n'avoit été délibéré de dépenser. L'intérêt de l'artiste n'est point lésé puisque le Directeur de l'Académie de peinture à Rome, plus à portée que personne de juger de ses talens, en avoit fixé le prix, dont il a été satisfait et qu^il a reçu dans le tems. Celui de sa réputation a du le déterminer à redoubler ses soins, pour que son ouvrage pût contribuer à l'établir, en y travaillant sous l'inspection d'un Directeur aussi éclairé et aussi bon juge que M. Vien, qui, après avoir vu le tableau

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achevé, n'a pas cru devoir proposer la moindre aogmen* tation sur le prix.

Nous avons eu pour la recommandation de M. le comte d^Angiviller, qui, par sa jdace et des connoissances personnelles, protège et encourage les arts, les égards que nous lui devons en accordant au s' David au delà de ce qui lui étoit du; mais nous avons tous pensé qu^il n'apartenoit pas à des administrateurs des deniers du Commerce de satisfaire à des obligations qu^ils.n^avoient pas contractées pour remplir des vues ambitieuses d^un artiste.

Nous sommes avec un* très-profond respect. Monseigneur, de Votre Grandeur les très-humbles et très-obéissants serviteurs.

Les intendans de la Santé de Marseille. Lartigue. — Henry. — Delabare, — Jacques Arnaud.

— J^ Truilhier.--RosseL—J' A. Audibert. — Her-

mitte. — Laflèche. — Ma^argues. — L. Antelmy,

^ Brès, — Navon (?) — J. Audran. — Marseille

Audibert.

A Marseille, le i8 may 1782.

(Arch. Nat. O^ 19 14 et suit.)

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