CHARLES LE BRUN
(6 octobre lyoS.) Document communiqué par M. Eugène Munt^,
On a lu dans la seconde série des anciennes Archives de l'Art français (I, 1861, p. 143-6) Pintéressante correspondance, publiée par M. Louis Passy, du Grand-Duc de Toscane avec Le Brufij à propos de son portrait, qu'on voit encore aux OfiBces. La note de la page 470, en reconnaissant que Qualandi {Nuova raccoltadi lettere sulla pittura, Bologna, III, iSSg, p. 199-213) en avait déjà imprimé une partie, établit ce que M. Louis Passy avak donné de nouveau. La pièce suivante, qui lui avait échappé parce qu'elle ne se trouve pas dans les mêmes papiers, vient s'y ajouter et complète la première publication. Aussi, bien qu'elle soit dans Gualandi, n* 410, p. 210-2, comme nous en devons à M. Muntz une copie prise sur l'original, nous croyons devoir la redonner ici. Il est intéressant de voir Le Brun songer à la fin de sa vie à se rappeler une dernière fois au bon souvenir du Grand- Duc et à voir celui-ci faire répondre avec cette convenance et ce haut sentiment d'estime, au neveu chargé d'exécuter cette dernière volonté de Le Brun. Il serait peu gracieux d'insister sur l'erreur de Gualandi qui, cherchant ce neveu, va jusqu'à penser
au mari de M"* Vigé&-Lebrun.
A, de M.
220 CHARLES LBBRUN.
A Mons' le Brun. Paris.
Ce 2 octobre 1705. A Florence.
Monsieur Le Brun»
Il ne m'est point possible de vous exprimer assés combien je me ressens redevable au souvenir de feu Mons' le Brun, votre oncle, ayant aifussy voulu dans les derniers moments de sa vie ne me point oublier en vous ayant chargé de mettre mon nom au dessoubs du tres-digne ouvrage de son célèbre pinceau et de son admirable idée, dès qu'il auroit esté achevé après son deceds d'estre imprimé en taille douce pour le rendre public. Comme la parfaite estime que j'ay toujours eue pour sa personne, que j'ay en tout temps regardée pour Tun des plus beaux ornements du siècle et qui a tant illustré la Peinture, ne sçauroit jamais en avoir d'égale, vous pouvés vous persuader que ce nouveau tesmoignage de sa bienveillence ne fait que la bien aumenter dans mon cœur. Faisant donc tout le plus haut prix que je puisse faire du don qu'il vous a plu me foire des douze très belles estampes que vous m'avées envoyées, auxquelles ce digne ouvrage, merveilleusement imaginé, y paroit tout dans son jour et qui donne des fervents sentiments de dévotion envers la bienheureuse Vierge, mère de Dieu, dont le triomphe ne sçauroit jamais mieux y avoir esté représenté, je vous asseure que je les garderay auprès de moy avec tout le soin qu'elles méritent, et, y joignant mes remerciements les plus sincères que je puisse vous offrir, je vous prie d'estre bien persuadé de la vérité de mes expressions, et que je suis en toute ingénuité. Monsieur le Brun,
Vostre amy.
(Copié sur la minute conservée dans l'Arch. Mediceo, filza 1 1 3C.)
LETTRES
DE