ET SES GENDRES
FRANÇOIS TORTEBAT et MICHEL DORIGNY
Documents communiqués par M. J.'J. Guiffrey»
On a vu au commencement du précédent volume, parmi les documents relatifs aux logements du Louvre, un important arrêt du conseil rendu à l'occasion des procédures commencées après la mort de Simon Vouet. Si l'arrêt par lui-même n'apprend aucun faXi nouveau sur la vie de Partiste, il fixe dHine manière authentique, comme l'a fait remarquer M. dfe Montaîglon dans son article de la Rev. univ.des Arts, la date de la mort du célèbre peintre de Louis XIII. Voici deux autres pièces qui ajouteront à la biographie de Si Vouet quelques renseignements intéressants.
La première nous apprend que l'artiste possédait en 1641 , et avait probablement acquis vers cette époque, une maison à Paris, rue de la Verrerie, à l'enseigne des Ciseaux-G>uronnés: On arriverait sans doute à retrouver l'emplacement précis de cet immeuble; mais le fait nous suffit par lui-même. Simon Vouet était propriétaire ; il avait su tirer un profit matériel et durable de l'immense vogue dont il jouissait parmi ses contemporains. Le Rot de son côté lui faisait la remise des droits de mutation qu'entraînait l'acquisition de la maison de la Verrerie. Tel est en quelques mots le contenu du premier des actes que nous publions.
Le second a encore trait indirectement au même sujet, c'està-dire à la fortune personnelle de l'artiste; il comptait parmi ses sources les plus claires de revenu l'exploitation de ses gravures dont un privilège lui avait assuré de son vivant la vente
s. YOUBT BT SES QBNDRBS. ao5
exclusive. S. Vouet a personneliement gravé un certain nombre de planches dans le détail desquelles nous n'avons pas à entrer 'ici. Immédiatement après sa mort, ses gendres s'assurèrent la continuation du privilège concédé à leur beâu-père, en le faisant étendre aux nouvelles planches qu'ils pourraient graver ou publier. Le catalogue de M. Robert Oumesnil donne des ren« seîgnements complets sur l'œuv^ gravé de Vouet, de Tortebat
et de Dorigny.
JUaaSB DB L0D8 ET VENTES A S. VoUET.
Louis, etc., salut, desirans gratiffier et £Eivorablement traitter notre cher et bien aimé le sieur Vouet, l'un de noz peintres ordinaires, en considération de ses services, nous luy avons faict et faisons don et remise par ces présentes, signées de nostre main, de tous et chacuns les droictz de lodz et ventes et autres droictz seigneuriaux à nous deubz et escheuz à cause de Tacquisitiori par luy feicte d'une maison seize à Paris rue de la Verrerye, où pend pour enseigne les cizeaux couronnez, estant en nostre censive, et ce à quelque prix et
somme qu'ilz se puissent monter. Sy vous mandons
car tel est nostre plaisir. Donné à Saint Germain en Laye, le xi* jour d'avril, l'an de grâce mil six cens quarante ung, et de nostre régne le trente ungniesme. Signé : Louis.
(Arch. Nat. Z, 5990, fol. 96.)
PRIVILÈGE ACCORDÉ A SIMON VOUET POUR LA VENTE DE SES GRAVURES, CONTINUÉ A F. TORTEBAT ET M. DORIGNY, SES GENDRES.
Louis..., salut.
— Nos bien amez François Tortebat et Michel
206 SIMON VOUBT.
Dorign^y nos peintres et grayeurs ordinaires, nous ont faict remonstrer que le deffunct sieur Vouet, anssy Tun de nos peintres, leur beau-père, s'estant acquis par ses longs travaux et expérience beaucoup de perfection et de capacité en Tart de peindre et graver^ auroit obtenu de nous la permission de Sûre imprimer, vendre et débiter par tout nostre royaume plusieurs figures de taille-douce qu'il a gravées et burinées, tant au burin qu'à Teau-forte, et defifenses à toutes personnes de les contrefaire, vendre et distribuer sans son consentement, sur la peine portée par nos Lettres ; et que les exposans désireroient continuer et donner au public plusieurs autres pièces qu'ils ont trouvées après son decedz, que ledict deffunct avoit résolu de mettre au jour, sy la mort n'eust prévenu son dessein, comme aussy de £aire imprimer celles de leurs inventions qu'ils ont gravées et qu'ilz graveront cj après; mais ils craignent qu'ayant fait la despense, d'autres les voulssissent imiter, contrefaire et débiter, ce qui leur feroit un grand préjudice, s'il ne leur estolt pourveu de nos Lettres quik nous ont très humblement fait supplier leur accorder.
A ces causes, désirant fivorablement traiaer les exposans et leur donner moyen de recueillir les firuicts du labeur du dit defiunt Vouet, leur beau-père. Nous leur avons permis et octroyé, permettons et octroions par ces présentes, de continuer d'imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer par telle personne que bon leur semblera toutes et cbacunes les pièces et figures de taille-douce dudit deffuna Vouet, leur beaupère, dont il avoit cy devant obtenu de nous la permission, que les autres que les exposans ont trouvé après son deceds non encore imprimées; ensemble celles
TOR^BBAT ET DORIONY. 2O7
qui ont esté par lesdits exposans gravées et burinées et qu'ils graveront cy après, faisans très-expresses deffenses à touttes personnes, de quelque condition qu'elles soient, d'imprimer, graver et contrefaire, imiter, vendre et distribuer lesdites pièces, tant dudit deffunt que des exposans, sur peine de confiscation des exemplaires contrefaits, amende arbitraire, despens, dommages et intérestz desdits exposans et de leurs ayans cause;
Si vous mandons, etc.
Donné à Paris le 4* jour de juin. Tan de grâce i65o, et de nostre règne le S\ Signé : Par le roy en son conseil, Lebrun,
Registrées au présent registre, 12* volume des ban^ nières, registre ordinaire du Chastelet de Paris, ce requérant les dits Tortebat et Dorigny y dénommés pour leur servir et valoir en temps et lieu ce que de raison, le i5 juin i65o.
(Arch. Nat. Y, 16, fol. i32.)