NICOLAS LARGILLIÈRE
EN OBSERVATION DE l'ÉDIT SOMPTUAIRE DE I7OO.
Extrait communiqué par M. Em. Campardon»
Sans doute Thistoire de Part ne recueillera pas grand enseignement de la pièce qui suit. Elle nous a paru pourtant mériter d'être reproduite; d'abord elle est courte, puis elle* nous fait pénétrer dans lUntérieur d'un artiste éminent, et pour ainsi dire dans son intimité. Largillière aimait la musique, puisau'il possédait un clavecin; il vivait dans une certaine aisance, puisque dans des temps aussi malheureux que Tan de grâce 1700, son mobilier se composait de meubles aussi somptueux. Il demeurait rue Sainte-Avoye, le quartier élégant des Parisiens fidèles à la capitale; car tous les courtisans avaient délaissé leurs vieux hôtels de famille pour la résidence de Versailles.
Les édits somptuaires sont nombreux dans les quinze dernières années du xvii* siècle. On perdrait son temps à les énumérer. Une de leurs dispositions principales limitait à une once le poids des ouvrages d'or dont la fabrication restait permise. G>mme le Roi avait donné l'exemple, on fut sévère, on fut inexorable dans Vexéaxtion de ces rigoureuses prescriptions. D'ailleurs la détresse était extrême.
Il nous a paru intéressant de recueillir ici ce souvenir ignoré de la carrière du grand portraitiste de la cour et de la ville.
224 NICOLAS LAR6ILLIÈRE.
Extrait du registre des déclarations faites à nous, Pierre Gallyot etc» par les personnes ci après nommées pour satisfaire à l'édit de sa Majesté du mois de mars de la présente année 1700 pour les meubles qui sont dans le cas dudit édit.
Du samedi 17^ jour d'avril audit an 1700.
Est aussi comparu sieur Nicolas de Largillière^ peintre ordinaire du roi en son Académie, demeurant rue S^ Avoie : lequel nous a dit et déclaré avoir dans le cas dudit édit les meubles qui ensuivent, savoir : un clavecin doré et peint avec son pied doré^ le pied d'une table de marbre de bois doré, deux guéridons de bois doré, quatre fauteuils, six chaises et quatre tabourets dont les bois sont dorés, deux garnitures de feu avec pelles, pincettes et tenailles dont les pommes sont dorées, deux bras de cuivre doré, deux guéridons de marquetterie garnis de quelques ornemens de bois doré et huit petits pieds de bois doré pour mettre des porcelaines. ""
(Signé :) de Largillière.
(Arch. Nat. Commissaires au Châtelet Y. 3583.)
LETTRE