‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793). Par Alexandre Tuetey et Jean GuiffreyChapitre 63 sur 132 · Il s'agit ici des deux gouaches du Corrège qui, comman · texte numérisé non relu

Il s'agit ici des deux gouaches du Corrège qui, comman

ET LA CRlîATION DU MUSI^E DU LOUVRE. I77

Un tableau sur bois, peint par Rcmhi'andt, représentant l'Ange qui ordonne à Loth de sortir de Sodome\ 3o^ de 25 pouces de haut sur 20 de large. 3Git

Quatre grands tableaux sur toile, peints par Jouvenet : le i^"" représente la Résurrection de Lazare; \e 2^ la Cène; le 3^ les Vendeurs chassés du Temple; le 4^ la Pêche miraculeuse'-. Les quatre tableaux ont chacun de haut 12 pieds sur chacun 20 pieds 6 pouces de large, à 400^ 1,200^ par tableaux, fait 1,600 tt

2,243^, total de la réduction. — Total . . 2,858^

Nous, soussignés, commissaires du Muséum national, certifions, qu'après vérification faite de tous les ouvrages ci-dessus énoncés, nous avons arrêté le présent mémoire à la somme de deux mille deux cent quarante-trois livres.

Vincent, Pasquier, Jollain, P. Cossard, Regnault, Bossut.

Archives nationales, pi' loSg, n" i.

dées par Isabelle d'Esté, passèrent parles galeries des ducs de Mantoue, de Charles I" d'Angleterre, de Jabach, de Mazarin et de Louis XIV. F. Engerand, t. I, p. 127 à 12g; Reiset, n"' 17 et 18.

1. L'Ange quittant Tobie. Acquis 6,000 livres à la vente du prince de Carignan. Reparqueté et restauré en 1750 par Colins et la veuve Godefroid. F. Engerand, t. II, p. 537; Villot, n" 404; C. 5., n" 2536.

2. Ces quatre compositions, exécutées en 1706 pour l'église de Saint- Martin -des -Champs, furent répétées par Jouvenet, sur ordre du roi, pour être exécutées en tapisseries, de 1712 à 1714. Ce sont ces quatre répliques dont il est ici question. F. Engerand, t. II, p. 242. Le Repas clie:{ le Pharisien

ce

CopiK du mémoire présenté au ministre de l'Intérieur par les commissaires du Muséum national à la date du ij juin ijgS^ l'ail 2^ de la République.

Le 24 mai dernier, les commissaires du Muséum français adressèrent au citoyen ministre de l'Intérieur une lettre où ils exposaient que, depuis le mois de janvier, ils n'avaient point reçu de fonds du Trésor national : soit pour les dépenses courantes qui concernent l'établissement du Muséum, soit pour les appointements des cinq commissaires salariés; que, par le défaut de fonds relativement au premier objet, ils se voyaient à la veille d'être forcés de suspendre leurs travaux, que cependant le public, instruit depuis longtemps qu'on se prépare à le faire jouir de ce monument des arts, et en particulier les jeunes artistes, qui doivent y trouver les plus grands modèles pour leur instruction, attendent avec la plus vive impatience qu'on réalise enfin l'espèce d'engagement qu'on a pris de satisfaire un vœu si légitime; qu'on accuse de lenteur et d'insouciance les commissaires du Muséum, malgré toutes les preuves de zèle qu'ils ne cessent de donner. Cette lettre, à laquelle ils n'ont point reçu de réponse, contenait des remarques essentielles sur la distinction à faire entre leurs fonctions et celles de la Commission des monuments.

Aujourd'hui, les commissaires du Muséum se

{la Cène) et les Vendeurs chassés du Temple sont au Musée du Louvre. Villot, n" 3oo et 299; C. S., n" 436 et 435. La Pêche miraculeuse est au Musée d'Amiens. La Résurrection de Laiare au Musée de Lille.

trouvent dans la nécessité de remettre les mêmes représentations sous les yeux du citoyen ministre et d'insister sur l'urgence des travaux à continuer pour que le Muséum puisse s'ouvrir à une époque très prochaine. Le public demande cette ouverture avec une sorte d'empressement qui les oblige, non pour euxmêmes, mais pour le citoyen ministre, contre qui des plaintes finiraient par se diriger, si les commissaires du Muséum ne pouvaient aller en avant faute de moyens.

Plusieurs personnes, parmi lesquelles on compte des membres de l'Assemblée nationale, pensent qu'il faudrait faire l'ouverture du Muséum le lo août prochain'. Le citoyen ministre approuvera sans doute cette idée et prendra les mesures nécessaires pour la mettre à exécution; en attendant, les commissaires s'occupent, sans relâche, à tout préparer pour que l'attente du public soit remplie pour un établissement qui n'est que provisoire et d'où naîtra, avec le temps, le plus beau temple qu'aucune nation ait jamais élevé à la gloire des arts.

Archives nationales, F^^ loSg, n" i.

Considérations

SUR les arts et SUR LE MuSÉUM NATIONAL.

(17 juin 1793.) Dans le moment des révolutions des empires, soit

1. Le Muséum fut en effet ouvert le 10 août, en même temps que le Salon des artistes vivants, dont il fut ainsi une sorte d'annexé. Il ferma ses portes à la fin de septembre et les rouvrit définitivement au mois de novembre 1793.

l8o LA COMMISSION DU MUSÉUM

qu'une nation devienne esclave, soit qu'elle brise ses chaînes et renaisse à la liberté, les beaux-arts, enfants de la prospérité publique, disparaissent ou languissent dans l'oubli. Nous avons vu le statuaire abandonner le ciseau dont il imitait la jeunesse d'Hébé ou le peintre serrer ses pinceaux; l'un et l'autre s'armaient de fer pour voler à la défense de la patrie en danger.

Les crises révolutionnaires ont un terme, et l'on a remarqué que ces temps de troubles et de convulsions nationales inspiraient aux génies une teinte plus forte et plus robuste et les disposaient à enfanter des prodiges.

Après des révolutions plus ou moins considérables, plusieurs époques fameuses ont illustré différents siècles par la renaissance des beaux-arts-, celui d'Auguste est cité dans les fastes de l'histoire comme une époque qui leur fut favorable, mais le tyran qui les accueillait avait moins en vue l'utilité publique que le perfide projet d'alléger les nouvelles chaînes des Romains et de leur faire oublier le sang des Républicains versé à grands flots dans les proscriptions (a).

Mais en comparant la Révolution des Romains sous Auguste avec la nôtre, on voit que la Révolution française est l'inverse de celle de ce peuple fameux, puisqu'après deux cents ans d'une République prospère il courba honteusement sa tête orgueilleuse sous un despotisme cruel qui ne finit qu'à la destruction d'un empire qui avait fait trembler l'univers. Les époques favorables aux beaux-arts, après le règne d'Auguste, sont celui des Médicis à Florence, ou du pape Léon X, ensuite celui de Louis XIV.

Mais que des causes naturelles ou factices aient amené le rajeunissement des arts à ces différentes

ET LA CRÉATION DU MUSÉE DU LOUVRE. l8l

époques, il se présente une question importante à examiner, savoir : lequel du gouvernement monarchique ou du républicain est le plus propre à faire fleurir les beaux-arts? Des faits historiques feront la base de notre opinion.

Une première considération à établir et qui doit former un principe, c'est que l'excellence d'un gouvernement doit influer sur tous les genres de succès, et tour à tour tous les genres de succès dans les sciences et les arts démontrent l'excellence d'un gouvernement.

Le goût d'une nation pour les arts libéraux tient plus aux mœurs et aux localités qu'à la forme ou au mode de son gouvernement politique; cette assertion se prouve par les faits. Deux républiques antiques, voisines et rivales, nous offrent là-dessus un contraste et des résultats bien différents et qui tiennent à la proposition que Je viens d'énoncer.

Les beaux-arts brillaient au suprême degré dans Athènes, chez ce peuple léger et sensible auquel on a comparé souvent les Français; les Spartiates, leurs voisins, négligeaient les arts libéraux, et cela tenait à leurs mœurs sévères; toute sorte de luxe était banni de Sparte jusqu'à celui des paroles. Ce peuple austère, mais digne d'admiration, ne peut être proposé pour modèle à aucun peuple moderne, surtout à un grand peuple qui a besoin de tant de leviers pour soutenir et faire mouvoir sa masse immense.

Les mœurs influent donc sur les arts, comme les ans influent sur les mœurs d'un peuple; nous voyons quelques guerriers à Lacédémone, quelques philosophes, un législateur sublime, mais nous ne voyons ni Phidias, ni Zeuxis, ni Praxitelles, ni Euripide, ni

l82 LA COiMMISSlON DU MUSEUM

Sophocle, celle République seule n'a point accueilli les beaux-arts. Ceux de première nécessité étaient exercés chez eux (b) par les Ilotes, leurs esclaves, qu'ils accablaient de leur mépris, et leur indifférence pour les ans libéraux était telle qu'ils n'auraient guère mieux traité un homme né avec le plus grand génie; un Apelle, un Euripide n'eut eu parmi eux aucune considération, tandis que les autres villes de la Grèce se gloritiaieni d'avoir donné la naissance, l'une à Homère (et plusieurs villes se le disputaient), l'île de Co à Apelle, Syracuse à Archimède.

Parlerions-nous de l'Egypte, ce pays écrasé par le despotisme oriental le plus cruel et le plus accablant nous a transmis des ouvrages de l'art qui nous étonnent, et c'est là que les Grecs ont été puisé leurs premières connaissances.

Dans les temps modernes, lequel du gouvernement monarchique ou du républicain a le plus favorisé les arts? Parcourons l'Italie, célèbre par tant de grands hommes depuis 3oo ans. Cette contrée est le pays le plus varié par ses gouvernements; ici c'est un duché, là une république, plus loin un état monarchique. L'état de l'Église n'est qu'une sorte de théocratie monstrueuse où régnent en même temps le despotisme et l'anarchie, mais la nature n'a pas choisi le gouvernement pour donner la naissance à Michel- Ange, au Titien, au Corrège ou à Raphaël. On peut cependant apercevoir dans ce pays un contraste frappant en comparant les temps antiques avec les modernes, du côté des arts qui dépendent de la main ; les anciens Latins n'avaient pas un artiste qui ne fût né en Grèce.

Après avoir parcouru l'Italie, jetons un coup d'œil

sur la Belgique et la Hollande, ces deux pays limitrophes, l'un gouverné par le démon du midi Philippe II et l'autre érigé en République par l'horreur de ce même tyran, ont cependant produit des hommes extraordinaires dans la peinture et dans un même temps, sans qu'on puisse dire la cause qui a provoqué un si bel effort de la nature, ni ce qui l'a fait cesser. Nous pouvions donc conclure que les beaux-arts peuvent germer et fleurir dans toute sorte de gouvernement, et que les mœurs ou les localités peuvent retarder ou empêcher leur propagation et leur avancement. On peut encore tirer cette conclusion que notre nouveau gouvernement ne peut avoir pour les arts que d'heureuses influences, lorsque nous aurons établi notre Constitution et forcé nos ennemis à la paix; un des grands moyens de les réchauff"er et de les faire fleurir, c'est l'établissement du Muséum national, décrété par l'Assemblée législative; nous allons parler de cette richesse nationale.

Seconde partie.

Au milieu des convulsions d'une révolution pénible, mais heureuse, le ii août 1792, l'Assemblée législative, dont les vues ne cessaient de se porter au bien public dans les moments les plus orageux, décréta le rassemblement de toutes les curiosités de l'art et des sciences du Muséum national. Elle avait en vue deux objets principaux : l'instruction publique et l'adoucissement des mœurs par le spectacle enchanteur des chefs-d'œuvre, produits heureux des beaux-arts.

On ne saurait trop louer ces deux grandes raisons politiques, si conformes au goût et à l'intention de la

nation entière; en effet, ceux qui veulent se perfectionner dans les arts ont encore plus besoin d'exemples que de préceptes, ceux-ci peuvent quelquefois égarer, s'ils viennent d'un maître médiocre ou sujet à une manière qui n'est que trop facilement transmissible aux élèves. Mais la vue d'une collection qui réunit les chefs-d'œuvre de tous les maîtres, de toutes les Écoles, est au-dessus de tous les préceptes; avec tous les élans de leur génie, avec du goût, les étudiants peuvent s'élever à la hauteur des plus grands artistes, Raphaël né avec le plus beau génie de la peinture, mais retenu par les lizières du Pérugin^ son maître, désira de voir la chapelle de Sixte que peignait Michel-Ange; dès ce moment, son génie prit son essor, il fît un pas de géant dans la carrière de ce bel art, il devint Raphaël^ je veux dire le prodige des peintres.

Les génies peuvent naître partout; les circonstances peuvent leur permettre de s'agrandir ou de se développer; ce sont des plantes qui peuvent germer sur toute sorte de sol, mais qui ne peuvent se plaire que sous une température favorable à leur accroissement; depuis cent ans on jouit des immortelles pièces de Racine, et cependant nous n'avons pas vu naître un Racine (c)^ mais enfin il peut naître, et son talent pourrait rester sans culture si les circonstances ne lui permettaient pas de se développer. La nature n'est point épuisée; s'il naissait un nouveau Raphaël^ un Corrège^ un Apelle, un Protogène, ils trouveraient une route frayée, et plus facile même que ces grands hommes, qui n'ont point eu de modèles au-dessus d'eux; le Muséum leur ouvrira toutes les routes et leur présentera tous les bons exemples pour parve-

nir. Le voilà donc bien démontré, ce premier avantage du Muséum national, du côté de Tavanccment des beaux-arts.

La seconde vue politique de l'Assemblée a été le spectacle intéressant pour tous les Français des chefs-d'œuvre de l'art; s'il ne fallait aux Romains que du pain et des spectacles, notre nation ne leur cède en rien pour la curiosité, et nous exposons à ses yeux ses propres trésors, dont la plupart sont ses propres œuvres, qui soutiennent le parallèle des artistes étrangers. L'exposition du Muséum sera donc le spectacle le plus agréable pour la nation française, il doit être le rassemblement de toutes les richesses de la République dans tous les genres d'arts et de sciences; on pourra l'appeler l'encyclopédie matérielle et physique des beaux-arts. Ces richesses sont, comme dit Barrère, le luxe d'une grande nation, c'est par là qu'elle manifeste sa grandeur et sa magnificence. Aucune collection connue n'approchera de celle-ci (d).

Le vaisseau destiné à contenir en partie tous ces trésors est unique par son immense longueur et sa commodité à le parcourir; mais ce local est dans un état de souffrance; à peine jouissons-nous de la moitié de cette immense galerie, la plus grande partie est encombrée par la reconstruction de la voûte inférieure qui formait des écuries; ce qui nous reste et qui en fait presque la moitié est orné de tableaux des plus grands maîtres qui ont vécu depuis trois siècles. Mais, au premier coup d'œil, on sent une vive impression de tristesse, en voyant que ces chefs-d'œuvre sont si mal éclairés, tandis que le salon qui sert à l'exposition ordinaire des tableaux démontre à tous les yeux, la différence que produit le jour des fenêtres

l86 LA COMMISSION DU MUSÉUM

OU celui qu'on tire immédiatement du milieu de la voûte.

Nous ne pouvons dissimuler ces défauts, d'autant plus grands qu'ils sont un obstacle pour les élèves, qui ne peuvent que difficilement voir et étudier ces modèles, tandis que le jour par le sommet de la voûte remédierait à tout.

Ces considérations, qui seront saisies par tous les vrais connaisseurs, devaient-elles retarder une exposition ordonnée par l'Assemblée nationale? Nous disons par la nation : voilà vos richesses, elles sont immenses, mais une partie est en mauvais état, le local a des imperfections faciles à corriger; mettezvous en état de vous montrer vos trésors dans toute leur splendeur: le résultat de cette exhibition sera de les augmenter, les artistes s'enflammeront, les étudiants deviendront des artistes consommés, les étrangers seront attirés par une curiosité inextinguible et la République imposera à toute l'Europe le joug de l'admiration, et c'est le seul avantage auquel elle doit prétendre après s'être affranchie de l'esclavage et avoir montré à tous les peuples que la liberté est le plus grand des biens. Les étrangers, par une marche naturelle à l'esprit humain en venant admirer nos chefs-d'œuvre, verront de plus près nos nouvelles lois et en porteront dans toute l'Europe l'amour et les principes (e). Le Muséum, tel qu'il va s'ouvrir, n'est que provisoire, et comme tel nous sollicitons l'indulgence de nos concitoyens sur quantité de défauts qui se corrigeront avec le temps et par degrés. Une jouissance en fera désirer une autre, le goût du public s'agrandit et se perfectionne à mesure qu'on lui offre des objets agréables, et la vie devient un

cercle de moments délicieux. Les jouissances viendront (et pour parler comme Montaigne) à la file plutôt qu'à la foule ; l'esprit, fatigué par une suite d'objets de même nature, se reposera en parcourant d'autres objets variés : les antiques, les desseins, les pierres gravées, les émaux, les ouvrages de mécanique ou d'optique, les marbres, les porcelaines ne peuvent que rafraîchir l'attention sur les objets qui, tout piquants qu'ils peuvent être, pourraient exercer trop longtemps le même genre d'attention.

L'arrangement que nous avons adopté est celui d'un parterre de fleurs variées à l'infini, mais dont nous avions les compartiments tracés. Si, par une disposition ditférente, nous avions montré l'esprit de l'art dans son enfance, dans son accroissement et dans son dernier période, ou si nous avions séparé les écoles, nous aurions pu contenter quelques érudits; mais nous aurions craint le reproche bien fondé d'avoir fait une chose inutile et surtout d'avoir mis des entraves aux études des jeunes élèves qui, par notre disposition, pourront comparer les maîtres, leurs manières, leur goût et enfin leurs perfections comme leurs défauts, qui se font ressortir par une comparaison prochaine et immédiate (f). Nous finissons par demander aux vrais amateurs des conseils, et nous nous conformerons au goût général, épuré par la saine critique; lorsque celle-ci sera dictée par l'intérêt, nous saurons bien la mettre à sa place.

Notes.

(a). Avant cette époque, l'esprit des Romains était déjà disposé à l'admiration des chefs-d'œuvre grecs;

t88 la commission du MUSl^.TTM

Cicéron ne cessait de demander à Atticus, son ami, des statues et des tableaux d'Athènes.

ibj. Ce mépris de riiumanité envers les Ilotes est ce qui fait le plus de tort à la mémoire de ce peuple vertueux, célèbre à tant d'autres titres, il en fait à nos yeux un peuple d'aristocrates, et nous l'abandonnons au mépris des vrais républicains qui ont connu les droits de tous les hommes.

(c). Si nos jeunes poètes se croyaient égaux à Racine, je les enverrais à Voltaire, que l'on a souvent élevé au-dessus de lui, par flagornerie, mais qui a toujours, très humblement, rendu hommage à ce premier des poètes.

(d). On nous a assuré qu'un administrateur économe avait dit : que toutes ces richesses de l'art devaient être vendues au profit de la République; cet homme serait-il Ostrogot ou Vandale? Veut-il nous réduire à végéter comme ces peuples du nord qui, au ye siècle, ont couvert l'Europe de leur barbarie et de leur ignorance? Ce sont eux qui ont retardé de 10 siècles l'invention de l'imprimerie, à laquelle touchaient les Anciens, ainsi que beaucoup d'autres précieuses inventions. On n'a que trop laissé sortir de France de ces productions des arts depuis lo ans; la collection d'Orléans, vendue à l'étranger, est déjà une perte considérable pour nous. Si jamais nous perdons cette collection nationale, les arts seront éteints en France pour dix siècles; ils sont cependant le soutien de nos manufactures et de notre prééminence sur les étrangers. Otez-nous ces richesses, et nous serons comme l'Espagne, et peut-être cent fois pis.

(e). Le Muséum de Londres est orné de beaucoup

d'objets étrangers aux arts et cependant très piquants; ce sont des morceaux d'histoire naturelle ou des objets de curiosité apportés de tous les points du globe; mais cette partie du Muséum est ici très bien placée au Jardin des Plantes; c'est le muséum de la nature, celui-ci est le muséum des beaux-arts. On peut dire en passant que le Muséum de Londres est orné des peintures de Lafosse^ peintre français.

(f). Des gens qui se sont introduits au Muséum par supercherie ont répandu et publié dans les journaux que les tableaux de la nation sont en mauvais état, qu'ils sont perdus, que le mal est irréparable : il faut bien que la calomnie et l'intérêt déçus trouvent quelque récréation.

Archives nationales, pi' io5g, n° i.

Garât a Heurtier, inspecteur général des batiments.

Le ministre^ etc., an citoyen Heurtier.

Paris, le i8 juin 1793, l'an 2^ de la République.

Le citoyen Puthod^ membre de la Commission des monuments, a rapporté de Chantilly, citoyen, d'anciennes armures et autres objets curieux ou d'antiquités qu'il est urgent de déposer, au moins provi-

I. François-Marie Puthod de Maison-Rouge, 1757-1820, adjudant général, colonel d'infanterie, membre de la Commission des monuments; il publia en 1791 un mémoire sur l'examen et la conservation des monuments destinés à un usage public. Voir L. ïuetey, p. 5, note i.

soirement, dans un local où ils soient en sûreté et à l'abri des dégradations. Vous voudrez bien, en conséquence, remettre, sur sa demande où sur celle de tout autre commissaire de la Commission des monuments, à la disposition de cette Commission la partie du logement ci-devant Brancas* au Louvre, qui n'a point été accordée et que Ton m'annonce être provisoirement occupée par le citoyen Fouque, restaurateur de tableaux. Je vous prie de me rendre de suite compte de l'exécution de cette détermination.

Garât a la Commission des monuments.

Le ministre de l'Intérieur à la Commission des m.onuments.

Paris, le 18 juin 1793, l'an 2^ de la République.

Je m'empresse, citoyens, de vous prévenir que, d'après le vœu du citoyen Puthod, votre collègue, j'ai donné les ordres nécessaires au citoyen Heurtier pour qu'il ait à mettre sur-le-champ à votre disposition la partie non encore accordée du logement ci-devant Brancas au Louvre, pour y déposer, au moins provisoirement, les anciennes armures ou autres objets choisis par le citoyen Puthod, et qu'il est urgent de mettre en sûreté et à l'abri des dégradations. Je vous invite en conséquence à envoyer des commissaires pour recevoir des mains du citoyen

I. 11 s'agit, selon toute apparence, de l'appartement qu'occupait Elisabeth-Pauline de Gand d'Isenghien, femme de Louis- Léon-Félicité, duc de Brancas, qui mourut sur Téchafaud le 18 février 1794.

Heurtier la disposition de ce local et s'en mettre de suite en possession ^

Archives nationales, F<' loSg, n" i.

Lebrun a Garât.

22 juin 1793.

Citoyen ministre, Trois lettres et deux courses chez vous sans pouvoir obtenir un mot de réponse ou un moment d'entretien. C'est cinq minutes que je vous demande; veuillez donc bien me les accorder ou me répondre. Si cela n'est pas pressant pour vous, cela l'est vivement pour moi.

Je suis, citoyen ministre, votre concitoyen.

Lebrun.

Ce samedi 22 juin, l'an 1^ de la République. Archives nationales, F"'' loSg, n" i.

Garât a Cambon^, député.

Le ministre de l'Intérieur au citoyen Cambon, député à la Convention nationale.

Paris, ce 23 juin 1793, Tan 2<^ Le citoyen Le Brun^ peintre, vient de me trans-

1. Cette lettre est mentionnée dans la séance de la Commission des monuments du 25 juin. Voir L. Tuetey, t. I, p. 237.

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