MORTALITÉ DES SOLDATS EN TEMPS DE GUERRE
vembre 1809, lord Wellington écrivit, dans uno dépùclie adressée à lord Liverpool, qui était alors à la tête du gouvernement britannique : a En tout temps et en tout lieu, la liste des malades comprend le dixième de tous les soldats. » Dans la guerre do la Péninsule, la moyenne des soldats malades dans Tarmée française était de 15,60 7o ^^ Espagne, et de 14,60 7o en Portugal. La légion britannique qui, en 1856, fut envoyée en Espagne était composée de 7,000 bommes, parmi lesquels 5,000, soit 71 °/j,, entrèrent à l'bôpital dans les trois premiei's mois et demi. En six mois, 1,235 étaient morts, soit 55 7o ^^ nombre total. Durant la guerre de Crimée, le gouvernement britannique expédia 82,901 soldats, du 10 avril 1854 au 51 juin 1856, et pendant ces vingt-six mois trois quarts, la force moyenne de l'armée anglaise ne dépassa pas le nombre de 54,500 soldats. Tous ces hommes, engagés dans la guerre d'Orient, ont fourni 218,952 cas d'hôpital, sur lesquels 11 7o provenaient de blessures reçues sur le champ de bataille et 89 7o de maladies contractées au camp. Pendant les deux années finissant en mars 1856, il y eut un peu plus de 16,010 morts, soit une moyenne annuelle d'environ 25 7o' proportion énorme due en grande partie à l'affreuse condition dans laquelle se trouvaient les hôpitaux. En examinant les rapports plus en détail, on apprend, toujours par les sources officielles, que
sur 10,000 soldais, pendant les trois mois d'avril, mai et juin 1854, il y eut 87 cas de mort, 159 en juillet, 540 en août et septembre, 679 en décembre. Dans le mois de janvier, le chiffre fut énorme : 1,142. A ce taux, l'armée entière eût été exterminée dans l'intervalle de dix mois et demi\ Miss Nigblingale raconte que pendant le mois de février 1855 la mortalité dans les hôpitaux de Scutari et de Kulali était de 46,7 °/^. Les morts et les guérisons se balançaient à peu près.
D'un rapport récent adressé à l'empereur par le ministre de la guerre, maréchal Randon^ il résulte que la mortalité varie dans l'armée française suivant le temps de service déjà accompli. Ainsi la mortalité par 1,000, pour les soldats qui ont servi moins d'une année, est de 11,55; elle est de 15,58 pour ceux qui ont servi de 1 à 5 ans; de 5 à 5 ans, la mortalité se réduit à 9,30; de 5 à 7 ans, elle est de 7,40. Elle est à son minimum, soit à 5,55, pour les soldais de 7 à 14 ans de service. Une légère réaction a lieu ensuite, et de 14 à 25 ans de service le taux est de 7,11. La mortalité moyenne pendant les quartorze premières années est donc de 7,78 par 1,000.
* Voir Report on the Sanitary Condition of the British Armyf p. 524.
- Statistique médicate de l'armée, 'pendant Vannée 1864. Appendice au compte rendu sur le service du recrutement de 1 armée. Paris, 18C4.
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La morlalilé générale dans l'armée française a clé, en 186:2, année de paix, de 10,14 pour 1,000. C'est un progrès remarquable depuis 1840. A celle époque, le général Paixlians établissait^ que la morlalilé élail de 19 sur 1,000 pour l'armée à l'intérieur, de 04 sur 1,000 pour l'armée d'Algérie; pour l'ensemble des troupes, elle était de '28 par ] ,000, la morlalilé des jeunes gens non militaires n'étant que de 15 sur 1,000.
Pendant l'année 1862, toujours d'après ce même rapport du maréchal Randon, 106,000 soldats avaient été envoyés aux hospices, 75,000 aux infirmeries réglementaires, 622,000 avaient été traités en chambre, ce qui donnait une proportion moyenne de 2,160 malades pour 1000 hommes d'effectif.
Le nombre total des journées de maladie pour 820,567 malades avait été de 6,126,756, soit un total de 16,786 années, et une moyenne de 7,47 jours par malade, et de 16 journées par homme de l'effectif moyen.
Aux Etats-Unis les statistiques ne sont pas moins instructives. Dans ses Esquisses médicales [mcdical Skctchcs)^ le docleur Mann mentionne un régiment de la frontière du Canada, dont la force effective fut réduite de 900 hommes à 200, dans une seule
^ Voir le Monilcur universel, séance du '2 avril 18iG.
année de la guerre de 1812 à 1814. Le docteur Gallup raconte, dans son ouvrage sur les épidémies [Epidémies), que, durant l'hiver de 1812 à 1815, des troupes en garnison à Burlington (Vermont) perdirent 750 hommes sur 2,500. Plus de 100,000 hommes partirent pour l'expédition du Mexique, et sur ce nomhre 1,549 périrent par suite de blessures et 10,986 pour cause de maladies. Ces chiffres établissaient une mortalité annuelle de 1 1 Vo-» dix fois plus que dans la vie civile.
Pendant la guerre qui sévit actuellement aux Etals- Unis, la Commission sanitaire a fait une en(|uêle officielle et aussi exacte qu'il était possible de tous les soldats, tant volontaires que réguliers, qui composaient l'armée en avril 1862. Il résulte de cet état que la proportion des malades était, sur 1000 soldats, de ;
74,6 dans les régiments de la N"'-Angleterre,
56,6 » des états du centre,
104,5 » des étals de l'ouest,
soit une moyenne générale de 90 sur 1000.
M. Elliott, membre de la Commission , nous donne, dans un travail présenté au Congrès international de statistique à Berliu;, l'état sanitaire détaillé des divers régiments pendant une période de quinze mois, s'étendant de juin 1861 à la fin d'août 1862. Cet état montre que le nombre des malades variait de 50,5 à 87,6 sur 1 ,000. Le taux général de mor-
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lalité élait, pour un effectif de 1,000 soldais, de 7'2, parmi lesquels 20 morts sur le champ de bataille ou des suites de leurs blessures, et 52 emportés par des accidents ou des maladies. Cette proportion est bien inférieure à celle qui a existé jusqu'à présent dans les armées européennes; elle n'est que le septuple de la mortalité annuelle qui règne sur la population civile des deux continents. 11 est important de noter tout particulièrement que, dans la multitude des maladies qui déciment les armées d'Europe et d'Amérique, la plus forte quantité appartient à la classe des maladies zygomatiques, lesquelles pourraient être prévenues par une hygiène rationnelle. Avant que n'éclatât la guerre civile actuelle, lorganisation militaire des Etats-Unis, comparée à celle des autres pays, était peu importante. Dès les débuts, la politique constante de la république américaine avait été généralement pacifique. Par l'influence de la déclaration de Monroe, le gouvernement des États-Unis, tout en protestant contre une intervention européenne dans le continent américain, se tenait en dehors des affaires de l'ancien monde, prévenant ainsi toute possibilité de conflit. Les chances de guerre étaient considérées comme Irès-éloignécs par les hommes d'état les plus prévoyants de TAmérique. On comprend qu'en pareille situation, il ne manquait, ni au sénat, ni dans la chambre des représentants, d'orateurs pour s'op-
T>S LA COÎMISSION SANITAIRE DES ETATS-UMS.
poser par principe à l'institution d'une armée permanente et à l'appropriation de fonds pour l'académie de West-Point, espèce d'Ecole Polytechnique fournissant aux Etals-Unis tous les officiers militaires. L'armée ne dépassait pas 20,000 hommes, chiffre beaucoup trop considérable suivant ces orateurs. De nombreux patriotes prétendaient môme que l'armée était une excroissance inutile et dangereuse du corps politique, et allaient jusqu'à en demander la suppression. De leur côté, les officiers, qui tous avaient reçu une éducation brillante, étaient animés d'un esprit de corps d'autant plus intolérant que leur cercle d'action était plus limité, eldans certaines fractions de la société, on leur reprochait d'afficher une apparenc'3 de présomptueuse aristocratie, indigne d'une république moderne.
Dans les états du Sud, il est vrai, le sentiment était tout autre, vu la nature différente des éléments sociaux. Là diverses académies, organisées sur le modèle de West-Point, donnaient une éducation militaire à leurs élèves et développaient dans les populations esclavagistes le goût de la parade et des aventures ; en même temps on veillait très-rigoureusement au maintien du système de la milice nationale. Mais dans les états du Nord, les institutions militaires étaient inconnues, et la milice n'existait que de nom. Le titre de général de la milice {7nilitia' gênerai) n'était qu'un sobriquet ridicule.