A WICAR
Cette lettre, adressée de Psris à Wicar^ est intéressante à plus d'un titre. Wicar, à cette époque, en 1787, était de retour à Florence après un voyage qu'il avait fait à Paris, en 1785, pour mettre en train la publication de la « Galerie de Florence 9. La connaissance qu'il avait déjà d*un pays dans lequel il devait passer la nujeure partie de sa vie et les belles rdations qu'il s'était créées expliquent le soin avec lequel David s'occupe de lui recommandier Tun de ses amis, le sculpteur JeoH'^Baptiste Giraud, qui employa une partie de la grande fortune que lui avait laissée son oncle, à voyager et à amasser des matériaux pour former, dans un but d'enseignement, un musée de sculpture antique. U passa huit années consécutives à Rome, à Florence et à Naples, et ^dépensa plus de deux cent mille francs en moulages de toutes sortes, qu'il expédiait au fur et à mesure à Paris dans son hdtd de la place Vendôme. U forma là peu à peu un musée du plus haut intérêt et qu'il ouvrit généreusement à tous les artistes. Ce Giraud (Notice sur les deux Giraud par Niel, Annales de la So^ ciété libre des Beaux^Arts, 1839-40) était un homme d'un grand goût, exclusivement épris de l'art antique, un esprit d'une rare valeur et qui n'est certainement pas à son rang dans l'estime de la postérité; l'idée qu'il eut de créer dans ce temps un musée de moulages le prouve surabondamment U est à regretter que ce remarquable ensemble, qu'il avait formé au prix de tant de soins et de tant de dépenses, ne soit pas devenu, après sa mort, la propriété de l'État. Le musée de la place Vendôme passa avec sa succession entre les mains de Grégoire Giraud, l'auteur du beau Chien du Louvre, son élève et compatriote, qui fit construire, spécialement pour le recevoir, une maison au faulsourg du Roule^ dans l'avenue Sainte-Marie. En x83o* il existait encore là. Puis, lors du percement du boulevard de la Reine Hortense, la mai* son ayant été démolie, la collection qui, à cette époque appartenait à M. Vatinelle, fut transportée au boulevard des Invalides.
Jean^Baptiste Giraud était né à Aix en 1752; il avait été reçu de l'Académie en 1 789, ainsi que David !e rsppelle dans sa lettre, sur une figure d* Achille mourant, qu'il légua au musée de sa ville natale. C'était le même Giraud qui, à l'exposition publique du Saint Roch de David, à Rome, alors que les condisciples du peintre hésitaient dans le jugement qu'ils en devaient porter, s'écria : « Eb ! Messieurs, qui nous empêche d'avouer que cela est
404 LETTlb. DE DAVID
beau ! » Girattd mourut dan« sa retraite des Bouleaux, aux «nvîronr de Nangis, le i3 février x83o«
Il coopéra largement aux Recherches sur l'art statvairt des Anciens d'Éméric David et publia en 1797 un Mémoire, sous le titre de Musée Olympique de l'école vivante des beaux-arts, qui n'est autre qu'un plan d'exposition, où nous pourrions encore aujourd'hui puiser d'utiles conseils. Ce musée (Notice |âur Miel) devait être un choix îeàx dans les expositions successives et devenir une espèce de concours permanent, lequel devait aussi, à certaines époques, donner lieu à des distributions de prix qui auraient eu une grande solennité, comme aux jeux Olympiques de la Grèce. Les moyens y sont combinés d'une façon ingénieuse pour rendre à la fois les concurrents moins nombreux, les juges plus sévères, les jugements plus impartiaux, 1er récompenses plus glorieuses : sorte de quadrature du cercle que nous cher* chons toujours. Ce plan est évidemment l'idée mère des prix décennaux et du Musée du Luxembourg, mais dans des proportions plus grandioses et avec un but plus arrêté. Dans ce même mémoire il expose aussi ses vues personnelles sur la nécessité qu'il y aurait à faire des expositions des produits de l'industrie. Il fut présenté dans le cours de pluviôse an IV (1796), à l'Institut, qui \ienait d'être créé par un décret du Directoire, et fut transmis immédiatement au Ministre de l'intérieur. La première exposition industrielle eut lieu deux ans et demi après.
Dans la seconde partie de cette lettre adressée à Wicar, David, avec cet air de modestie dont il savait si bien colorer son intraitable vanité, foit allusion à son tableau de Brutus, qui avait été commandé la même année par Louis XVI et qu'il venait d'envoyer au Salon, quelque temps avant sa fermeture. Ce Brutus^, dans lequel il appliqua i l'extrême son goût néo-romain et ses théories académiques, eut, en effet, un vif succès, moins vif
I. Il existe avec la seule indication Lith. de Charpentier à Nantes un très-beau fac-8imi)e d'un dessin au crayon noir de la tête de Brutus avec celte inscription autographe: t Junii Bruti imago. Nantes, ce 28 avril 1790, David. » La tête est seule terminée; le bras droit, le haut du corps jusqu'au vêtement et le bras gauche sont seulement indiqués. Le dessin est superbe, et le fac-similé, qui est rare, très-remarquable. — A. M.
A H. d'angiviller. 4o5
cependant et moins eomptet, quoi qu'en dise David, que celui des Horaces, au Salon de 1785. ^ L. G.
LETTRE DE DAVID A M. d'aNGIVILLER.
Communiquée par M. Benjamin Fillon.
Monsieur — M. Condé, mon élève, vous ayant fait demander par M. Poncet la permission de graver mon tableau de Bélisaire, vous avés eu Thonéteté^ Monsieur, de ne Taccorder que lorsque j'y aurois donner mon consentement; pénétré de votre délicatesse, je rh'empresse à me joindre à ces messieurs pour vous prier d^user de tous vos droits de propriétaire. Il me reste actuellement à les remercier de m^avoir procuré une occasion de vous assurer de mon respect. J^ai l'honneur d'être. Monsieur, votre très humble et très obéissant çerviteur. David.
Ce 9 août 1790.
En haut de la lettre se trouve ce résumé :
Département des Arts. — Affaires générales — M. David exprime son consentement à ce que M. le comte d'Angiviller^ propriétaire d'un tableau de Bélizaire, en permette la gravure par le s. Condé.
Il est entendu qu'il s*îrgit ici de la petite répétition du Louvre exécutée pour le comte d'Angiviller par Fabre et Girodet et ter^ minée par David, en 1784. Elle a été gravée par Morel, d'une façon très- remarquable, sous la direction de David ; mais nous doutons fort que la gravure du sieur Condé ^, qu'il appelle son élève et qui en réalité le fiit sT peu que Delécluze ne le mentionne pas dans la liste des élèves de David, ait été publiée ni même exécutée; du moins elle ne se trouve pas au Cabinet des Estampes.
I. M. Charles Le Blanc, dans son Manuel de l'amateur d'es^ tampes, II, 42, cite, plus que sommairement, un Pierre Condé, graveur au pointillé, qui travailla à Londres au commencement du siècle? Serait-ce celui dont il s'agit ici ? — - A. M.
406 LETTRE OE S. MÂltiCUAL A. DAVID.
Le gnnd Béiiaaire de 1781, dont celii*<^ est une copie rédtiile et un peu modifiée, est aujourd'hui . au Muaée de Lille où il a trouvé enfin, après les plus lamentables vicissitudes, un abri digne de lui. Mais Tintérêt particulier de la lettre est dans l'indication qu'elle nous donne sur la température des relations de David et du comte d'AngivUler : on sait quelles avaient été plus que refroidies à propos du Serment des Horaces, Si le ton de David reste encore guindé, du moins le vif de son ressentiment paraît amorti. L. G.
COPIE d'une lettre écrite par SYLVAIN MARÉCHAL