AU GRAND-DUC DB TOSCANE
Minute de la lettre adressée à Rigaud par le
Grand-Duc.
Son Altesse Royalle. A M'. Rigaud. Paris.
Cei^'oct. 1 706, A Florence.
Monsieur Rigaud^ c'est avec bien du plaisir que j'ay appris par vostre lettre du 29* aoust que vous avés remis à M', le Cardinal Gualtieri vostre portrait travaillé de vostre main pour le placer dans ma gallerie parmi les autres portraits au naturel de tant d'hommes illustres en peinture^ que j'y fais garder. Il est juste qu'il y soit^ pour en conserver la mémoire à la postérité^ puisque vos beaux ouvrages s^attirent dans le monde l'estime qui vous est deûe. J'attends à présent l'arrivée de son Éminence pour le retirer de ses mains, et vous remercie par avance de l'obligeant soin que vous avés pris sur cela à mon égard. Soyés persuadé que je suis, mons' Rigaud, sincèrement à vous.
(Archivio Mediceo. Carteggio di Cosimo III. Filza iiBy.)
De Paris le .29' décembre 17 16.
Monseigneur,
J'ay crû que les ordres que Vôtre Altesse Royalle m'a fait donner par M', le Comte Bardi, son Ministre auprès du Roy, me dévoient servir de loy, pour ne pas différer plus longtems à les exécuter, en peignant mon portrait une seconde fois; je l'ay fait avec toute l'application qu'il m'a esté possible.
Je supplie Vôtre Altesse Royalle d'estre persuadée de ma reconnoissance infinie, pour l'honneur distingué qu'elle me fait de vouloir mettre ce portrait au nombre de tant d'hommes illustres qui ce sont peint eux mesmes, et qu'elle fait garder dans sa gallerie pour les transmettre à la postérité. Je n'aurois jamais porté mon
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ambition jusquee à prétendit un tel rang» si je n'eusse craint de Luy désobéir* Je tne flatte^ Monseigneur, que ce dernier portrait ne cédera en rien au premier^ que je luy avois envoyé, et dont son Éminence Mgr le Cardinal Gualtierio voulu bien se charger pour le présenter a Votre Altesse Royalle, mais, son équipage estant pery en mer, ce portrait suivit le mesme sort; je pris pour lors la liberté de luy en marquer le départ, par une lettre que je me donnay l'honneur de lùy escrire; feu M' le Marquis Salviati, son envoyé, me remit quelque tems après la réponce que Vostre Altesse Royalle eut la bonté de me faire; elle est si flatteuse pour moy, par les termes obligeans dont elle est remplie, que je la garderay toutte ma vie comme la chose du monde la plus précieuse, et qui m'honore le plus.
M', le Comte Bardi m'a donné un second ordre de la part de Vôtre Altesse Royalle, c'est de luy envoyer, en mesme tems que mon portrait, un abrégé de ma vie. J'obéis à ce commandement avec une égale soumission, et j'ay l'honneur de lui envoyer cet abrégé tel qu'il a plû a un de mes amis de le faire, priant instament Vôtre Altesse Royalle de rabattre un peu des louanges qu'il pouroit m'y avoir données, et d'estre persuadée que je n'ay pensé qu'à lui marquer mon obéissance en l'assurant du très profond respect avec lequel je suis. Monseigneur, de votre Altesse Royalle, le très humble et le très obéissant et très soumis serviteur,
RiGAUD.
(Archivio Mediceo. Carteggio di Coftimo I£I. Filxa 1 1 39.)
A cette lettre est jointe la biographie de l^artiste, accompagnée d'une traduction en italien faite par les ordres du grand -duc. Cette biographie est maintenant connue ; elle a été publiée, d'après une copie conservée à TÉcole des Beaux-Arts de Paris, dans les
AU QftANlMIUC DB TOKANE. l3l
Mimnirm wédU9 des Académiciens pu àlM. de Cheniicvièfeiy DusftieuXi ManCiy de Montai^on et Soulié, 1854, II, 114-26.
Minute de la lettre adressée à Rigaud par ie Grand-
Duc.
S. A. R. A monsieur Rigaud. à Paris, ce 19^ février
1716 ab Ind. — De Pise.
J'ay reçeu vôtre portrait fait de vôtre main, qui vraiment est admirabk et qui est destiné pour avoir lieu parmy tant d'autres illustres peintres, qui se sont peints d'eux-mêmes pour être placé dans ma gallerie. C'est une grande chambre, où j'ay ftiit accomoder tous les portraits de cas grands professeurs, laquelle en recevra un nouveau lustre. C'est pour quoy 9e vous en suis pariaitement obligé, ne doutant point que ce second ouvrage, que vous avez &it à cette fin, n'ayt toutes les conditions du premier, qui fut soûmergé avec l'équipage de M', le cardinal Gualterio.
J'ay pareillement agréé l'abrégé de vôtre vie, que vous m'avez foit tenir avec vôtre lettre du 1 9* décembre. Comme j'estime beaucoup vôtre vertu, je prendray mon temps pour me la faire lire, et y entendre vos belles avantures. Cependant je désire que vous comptiez sur mon affection, et prie Dieu qu'il vous félicite autant que vous le mentez.
(Archmo Mediceo, Carteggio di Cosimo m. Filza iiSg.) La minute de cette lettre, remplie d'italianismes, est d'une autre main que celle de la lettre du i*' octobre i7o6.
Lettre de Rigaud au Grand-Duc de Toscane.
De Paris, ce 27^ juin 171 7.
Monseigneur.
Je prens la liberté d'écrire à Vostre Altesse Royale
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pour luy rendre compte du présent qu'Elle vient de me faire des deux grouppes de bronze, que M'. le marquis Q>rsiny, son ministre auprès du Roy, m'a envoyé de sa part. L'un représente AppoUon qui écorche le satire Marsias, et l'autre Mercure qui attache Promethée au rocher pour estre dévoré par un vautour; ils sont. Monseigneur, d'une admirable composition, et fort artistement travaillez; permettes moy, monseigneur, que j'en rende mes très humbles actions de grâces à Vostre Altesse Royale; je n'ose, parle profond respect que j'ay pour Elle, donner à mon cœur tout l'épanchement de reconnoissance que je souhaitterois luy exprimer d'une faveur si singulière; elle m'est si glorieuse que j'ay fiait graver sur les deux grouppes de bronze le nom illustre de Vostre Altesse Royale aflin que ceux qui les posséderont aprèz moy apprennent par ces caractères imprimez dans l'airain le don que j'ay eu l'honneur de recevoir d'un Prince si magnifique; le silence est la marque la plus respectueuse que l'on puisse donner à Vostre Altesse Royale Torsque les paroles ne peuvent égaler la grandeur du bienfait; j'ay donc lieu de le garder dans cette occasion de crainte de ne pouvoir leur donner la force qu'elles devroient avoir. Ne pouvant faire mieux pour reconnoistre son infinie bonté, c'est avec ces sentimens remplis d'une soumission parfaitte que je seray toutte ma vie, avec un très profond respect, de vostre Altesse Royale le très humble, très obéissant, et très obligé serviteur,
RiGAUD.
(Archivto Mediceo, Carteggio di Cosimo lil, filra iiSg.)