ETAT SANITAIRE M I/ARMEE
produisait dans les conditions hygiéniques de l'armée américaine.
On comprend que, pendant les deux dernières années de la lutte, les autorités médicales n'aient pas eu le temps de coordonner tous les détails qui leur sont parvenus sur l'élat sanitaire de l'armée, et, quand même elles auraient pu dresser des statistiques complètes, elles ne se sciaient pas senties autorisées à les publier. En effet, ces rapports auraient fourni à l'ennemi des renseignements trop importants en lui donnant la connaissance exacte de la force des troupes dans chaque division, le nombre précis des soldats mis hors de combat, de ceux qui restaient en ligne, etc. Toutefois, des informations sûres, glanées çà et là dans les publications de la Commission, nous présentent au moins quelques aperçus sur Tétat hygiénique de plusieurs coprps fédéraux. Bien que pour ces statistiques il ne faille pas appliquer aux différents corps d'armée l'adage ah uno dnce omnes^ les résultats acquis d'une manière positive pour certaines divisions nous donneront un repère pour juger des autres.
Vers la fin de 1803, le docteur Grane, un des inspecteurs de la Commission, présenta un rapport intéressant sur les conditions hygiéniques du corps d'armée commandé par le major général Banks, et
canlouné dans la Louisiane, région Irislement connue par la fréquence des cas de fièvre jaune.
«La santé de nos Iroupes est vraiment remarquable, écrivait ce médecin. Je n'ai jamais vu moins de cas de maladie dans une armée. Sur la liste des malades, nous ne comptons que 450 soldats sur 10,000, et si l'on y comprend tous ceux qui ont été envoyés à l'hôpital général depuis le i*"" octobre, on n'arrive qu'à un total de 540 sur 10,000. L'élat maladif le plus général et le plus intense est dans la division de cavalerie, obligée de faire le plus de gardes : une division de l'armée ne donne que 140 malades sui' 10,000 soldats. »
Dans le rapport de la Commission sanitaire pour l'année 1864, nous avons trouvé le résumé suivant sur l'hygiène de l'armée du département du Snd (Caroline du Sud, Géorgie et Floride) :
(( Après s'être engagée dans de laborieuses opérations de siège et avoir établi une ligne continue de postes et de retranchements sur les rivages dangereux, de Morris-Island et de Beaufort jusqu'à Saint- Augustin, la grande armée des volontaires qui occupent les entrées marécageuses de Charleston, de Savannah, de Brunswick, de Saint-John, n'a point été annihilée, ni même affaiblie, par l'insalubrité toute particulière du climat et les rigueurs de la vie
HYGIENE DE LWRMÉE FKDÉRALE DANS LE SUD. liô
(les camps dans celte région; à la fin d'une année de service, elle n'est pas atteinte de plus de maladies que n'en subissent les mêmes classes d'hommes poursuivant dans la vie civile le cours de leurs occupations et de leurs habitudes ordinaires. »
En janvier 1864, le docteur Marsh, observateur très-soigneux et l'un des inspecteurs les plus capables de la Commission, s'exprimait ainsi sur le compte de l'armée qui, sous les ordres du général Seymour, campait près de Jacksonville, dans la Floride : c( Les cas de maladies ont été réduits à un minimum presque sans exemple dans l'histoire des armées sous n'imporle quelle latilude. » Il parle en termes non moins favorables de la santé des troupes opérant devant Charleston : « Une réinspeclion minutieuse de la plupart des troupes dans ce département a été faite le mois dernier ; leurs besoins ont été constatés et satisfaits, leur hygiène a été étudiée en détail. Le pourcentage des maladies est très-peu considérable; mais des raisons militaires nous interdisent de préciser combien il est peu important. »
Dans le bref exposé qui précède, nous avons indiqué le système suivi par la commission et l'importance des résultats obtenus. Il ne sera pas hors de propos de donner ici quelque idée du nombre immense d'objets représentant des sommes
\U LA COMM[SSION SANITAIRE DES ÉTATS-UiNIS.
considérables que le peuj)le américain a généreusement envoyés dans les dépôts centraux et dans les succursales de la Commission. Il faut se souvenir que la guerre éclata au moment où la session des chambres législatives élait close, alors qu'aucune disposition légale n'avait été prise pour autoriser la perception de sommes destinées à subvenir aux nécessités imprévues. Mais chaque état, chaque district répondit à l'appel du président; de chaque colline, de chaque vallée accoururent les volontaires ; dans toutes les villes, dans tous les liameaux retentit le cri : Préparez-vous à la bataille! On n'attendit pas les fonds du gouvernement pour payer l'équipement des cent mille hommes qui se précipitaient vers le théâtre de la lutte. Chacun porta son offrande, une partie de sa fortune ou de ses épargnes sur l'autel de la patrie, et tous, donnant un exemple de désintéressement public qui ne fut jamais surpassé, si toutefois il a été égalé, s'abstinrent de demander le moindre avantage en retour. Une évaluation, faite par le New-York Herald, au commencement de 1862, des sommes apportées spontanément par les patriotes pour l'équipement des régiments et leur transport sur le champ de bataille, donne un total s'élevant à un milliard de francs! somme qui, nous le répétons, fut donnée librement, par bonne volonté, et sans la moindre suggestion de la part du gouvernement.
BUDGET DE L.\ COMMISSION. Ii5
Il n'est donc pas étonnant qu'un peuple qui sait prodiguer ses ressources avec lant de générosité pour armer ses défenseurs, n'ait pas hésité non plus à les soutenir de la manière la plus libérale. La gloire de la Commission sanitaire est d'avoir réalisé son œuvre magnifique sans avoir reçu du gouvernement le moindre écu. Le dernier rapport annuel, arrêté au 1" octobre 1864, constate qu'à ce moment les divers articles envoyés par les femmes américaines s'élevaient déjà au nombre de plusieurs millions, ayant une valeur collective qui n'a pas été estimée à moins de 46 millions de francs. A ces articles doivent être ajoutées les nombreuses contributions en espèces, qui s'élèvent à la somme de 18,550,000 francs. Cet énorme total, auquel depuis cette époque se sont ajoutés encore d'autres millions, a été recueilli, grâce surtout à l'exemple contagieux donné par les grandes ventes et les expositions industrielles qu'inaugura la ville de Chicago. Nous en avons déjà parlé. La vente de Cincinnati produisit 1 ,400,000 francs, celle de Brooklyn, au mois de mars 1864, 2,100,000 francs, celle de New-York, en avril, 7 millions, et celle de Philadelphie, en juin, près de 6 millions.
D'ailleurs, le fleuve de charités n'était pas alimenté uniquement par des sources américaines. Des succursales ont été établies à Londres et à Paris sous la direction de citoyens des Etats-Unis bien
connus dans ces capitales. Les rècetles encaissées â la branche succursale de Paris, et obtenues presque exclusivemenl d'Américains résidant en Europe, montaient, au commencement de 1864, à la somme de 239,000 francs. Les contributions adressées à la branche de Londres se sont élevées à 160,000 francs \
Ces résultats financiers, qu'on les considère dans leur ensemble ou dans leurs détails, révèlent un sentiment de générosité qui fait honneur à la race humaine. Certainement ils devraient stimuler un esprit d'émulation dans tous les pays du monde où l'on sait apprécier des actes de dévouement. Mais ce qui ajoute le plus d'éclat aux résultats financiers obtenus par la Commission est le fait que le total des frais de distribution n'a pas atteint 4 pour cent.
1 Voir YOEuvre cVun grand peuple, par J. N. P. Paris, 1864.