‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793). Par Alexandre Tuetey et Jean GuiffreyChapitre 90 sur 132 · I. Nom révolutionnaire de Saint~Germain-en-Laye · texte numérisé non relu

I. Nom révolutionnaire de Saint~Germain-en-Laye

quelques beaux tableaux de Van der Aleulen, exposés en ce moment dans le corps de garde de la garde nationale de Marly' et qui sont prêts d'être vendus avec le mobilier national de ce ci-devant château.

Je vous invite, en conséquence, à nommer sur-lechamp des commissaires pour vérifier le fait, examiner les tableaux, empêcher par leur annotation et même le transport au Muséum, s'il y a lieu, que des monuments d'art deviennent la proie de l'ignorance et de ia cupidité.

Vous voudrez bien m'instruire du résultat de votre examen et prendre à cet égard toutes les mesures auxquelles vous autorise la loi du 27 juillet.

Paré.

Archives nationales, F" io36.

Janvier, mécanicien-astronome, a Paré.

Au Louvre, le sextidi frimaire, l'an second de la République française, urie et indivisible

(26 novembre 1793).

Citoyen ministre, Lorsque les Commissaires du Muséum français furent près d'en faire l'ouverture, je fus invité à déposer dans cette espèce de Panthéon une petite pendule de mon invention, donnant l'heure dans tous les départements de France; ils me donnèrent un reçu constatant que cette machine vraiment unique est ma propriété et non une propriété nationale. Le Comité

I. Sur les tableaux de Van der Meulen qui se trouvaient au château de Marly, voir Engerand, t. I, p. 418 à 433.

342 LA COMMISSION DU lilUSÉUM

de salut public m'envoya bientôt après dans le département du Jura et je n'eus pas le temps de solliciter près de toi le paiement de la petite horloge placée au Muséum. J'ai rapporté du Jura l'assurance d'une fourniture de cent mille fusils; mais \e sahis populi^ qui est ma suprême loi, n'empêche que je ne ressente quelquefois la faim, et je viens te prier de me faire payer trois mille livres pour le prix très modique de l'ouvrage que je cite; je te remettrai le reçu des commissaires du Muséum français, signé de Vincent, Jollain, Bossut, Regnault et Pasquier.

Observe, citoyen ministre, que je ne te demande que mes déboursés, tant j'ai à cœur que la pendule à départements devienne une propriété nationale.

Salut, fraternité et vive la République.

A. Janvier.

Archives nationales, F^^ loôg, n" i.

Commission du Muséum a Paré.

Paris, le 9 frimaire, l'an 2^ de la République,

une et indivisible (29 novembre 1793).

Citoyen ministre,

Ayant été informés qu'un grand nombre de

membres de la Convention nationale pensait que le

Muséum français n'est ouvert pour eux', ainsi que

pour tout le public, que les trois derniers jours de

I. Le Muséum fut donc ouvert pour la seconde fois entre la date de la lettre de Blésimare à Paré (n" igS) datée du 2 novembre, où cette réouverture est annoncée comme prochaine, et le 9 frimaire. Le texte de la lettre adressée par la Commission du Muséum à Paré prouve même qu'alors le Muséum était accessible au public depuis plusieurs jours.

chaque décade, nous croyons devoir vous prier de vouloir bien informer la Convention nationale que les députés sont libres de venir tous les jours au Muséum et d'y amener avec eux nos frères des départements. Nous ajouterons, citoyen ministre, que jamais les gardiens du Muséum ne leur en ont refusé l'entrée.

Vincent, Jollain, Regnault, Bossut.

Archives nationales, F'' 1039, n° i.

Paré au président de la Convention nationale.

Le ministre de l'Intérieur au président de la Convention nationale.

Paris, le 14 frimaire, an 2« de la République, une et indivisible (4 décembre 1793).

Ayant été informé, citoyen président, qu'un grand nombre des membres de la Convention nationale pensait que le Muséum français n'est ouvert pour eux, ainsi que pour tout le public, que les trois derniers jours de chaque décade, je te prie de vouloir bien informer la Convention nationale que les représentants du peuple sont libres de venir tous les jours au Muséum et d'y amener avec eux nos frères des déparlements. Les gardiens ont reçu l'ordre de leur en ouvrir l'entrée sur la simple exhibition de leurs cartes de représentants.

Archives nationales, F''^ io3y, n" i.

Commission du Muséum a Paré.

Paris, le 14 frimaire, l'an 2« de la République, une et indivisible (4 décembre lygB).

Citoyen ministre, Nous n'avions pas cru d'abord devoir te' proposer de fixer le nombre des artistes qui peuvent venir travailler ensemble au Muséum, ne prévoyant pas que les demandes d'admission se multiplieraient dans cette saison au point d'exiger qu'on pensât à y mettre des bornes. Il y a en ce moment cent artistes inscrits, et nous avons pris le parti de suspendre les inscriptions, parce que le local ne permettrait pas d'y en recevoir davantage, si tous y venaient en même temps. A la vérité, le nombre n'en est pas grand en ce moment, mais il est probable que, dans la belle saison, Tatiluence en sera beaucoup plus grande. Nous avons de plus limité à six mois le maximum du temps à accorder de suite à chacun d'eux pour ses études, atin que le grand nombre d'artistes qui se trouvent à Paris puissent jouir successivement de l'avantage précieux que le Muséum leur offre pour leur instruction. Dans le cas où, les six mois révolus, il ne se présenterait pas assez d'artistes pour compléter le nombre de cent, ceux qui sont déjà inscrits pourraient continuer leurs études, s'ils le jugeaient à propos. Nous te prions, citoyen ministre, d'examiner ces

I. Pour la première fois, les commissaires du Muséum tutoient le ministre de l'Intérieur. Peut-être est-ce l'effet d'un ordre de Paré, qui, dans la pièce précédente, tutoie le président de la Convention.

mesures, qui nous ont été dictées par l'amour du bien, et de nous marquer si tu les approuves, ou si tu juges plus utile de leur en substituer d'autres'.

Vincent, Regnault, Jollain, Bossut.

Archives nationales, F" lobg, n" i.

Noël Couvreur,

commissaire de POLICE DE LA SECTION DU MuSÉUM.

A Paré.

14 frimaire an II 4 décembre 1793 .

Citoyen ministre, La section du Muséum m'a chargé de t'écrire et de te prévenir que, dans sa séance de décadi dernier, elle avait arrêté qu'il y aurait sur les gazons du Muséum un factionnaire depuis huit heures du matin jusqu'à minuit pour veiller à ce que le devant du Palais national, la propriété de tous, ne soit plus souillé de ce commerce infâme qui s'y fait depuis longtemps, et de femmes prostituées qui publiquement se livrent au premier venu, malgré la vigilance des officiers publics de la section. Nous nous sommes transportés hier soir au Conseil général de la Commune en députation au nom de notre section, et nous

I. Un tableau d'Hubert Robert appartenant à M. Sigismond Bardac, représentant la Grande Galerie du Muséum, avec éclairage latéral, fréquentée par les artistes copiant les tableaux, a été récemment publié {Le Musée du Louvre, les peintures, les dessins et la chalcographie, par Jean Guiffrey. H. Laurens, igoq, p. 29). Les règlements actuellement en vigueur fixent la durée des copies à trois mois, lorsque les demandes sont nombreuses pour un même tableau. Le nombre des artistes pouvant copier simultanément au Louvre n'est plus limité.

avons fait la demande qu'il soit dans le plus court délai posé sur chacun des gazons un réverbère, afin que nos factionnaires puissent voir ce qui se passe. En conséquence, citoyen ministre, la section du Muséum espère que tu voudras bien la seconder de tout ton pouvoir en donnant de suite des ordres aux fins que les gazons soient sur-le-champ nettoyés, la vigilance de nos factionnaires empêchera qu'il ne soient salis, à l'avenir; je te prie en outre de faire rappeller aux inspecteurs de l'intérieur du Muséum que les quatre balayeurs chargés du nettoiement des cours du Muséum ne font pas leur devoir, que ces citoyens ont soi-disant des gens a. leurs gages qui, comme leurs maîtres, ne font rien, et l'argent que la nation donne pour l'entretien du nettoiement du Muséum, dont les gazons doivent faire partie, se reçoit très exactement et l'ouvrage se fait très inexactement. J'ai fait auprès de ton devancier beaucoup de démarches pour ne rien obtenir; j'aime à croire, citoyen ministre, que la demande que je te fais au nom de la section du Muséum ne recevra les honneurs de la sépulture dans un de tes bureaux comme dans le temps du citoyen Garât.

Je crois à tes lumières comme à ton patriotisme et suis, avec fraternité, ton concitoyen.

Le commissaire de police

de la section du Muséum à la Samaritaine,

Couvreur.

Ce 14 frimaire 1793, l'an 2« de la République française (4 décembre 1793).

Le Conseil général a accordé notre demande et a ordonné le renvoi sur-le-champ au Département des Travaux publics pour le mettre à exécution.

Archives nationales, Fi'^ loSg, n° i.

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