‹ La Commission sanitaire des États-UnisChapitre 40 sur 63 · DATES · texte numérisé non relu

DATES

Washington

15 août 1804

Susquebanna .

Oiiio

Est

Centre

Nord.

Tennessee • • ■

Cumberland

Missouri

6 août

Golfe du Mexique

Virginie et Caroline du Nord

15 août

Virginie occidentale. . . .

Sud

Nord-Ouest

Kansas

août

Pacifique

Arkansas

Les planches insérées dans ce volume feront comprendre, mieux que de longues desciiplions, le mode de construction des hôpitaux recommandé par

la Commission sanitaire des Etats-Unis et adopté par le gouvernement. Bien que ces ligures ne représentent qu'un seul genre de bâtiments, cependant elles peuvent donner une idée suffisante du système adopté. Les arrangements généraux sont partout les mêmes et les différences les plus notables consistent simplement dans la position relative des diverses constructions. L'idée première qu'on a réalisée dans tous les hôpitaux est de bâtir pour chaque salle un pavillon détaché n'ayant qu'un seul étage et contenant au plus soixante lits pour les malades. A une certaine distance des pavillons d'hôpital, s'élèvent les divers édifices nécessaires à la direction et au service ; c'est là que se trouvent les bureaux de l'administration, le réfectoire et la cuisine des malades, le réfectoire et la cuisine des employés, la blanchisserie, les magasins du commissariat et du quartier-maître, la salle des gardes, la morgue, les chambres des hospitalières, la chapelle, l'amphithéâtre, les écuries. Ces divers bâtiments sont tous réunis par des allées à arcades, couvertes et planchéiées. Le plan et la disposition des maisons doivent varier nécessairement suivant la nature et les accidents du sol. En certains endroits, les pavillons sont disposés en échelon sur deux lignes convergentes qui rappellent la forme de la lettre V, et dans ce cas le bureau de la direction occupe le sommet de l'angle, tandis que les autres construc-

lions sont réparties sur les deux ailes. Ailleurs, on a préféré bâtir les pavillons en cercle ou en ellipse, et le bureau central se trouve alors à l'extrémité de l'un des rayons. Le point essentiel est d'élever les bâtiments à des distances respectives assez considérables pour que l'encombrement soit impossible et qu'une ventilation parfaite des salles soit assurée. Entre toutes les rangées parallèles de constructions, on laisse un intervalle d'au moins dix mètres; de même, on a pensé qu'il était bon d'orienter les pavillons dans la direction nord et sud.

Les diverses dépendances de l'hôpital ne sont pas représentées dans les planches annexées à ce volume, mais ii ne sera pas inutile d'en donner une description rapide.

Le réfectoire des malades occupe un édifice ventilé par le haut et construit dans la forme d'un long parallélogramme. La cuisine, qui communique avec le réfectoire par le milieu d'un long côté, est partagée en deux compartiments inégaux, dont le plus grand sert à la préparation de la nourriture ordinaire et le moindre à la confection des plats supplémentaires. La cuisson se fait dans des fourneaux commandés expressément pour le service de l'hôpital. Le réfectoire est toujours assez large pouf offrir un nombre de places égal aux deux tiers de celui des lits.

La salle à manger et la cuisine des employés occu-

pent un pelit pavillon siliié près du bureau central de la direction.

La blanchisserie est en général un édifice composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage servant de dortoir aux femmes de service. Le toit doit être plat et garni d'un réseau de cordes sur lesquelles on peut étendre le linge.

Le magasin du commissariat est une maison à un étage; l'intérieur du rez-de-chaussée est distribué en compartiments et pourvu d'étagères où les provisions sont rangées avec le plus grand ordre; la viande et les autres objets qui pourraient se corrompre facilement sont placés dans une glacière annexée à l'édifice ; une chambre spéciale est réservée aux articles de vêtement. Le premier étage est disposé en logements pour les cuisiniers.

L'entrepôt des havresacs sert, ainsi que le nom l'indique, à l'emmagasinement de tous les effels personnels appartenant aux malades. Il contient autant de petites cases de 56 décimètres carrés qu'il y a de lits dans l'hôpital.

La salle des gardes est un édifice détaché où demeurent les gardiens de l'hôpital et qui comprend un dépôt pour les prisonniers.

La morgue, où sont exposés les cadavres, est pnrtagée en deux compartiments éclairés par en haut •et placés de manière à ne pas être vus des pavillons d'hôpital.

Oi LA COMMISSION SANITAIRE DES ETATS-UNIS.

Le quartier des infirmières est une maison séparée contenant chambres à coucher, réfectoire et cuisine. Là se trouvent aussi les appartements destinés aux daines qui viennent offrir leurs services pour le soin des malades et des blessés.

La chapelle, convenablement disposée pour la célébration du service religieux, peut également servir de salle de lecture et renferme une bibliothèque.

L'édifice destiné aux opérations chirurgicales comprend deux salles de 4"'50 de côté, dont l'une, éclairée par en haut, sert d'amphiihéâtre, tandis que l'autre, pourvue de fenêtres, renferme les objets nécessaires au pansement, etc.

L'écurie, où se trouvent les chevaux des employés de l'hôpital, renferme aussi les ambulances.

Quant à l'approvisionnement d'eau, il est assuré, autant qu'il est possible, par une machine à vapeur remplissant, au moyende pompes, un vaste réservoir. La machine doit être placée entre la cuisine et la blanchisserie, afin qu'elle puisse aider à la cuisson des aliments et mettre en mouvement les divers engins qui lavent et calandrent le linge.

Les dimensions de chaque salle d'hôpital son tassez considérables [our assurer à chaque malade plus de 27 mètres cubes d'air. En outre, un faux toit placé à i"',20 au-dessus de l'arête supérieure, active la ven-. tilation de l'édifice pendant la belle saison. (V. plan-

clielll, fig. 8). En hiver, les interstices du toit sont fermés, et l'on obtient le renouvellement de l'air au moyen de cheminées d'appel (V. planche 111, fig. 6). Chacun des quatre poêles qui chauffent la salle est muni à la base d'une ouverture qui donne libre accès à l'air pur et que l'on peut fermera volonté. Une cheminée recouverte de tôle, et large de 45 centimètres, descend à travers la charpente jusqu'à ^2*", 40 au-dessus du poêle, et reçoit le tuyau par lequel s'échappe la fumée et l'air vicié. (Dans la fig. 6, planche 111, l'appareil de ventilation se présente de face; dans la fig. 7 on le voit de côté.)

Les frais d'établissement de quelques-uns de ces hôpitaux se sont élevés à des sommes fort considérables; mais les résultats obtenus ont amplement dédommagé de toutes les dépenses. Ainsi l'hôpital, construit dans la partie occidentale de Philadelphie (West-Philadelphia), se compose de trente-quatre pavillons, larges de 7", 25, hauts de 4 mètres jusqu'à la naissance du toit, et variant en longueur de 45 à 75 mètres; l'ensemble des bâtiments contient 3, 124 lits. Les dépenses de construction, non compris l'aménagement intérieur, se sont élevées à un million de francs. Les médecins employés sont au nombre de 52 , et les infirmiers, cuisiniers et domestiques forment un bataillon de 464 personnes.

L'hôpital général de Philadelphie, disposé pour la réception de 3,320 malades, couvre une surface

de 50,100 mètres carrés. Le nombre des employés altachés au service de l'administration est de 62^2 ; les frais d'établissement ont dépassé 1,250,000 fr.

Citons un fait qui prouve combien le génie inventif et pratique des Américains s'est exercé pour tromper les ennuis de la vie d'hôpital. Dans plusieurs de ces établissements, les malades eux-mêmes ont fondé des journaux qui paraissent régulièrement. A Washington notamment, les convalescents de VArmory-Hospital\ qui contient un millier délits, ont eu l'idée d'acheter tout un matériel d'imprimerie et se sont mis à imprimer et à publier un journal hebdomadaire, dont tous les articles sont rédigés par des habitants de l'hôpital. Les dimensions de cette feuille, qui a pour titre : « tfie Arniory -square Hofipital Gazette y:) , sont un peu plus considérables que celles du Petit Jouniil, et les sommes reçues des abonnés sont versées dans la caisse de l'hôpital, au profit de tous les malades. Ce journal, qui d'ailleurs est très-bien fait et magnifiquement imprimé, compte une année d'existence.

Il serait difficile de se faire une idée complète des souffrances que cette admirable organisation hospitalière a déjà épargnées. D'après le témoignage du docteur Pringle, le célèbre chirurgien en chef des

* Hôpital de TArsenal.

MORTALITÉ DANS LES IlOriTAUX. 97

forces anglaises qui se fondirent à 1 expédition de Walcheren comme la neige sur le sol, « les hôpitaux doivent être rangés parmi les causes principales de la mortalité dans les armées. » Un éminent médecin français de la même époque déclarait que« les hôpitaux sont un fléau de la civilisation. » Et certes, ce langage ne pouvait pas être taxé de la moindre exagération, tant les hôpilaux militaires étaient déplorablement tenus. Même pendant la dernière campagne de Crimée, Miss Nightingale a constaté une effrayante mortalité des malades et des blessés. Le nombre des morts — 46,7 7o dans les hôpitaux de Sculari et de Kulali, en février 1855, — était presque aussi considérable que le nombre des guérisons. Toutefois cetle terrible mortalité fut arrêtée soudain, grâce à une réforme sanitaire immédiate, si bien que le nombre des morts ne s'éleva bientôt plus qu'à 2 ou 3 ^j^ des cas. Miss Nightingale nous apprend que « durant les sept premiers mois de la campagne de Crimée la mortalité des troupes s'est élevée à 60 7o pour les maladies seulement » , et que , « pendant les cinq derniers mois de la campagne, après l'organisation complète du système de mesures sanitaires, la mortalité des troupes ne dépassa pas le chiffre de H, 5 pour 1,000 ou de 1,1 7o P^^ ^^' ^^ ^^^ d'autres termes, le nombre des morts était devenu cinquante fois moindre, grâce aux réformes hygiéniques.

Les dangers, auxquels les hôpitaux de Sculari et de la Crimée doivent leur sinistre et terrible histoire, étaient également réservés aux élablissemenls hospitaliers des armées américaines si l'on n'eût pris immédiatement des mesures de précaution. Pour rétablir, il nous suffira de reproduire ici les paroles du docteur Hammond, qui était alors (été de 1861) aide-chirurgien, et qui depuis occupa longtemps le poste de chirurgien-général. En parlant des vingt et un hôpitaux du Maryland, qui dès le commencement de la guerre regorgeaient déjà de fiévreux emportés les uns après les autres par une effrayante mortalité, il s'écriait : a Je n'hésite pas à dire que cet état de choses n'a son pareil dans aucun endroit du monde civilisé, et que cet hôpilaP dépasse en horreur ceux qui furent Y opprobre des alliés pendant la guerre de Crimée. » Grâce à l'initiative de la Commission et à l'aide du gouvernement, cet état de choses se modifia bientôt, et maintenant les divers grands hôpitaux des Etats-Unis peuvent facilement soutenir la comparaison avec les plus beaux établissements de ce genre qui se trouvent dans le monde entier.

Les scènes décrites d'une manière si saisissante par le docteur Hammond n'ont de pendant que dans la partie d'un rapport du chirurgien-général des armées confédérées consacrée aux hôpitaux des pri-

* §itué près de Cumberland, dans le llaut-Maryland.

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