‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) [Documents recueillis et annotés]Chapitre 183 sur 274 · LETTRE DE DAVID A WICAR · texte numérisé non relu

LETTRE DE DAVID A WICAR

Communiquée par M. Benjamin Fillon.

Mon cher Wicart, il va passer à Florence un de mes bons amis et Tami de tous les artistes puisqu'il va com* pletter à Rome sa collection d'antiques^ je veux dire M. Giraud, académicien. C'est celui qui vient de faire chez nous une figure de réception représentant Achille qui s'arrache la flècrhe que Paris lui a tiré. Cette figure Ta fait recevoir tout blanc, quoique d^un genre qui ne prend pas encore beaucoup à TAcadémie, qui n'aime pas encore beaucoup l'antique. C^est certainement la première figure et le premier sculpteur de chez nous; c'est le seul qui tient réellement de l'antique et qui soit réellement savant ; ajoutez à cela, si vous voulez, pos* sesseur de soixante et dix mille livres de rente. Donc ce même M. Giraud, £^ant envie de faire mouler à Florence pendant quMi feroit mouler d'autres choses à Rome, m'a prié de vous écrire pour que vous voulussiez bien Paider dans son projet. Vous n'aurez pas affaire à un ingrat, car il a autant de sentimens que de talens. Il vous dira à Florence ce qu'il a envie de iaire. Aidez-le, je vous prie, de tout votre pouvoir. Faites entendre aux custodes, s'il en est besoin, qu'il récompensera généreusement, et c'est réellement son intention. Faites enfin pour le mieux, c'est encore moi que vous

402 LETTRE DE BAVID

■ôUigercs; il va fjpiire en sorte que dans la Place Ven* dùitût, où tst son hôtei^ nous puissions croire que nous sommes à Rome. Il nous Ta déjà fait voir par une vingtaine de superbes antiques qu'il a à Paris. Rome à la place Vendosmel certes la métamorphose est difficile à imaginer. Prêtés youb-j, comme je respère, et tout ira bien.

Je viens d'exposer au Salon mon Brutus. Il me paroit que c'est celui de mes tableaux qui aye &it jusqu'à présent le plus de bruit. On me comble d^éloges, et j'ai soin de n'en prendre que ce qu'il &ut Je ne me laisse en général pas beaucoup gagner à ce langage; il in'encourage, et voilà tout. On loue principalement la pensée^ et surtout de l'avoir mis dans Hombre. Il y a du Florentin dans la tournure de mon Brutus. Vous le verrez quelque jour, n'en disons pas davantage; j'ai bit ce que j^ai pu, voilà tout ce que je puis vous assurer.

Peignez-vous de tems en tems ? La peinture ne veut pas qu'on la néglige. Pensez que Ton [n']a de solide gloire que par elle et que le reste n'est qu^accessoire* Je vous rens justice cependant; je sçais que, quand on dessine comme vous, que cela pourroit suffire, mais pensez que vous pouvez aller plus loin.

Girodet vient de gagner le premier prix. Il se propose bien de vous embrasser à Florence et d'être ami avec vous à Rome; tant mieux, car c^^t un bien habile et aimable garçon. Je n^ai jamais manqué de lui faire part de votre souvenir; il y a été trés-sensiUe. Adieu, adieu, car je pars pour la campagne. Je vous recom* mande mon ami Girand, et croyez en l'amitié de celui qui sera pour la vie votre très humble et obéissant ^rviteur et ami. David.

Ce 17 septembre 1789.

Page 1