LETTRES DE DAVID PENDANT SON EXIL
Communiquées par M. Benjamin Fillon.
Bruxelles, ce 7 novembre 18 17.
Mes chers amis, — J^ai reçu vos deux aimables
I. Voyez Journal de la Société libre des Beaux- Arts (Notice sur Dupré par Dessins).
nOIDANT SOH EXIt. 427
lettres, où vous me parlés Tun et Pautre à cœur ouvert. [ ] retrace avec sensibilité les charmes d^une ancienne amitié; il assaisonne cela de cette teinte de philoso^ie qui fait naître de profondes réâection. Notre chère dame, non moins sensible, parle davantage du présent,, et tout cela est naturel ; le terme est beaucoup plus loin pour elle; elle ne le voit encore que dans le brouillard; mais nous qui sommes plus près, nous cotnmençons à Pappercevoir plus distinctement. Il ne Êiut pas croire pour cela qu'on soit privé de jouissances; nos idées se perfectionnent et souvent nos derniers travaux s^en ressentent. C'est peut-être à cela que je dois le succès de mon dernier ouvrage^; heureux si Texécution, qui ne répond pas toujours à nos conceptions, parvient à &ire disparaître Tâge auquel ces sortes d'ouvrages ont été conçus. Ta chère femme, mon bon ami, est la seule qui m^ait exprimé sa façon de penser sur ma Psyché; les autres, et notamment M. Gros, mbnt fait promettre de m^en parler, mais jusqu^à présent Peffet n^y répond pas; j^attends.
Recevés, ma chère dame, mon sincère compliment sur la composition de votre tableau; on ne pouvoit pas le mieux composer. Je vous avoue que je n^auroit pas pu trouver une disposition de figures plus naturelle; ils sont bien à leur place, la pantomime est juste; il n'y a pas d'embarras, et le tableau doit marcher tout seul. Le verrai-je, ne le verraî-je pas? Qui le sait? Cela n'est à la connaissance de personne, comme tout ce qui est arrivé depuis 27 ans; enfin je vous répète que, si j'avois le bonheur de vous posséder l'un et l'autre ici, mon sort seroit digne d'envie. On m'aime, on m'estime;