ETAT SANITAIRE DE L'ARMKE
chirurgien-général ne s'appliquent donc pas à l'armée entière, mais seulement à un certain nombre de régiments. Néanmoins, bien qu'il n'ait pas été possible d'établir l'état sanitaire pour l'ensemble des forces nationales, les renseignements authentiques ont été coordonnés pour un si grand nombre d'hommes, la quantité de régiments sur lesquels on a opéré est si considérable, que cette statistique médico-militaire est très-certainement la plus vaste et la plus complète qui ait jamais été dressée. Elle a été faite sous la direction spéciale de J. J. Woodward, aide-chirurgien dans l'armée des États-Unis, et s'applique à la période la plus défavorable de toutes, celle de l'ouverture de la guerre, alors que les troupes étaient presque entièrement composées de volontaires inexpérimentés, et que les officiers militaires et médicaux ne savaient encore faire observer ni les règles de l'hygiène ni celles de la discipline. La Commission sanitaire n'avait pas créé ses puissantes agences, qui ne fonctionnèrent d'une façon satisfaisante qu'au terme de la période indiquée. Ces statistiques doivent donc être acceptées comme un tableau des faits qui se répètent inévitablement au commencement de chaque guerre.
M. Woodward évalue le taux de la mortalité générale dans les armées des Etats-Unis, pendant cette première année de la lutte, à G76 par 10,000
hommes de force moyenne. Dans ce nombre, la mortalité provenant des seules maladies était de 504, et celle résultant do coups et blessures, de 172. Pendant dix-huit années de paix, la mortalité annuelle moyenne causée par les maladies seulement avait élé de 240 par 10,000 dans l'armée américaine. Dans la guerre des Etats-Unis contre le Mexique, elle a été de 1,038 par 10,000. Or, nous savons, en nous en rapportant aux chiffres insérés au commencement de cette brochure, que, dans l'armée anglaise, pendant la guerre d'Espagne contre Napoléon 1", la mortalité pour cause de maladies s'est élevée à 1,650, et durant la guerre de Crimée à 2,520 ; elle a été de 550 pendant les quinze années qui se sont écoulées de 1859 à 1855. Dans l'armée française, elle est actuellement, suivant le rapport du maréchal Randon, de 77,8.
Nous en concluons que la mortalité provenant de maladies a été beaucoup plus considérable, il est vrai, dans l'armée des Etats-Unis, durant la première année de cette guerre, qu'elle ne l'est dans l'armée anglaise en temps de paix; mais elle a été bien inférieure à celle qui eut lieu pendant les guerres du Mexique et de la Crimée.
Pour faciliter la comparaison, le docteur Woodward a classé dans ses tableaux les différentes armées américaines en trois séries correspondant avec les régions géographiques qu'elles occu-
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paient. La première division est formée des troupes opérant sur la côte de l'Atlantique, entre la mer et la chaîne des Apalaches, et comprend l'armée du Potomac et les divers détachements échelonnés sur la côte. La mortalité annuelle résultant de maladies était parmi ces troupes de 354 par 10,000 hommes de force moyenne. La seconde division comprend les troupes opérant dans le grand bassin central du continent, entre les chaînes des Apalaches et les montagnes Rocheuses ; aux corps réguliers d'armée sont adjointes les divisions éparsesdans les postes militaires dli Kansas, du Nebraska, du Nouveau-Mexique et du Nord-Ouest. La mortalité annuelle causée par les maladies est dans cette région alluviale, et par conséquent malsaine, de 821 ,9 par 10,000.
La troisième division est celle des troupes cantonnées sur le versant du Pacifique entre la mer et les montagnes Rocheuses. La mortalité pour cause de nnaladies y est annuellement de 107,6 seulement par 10,000. On voit que sur les côtes de l'Atlantique le taux de la mortalité était trois fois plus considérable que sur les rivages du Pacifique ; dans la grande région centrale arrosée par l'immense réseau fluvial du Mississipi, la mortalité était deux fois et demie plus forte que sur le littoral de l'Atlantique, et huit fois plus que sur le versant du Pacifique.
Cette faible mortalité est digne d'une attention
particulière; elle est à peine supérieure à celle allribuëe par les statisticiens anglais et américains aux jeunes hommes de cet âge dans la vie civile. Il est nécessaire de se rappeler qu'à cette époque les troupes de l'Orégon et de la Californie étaient placées dans des conditions qui se rapprochaient assez de l'état de paix. En effet, la grande marée de la guerre civile ne se lit pas sentir à l'ouest de la pacifique barrière des montagnes Rocheuses; mais la proportion indiquée étant bien inférieure à celle qui existait dans l'armée des Etats-Unis en temps de paix, il en résulte une présomption bien naturelle en faveur de la grande salubrité des côtes du Pacifique.
Malheureusement, les renseignements obtenus sur la proportion constante des malades pendant cette même période sont si imparfaits, que le chirurgiengénéral a dû renoncer à traiter cet intéressant sujet dans son rapport. Toutefois, il indique pour chaque mois le nombre de ceux qui sont tombés malades, et de ces tableaux il résulte que l'état maladif dans ces trois régions est proportionnel à la mortalité. Les fluctuations mensuelles de l'état des hôpitaux sont naturellement bien moins instructives que ne le seraient celles de chaque maladie spéciale. Toutefois, cette statistique est suffisante pour démontrer que, dans les derniers mois de la première année de guerre, une amélioration lente mais continue se