LETTRES DE DAVID AU PEINTRE LOUIS DUPRÉ
Communiquées par M, Louis Gonse.
Écrivez-moi tout de suite afin que je sache si je dois vous envoyer le masque d'Homère et un croquis de la tête d'Achille, ou si je dois aller au-devant de vous, ce qui mettrait le comble à ma joie.
En vous promenant dans les églises, faîtes des croquades, des poses qui vous plairont, des motifs d'ajustements, des grouppes de figures; en trois coups de crayons on faiit cela. — Et puis dans les gens du peuple on doit voir de ces lignes de cheveux si originales et qui font si bien quand on sait en tirer partie dans un
tableau.
Adieu mon bon ami Dupré.
David.
C'est une tête d'Achille qu'Auguste vient de me prêter, j'ai seulement arrangé l'aigrette, je crois que cela ne fera pas mal, je vous envoie un calque de ces deux petites têtes, tâchez de vous rappeler qu'Achille était un beau blond. J'oubliais de vous dire de ne pas laisser trop de champ au-dessus de vos figures, parceque cela les ferait paraître petites. Faites-moi le plaisir de me répondre aussitôt que vous aurez reçu mes lettres et de me dire qu'est-ce que vous aurez besoin. Vous allez
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recQTbir une lettre, dans laquelle je voua envoie deux
croquis. Vous aurez peut-<ètre raiscxi de tenir à la ma*
nière dont vous aurezoomposé votre article, parce qu^il
est mieux développé et que cela vous motivera une belle
étude.
Adieu, mon cher Dupré, pensez quelquefois à moi et
croyez-moi votre plus fidel ami.
David.
Ces deux lettres de David, auxquelles leur tour franc et original prête une saveur particulière, sont adressées au peintre d'histoire Louis Dupré ^, son élève et son ami, pour lequel il eut toujours une vive affection et comme une sorte de prédilection. Lor^ue, après avoir été nommé peintre ordinaire du roi Jérôme à Cassel par l'entremise du cardinal Fesch, Dupré fut envoyé à Rome pour 7 compléter ses études, la sollicitude et les conseils de son maître Ty suivirent. Les événements de x8z5 survenant^ pendant que David se retirait à Bruxelles, Dupré se rendait à Naples et y exécutait pour la reine Murât un tableau éf Homère au tombeau d'Achille. Les deux lettres de David que nous repro* duisons d'après les originaux, conservés au musée Wicar à Lille avec les croquis, sont de cette époque, .postérieurement à 181 5 et antérieurement à 1818. Elles lui sont évidemment adressées à Naples et se rapportent à ce tableau qui se trouvait encore en 1840 dans les appartements du prince de Salerne. Nous ignorons s'il y est demeuré ou s'il a passé entre les mains du duc d^Aumale, héritier du prince par sa femme.
XYIII.