‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) [Documents recueillis et annotés]Chapitre 95 sur 274 · COYPEL, PEINTRES · texte numérisé non relu

COYPEL, PEINTRES

Communiqués par M. A, Dumont, membre de V Institut, et annotés par M, H, Lavigne.

Les pièces qui suivent sont toutes relatives à une famille d'artistes qui, depuis lé xvxi* siècle, a tenu et tient encore une place éminente dans les arts. Ces documents, concernant Frati" çois, Edme et Jacques-Edme Dumont, nots ont été communiqués par M. Augustin^Alexandre Dumont, statuaire, membre de l'Institut, leur descendant.

11 nous paraît nécessaire de résumer ici la biographie des principaux membres de cette famille qui présente l'exemple peut-être unique d'un talent distingué transmis de père en fils pendant cinq générations, dont les représentants embrassent une période de deux siècles :

I* François Dumont est né en 1687; l'acte de son mariage avec la fille de Noël Coypel^, en date du 21 novembre 1712, porte

I . Cette alliance avec l'illustre et nombreuse dynastie des Coypel explique comment dans les papiers de famille des Dumont se trouvent plusieurs lettres écrites par les Coypel ou* à eux adressées qui nous ont été communiquées par leur possesseur actuel.

234 DOCUMBNTS SUR LES

qu'il avait alors vingt-cinq ans passés. Mariette, dans son AbecedariOy dit que « d'après l'assurance que lui en donna Dumont le Romain, son frère*, il avait trente-neuf ans lorsqu'il mourut le 14 décembre 1726. »

La date de sa naissance, indiquée dans l'acte de mariage, est donc exacte et c'est par erreur que ses biographies le font nattre en 1688.

Son père, Pierre Dumant, sculpteur et membre de TAcadéinie de SaintrLuc, lui donna les facilités de développer de bonne heure ses heureuses dispositions.

Il remporta le premier prix de sculpture en 1709, mais il n'alla point à Rome. Trois ans plus tard, et deux mois après sa réception à l'Académie, il épousa Anne Coypel.

Parmi les principales œuvres de cet artiste, qui existent encore à Paris, outre son morceau de réception à l'Académie, conservé au musée de la sculpture moderne au Louvre, nous citerons :

Les statues de saint Pierre et de saint ;Paul, placées dans les niches du portail latéral nord de l'Oise Saiat-Sulpice, ainsi que les groupes d'enfimis qui décorent les eltrémités du fronton qui couronne ce même portail; les statues de saint Jean et de saint Joseph, dans les niches du portail latéral sud de la même église.

François Dumont mourut des suites d'une chute qu'il fit du haut d'un échafaudage, sur lequel il était monté pour mettre la dernière main au monument funéraire de Louis de Melun, dans l'église des Dominicains, à Lille.

Millin, dans ses a Antiquités nationales n a publié une gravure qui représente ce tombeau.

2* Edme Dumont, né en 1720, à Paris, où il mourut en 1775, fut le seul survivant des huit enfants de François Dumont et d^Anne Coypel.

Il remporta le deuxième prix de sculpture en 1748. Ce succès le fit admettre, la même année, à l'École des élèves prot^és, qui

I. Inadvertance singulière! M. Jal dit qu'il ne connaît pas l'origine de Dumont le Romain; cependant le témoignage de Mariette ne laisse aucun doute. Dumont le Romain était frère de François Dumont, le sculpteur, et par conséquent fils comme lui de Pierre Dumont et de Marie Mercier.

DUMOMT ET LB8 OOTREL. 035

venait d'être créée en faveur des six élèves, peintres et sculpteurs, qui se seraient le plus distingués dans tes concours de TAcademie.

En i^dd, Il fUt reçu Académicien sur sa figure, en marbt«, de Milon de Crotone essayant ses forces, actuellement au Musée de sculpture moderne, au Louvre.

Les travaux de quelque importance qu'il fit, et qui existent encore, sont les deut firtmtons dont on verra ci-^tprès les marchés.

3* JacqueS'Edme Dumont, fils du précédent, né à Paris le 10 avril 1761, remporta le deuxième prix de sculpture en lySB, et le premier en 1788.

Parmi les travaux les plus importants qu*il exécuta à Paris nous cit&rohs :

La statue de Colbert assis, en plfttre, placée sur le quatrième piédestal devant le péristyle de la Chambre des Députés ;

Une statue représentant un sapeur de la Garde, marbre, à l'Arc de Triomphe de la place du Carrousel;

Lamoignon de Malesherbes, statue en marbre, pour le monument élevé à sa mémoire^ dans la salle des Pas-Perdus du Pakis de justice;

La Tragédie et la Comédie, bas-relief exécuté dans la cour du Louvre, à Pœil-de-bœuf près du vestibule de Saint-Germain- PAuxerrois.

JacqueS'JEdme Dumont paraît s*être retiré de la vie militante artistique vers 1825 ; il est mort, à près de 83 ans, le ai février

Nous renvoyons le lecteur, pour tout ce qui concerne la réception à l'Académie, les morceaux de réception et autres détails de la vie officielle des dififérents artistes que nous venons d'énumérer, aux anciennes Archives de l'Art français (voy. la table et notamment les 1 1, II et V).

Dans les Nouvelles Archives publiées par la Société de l'His* toire de l'Art français ont déjà paru plusieurs lettres de la veuve d'Edme Dumont pour demander la conservation de son logement au Louvre (année 1873, p. 187-188, 206, 207-210).

Hubert Lavions.

236 FRANÇOIS DUMOMT.

BREVET D ACADéMICIEN DÉLIVRÉ A FRANÇOIS DUMONT.

(24 septembre 17 12.)

L'Académie royalle de peinture et de sculpture, établie par Lettres patentes du Roy vérifiées en Parlement^ estunt à présent sous la protection de Monseigneur de Gondrin, duc d'Antin, pair de France, gouverneur d'Orléanois et autres provinces, directeur général des bastimens et jardins de Sa Majesté, arts et manufactures de France, et Vice-Protection de monsieur de Cotte, intendant des bastimens.

A tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut : Le Roy, ayant gratifié TAcadémie de plusieurs grâces et Saveurs pour élever les arts de peinture et de sculpture au plus hault degré de perfection qu'il soit possible, a principalement ordonné que nul ne pourroit prendre la qualité de peintre et sculpteur de Sa Majesté s'il n'est incorporé dans cette compagnie, oti sont assem* blez ceux qui excellent le plus dans ces Arts, à Teffect de la rendre plus célèbre et de pourvoir à ce que les leçons, conférences, et autres fonctions publiques et particulières, s'y fassent si soigneusement que Sa Majesté en ayt toute la satisfaction qu'EUe s'est proposée. A ces causes, l'Académie connoissant la capacité et suffisance du sieur François du Mont, sculpteur, né à Paris, par les divers ouvrages qu'il a faits, et spécialement par le morceau en marbre de ronde-bosse représentant un des Titans, foudroyé et précipité sur des rochers, qui luy avoit esté ordonné de faire pour Isa réception. Elle a reçeu et reçoit led. sieur du Mont en qualité d'académicien pour avoir scéance en toutes ses

FRANÇOIS DUMONT. 23j

assemblées publiques et particulières^ y exercer les charges auxquelles il pourra estre cy après admis, et jouir des privilèges, honneurs, pensions et prérogatives attribuez à cette qualité, à la charge d'observer inviola* blement les statuts et ordonnances de la compagnie, d'obéir et se soumettre à toutes les délibérations qui seront prises dans les assemblées, ce qu'il a promis en prestant serment entre les mains de monsieur Van ClèvCy directeur, présidant aujourd'hui. En foi de quoy Elle luy a &it expédier ces présentes, signées des Officiers en exercice, scellées de son sceau et contresignées par son Secrétaire. A Paris, ce vingt quatre septembre mil sept cent douze.

C Van Cleve. Cqysevox. Rigaud.

(Au dos de ce brevet on lit ce qui suit :)

Par l'Académie : Scellée, en présence de l'Académie

Guerin. assemblée, ce vingt janvier mil

sept cent treize.

Guérin,

MEMOIRE DES OUVRAGES DE SCULPTURE FAUTES AU BASTI- MENT DE MONSEIGNEUR LE COMTE d'eVREUX, PAR DUMONT, SCULPTEUR DU ROY.

Premièrement,

A la fasse du bastiment, fait dans un fronton du costé de la cour, ledit fronton portant 26 pieds de longueur sur 5 de hauteur, les armes de Mgr le comte d'Évreux, dans un cartouche orné de rouleaux, feuilles de reffent avec compartiment, enrichis de plattes bandes, fiUets quarrez, et adoucissements, avec la couronne ducale sur ledit cartouche, et, aux deux

238 F1UNÇ0IS mnfœiT.

costOB, des griffons servant de suports^ lesd. armes accompagnées de difiérents attributs de guerre» sça* voir:

D'un costé un casque, dont le devant est orné d'un masque de dragon et sur le corps des ornements qui conviennent, le hault dudit casque orné de congés, filets et cordons qui soutiennent une queue de cheval qui sert de panache, ensemble de plusieurs guidons^ ornés de différentes manières, enrichis de franges et autres orne» ments convenables, de faissaux d'armes, carquois avec ses ornements, et arcs; plus, d'une rondacbe, ornée et enrichie de plattes bandes, doubles fillets et doux et autres ornements, le tout mâé 4e branches/ de palmes et lauriers,. et autres attribus;

L'autre costé est composé de timballes avec leur campannes et glans, ornés de plusieurs guidons, aussy ornés d'une trompette avec sa banderoUe, de plusieurs faisseaux d'armes, de sabres, boucliers aussi ornés; le tout meslé de plusieurs branches de palmes et chiffres; pour la sculpture du fronton la somme de 700*

Plus, sur la porte de l'écurie, dans le fronton portant seize pieds de longueur sur trois à quatre de hauteur, avoir fait trois testes de chevaux, plus grosses que nature, differamment variées pour la composition, accompagnées de deux grandes branches de chesne liez de rubans; pour ledict morceau, cy 3oo

Total, 1000*

Les travaux de sculptufe que F. Dumont fit à cet hôtel, aujourd'hui le palaia de PÉlyaée, n'existent plus. Lea sculptures qui décoraient le grand fronton ont été remplacées par un cadran d'horloge accompagné d'ornements.

MARCHE PASSé PAR FRANÇOIS DUMONT POUR L'eTÊCUTION

d'un mausolée.

(Novembre 17 19.)

Je soussigné François Dumont^ sculpteur du roy en son Académie royale, me suis chargé de faire un mosolée à Paris de toutes œuvres, et de fournir tout k marbre, plomb, et dorures, et de le rendre parfait au premier octobre de Tannée prochaine, à monsieur Bon* nier\ Trésorier des États du Languedoc, ainsi et aux conditions qu'il est expliqué cy après.

Premièrement : ledit mosolée sera de la hauteur de

I. Ce Joseph Bonnier joignait à la charge de trésorier des Éttttt du Languedoc te tîtn de secrétaire du Roi. D est le père 4u fomeux Joaeph Bonnier de la Moason qui laissa à sa mort une collection des plus nombreuses et des plus variées, cataloguée par Gersalnt en 1744 et vendue en 1745. Nous avons recueilli sur cet amateur fanatique quelques détails biographiques qui trouveront ici leur place naturelle. En 1726, Joseph Bonnier de la Mossoni alors maréchal des logis des armées du Roi et colonel du régiment Dauphin JOragons, sollicitait le titre de secrétaire du Roi. L'information qui eut lieu i cette occasion et qui est con* servée aux Archives Nationales à la date du i3 décembre 1726 (V 2 y carton 40) nous apprend qu'il était né le 8 septembre 1702^ que son père était à cette date directeur des afiSurea du Roi et que sa mère se nommait Anne Melon. Sur le titre du catalogue de sa vente, Bonnier de la Mosson est qualifié ancien colonel du Régiment Dauphin, bailler et capitaine des chasses de la Varenne, des' Tuileries. Évidemment il avait quitté de bonne heure le métier militaire et pris une charge plus conforme à ses goûts de curieux. Le frère de sa mère est célèbre par ses livres sur le commerce et les finances. Quant au père Joseph Bonnier, Il ne porte sur aucun des actes que nous avons vus le titre de la Mosson. Le document communiqué par M. Dumont nous apprend quMl perdit deux filles en bas âge. Mais il en conserva une troisième» Anne Bonnier de la Mosson, qui épousa le duc de Chaulnas, puis, devenue veuve, renonça au tabouret dont elle jouissait à la cour pour se remarier avec le comte de Qiac, envoyé à l'échafiaud pendant la Terreur par le tribunal révolutionnaire. — Em. C.

240 FRANÇOIS DUMQNT.

vingt pieds, y compris le pied d'estale de marbre et la piramidè, qui le terminera ;

Qjue ledit pied d'estale aura cinq pieds de hauteur sur six pieds et demy à sept pieds de largeur, formé de marbre blanc venné et d'un pied d'épesseur, au milieu duquel il y aura une table de marbre noir, enchâssée dans ledit pied d'estail, de deux pieds de haut sur une largeur proportionnée, sur laquelle il sera gravé en lettres dorées l'inscription qui sera donnée par monsieur Bonnier;

Qu'il y aura pour ornement, à costé dudit pied d'estail, une tête de mort avec des aisles; audessus dudit pied d'estail un cartouche avec deux escussons, oti seront les armes de M. et de M*"' Bonnier, à costé duquel cartouche et sur le pied d'estail il y aura deux lions; et seront, avec lesdites testes de mort, cartouche et lions, de plomb doré d'or mate, le tout bien réparé et d'un bon goût.

Sur lesquels deux lions dorés sera posé le tombeau qu'ils soutiendront, lequel corps de tombeau sera d'un beau marbre noir d'un seul bloc, qui aura sept pieds de longueur sur trois pieds de hauteur, compris le couronnement, qui sera aussi d'un marbre noir d'un seul bloc, lequel couronnement aura dans sa surface un pied à deux de saillye pour y pouvoir poser les figures dont il sera parlé cy après, et aura ledit tombeau une épaisseur et saillye proportionnée audit couronnement ; qu'il sera posé sur ledit couronnement deux figures de filles. Tune âgée de cinq années, à genoux sur un carreau, habillée et faite de ronde bosse, qui tendra la main à l'autre figure qui représentera l'autre fille. L'autre figure dont il est parlé représentera ladite fille de l'âge de naissance, qui donnera la main à l'autre, laquelle

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