SCÈNE XIII
POPAREL, MARITON.
POPAREL, k part.
Il y a une chose qui me gêne un peu... c'est que je n’ai jamais été témoin de ma vie.
MARITON, à part.
Je ne connais rien à tout cela... je vais laisser faire le capitaine.
POPAREL, à Mariton.
Voyons ! nous voilà seuls... qu’est-ce que nous disons ?
MARITON
Après vous, capitaine...
POPAREL, se retourne comme pour chercher quelqu'un, puisse rappelle
et dit à part.
Ah I oui I c’est moi ! (Haut.) Je crois que nous devons d’abord bien nous pénétrer de noire mission. Quelle est notre mission?
MARITON
Parbleu I c'est de les faire battre.
POPAREL.
Oui. (A part.) Il est carré, ce garçon là. (Haut.) 11 serait peut*
être bon de connaître un peu la cause de ce duel... la savezvous?
MAIUTON.
Moi 1 non^ capitaine...
POPAREL.
Diable!.., moi non plus 1
MARITON
Après ça, ça ne nous regarde pas... ces messieurs désirent s’aligner...
POPAREL.
C’est juste... ils doivent avoir leurs raisons pour ça... écartons ce premier point... 11 s’agit de savoir maintenant quel est l’offensé.
Oh ! ça, ça m’est égal... Youlez-vous que ça soit le vôtre?
POPAREL.
Pardon... c’est très-imporiant pour le choix des armes !
MARITON
Les armes!... puisque c'est nous qui les choisissons!
POPAREL.
C’est juste! puisque c’est nous... (A part). 11 connaît son affaire. '
MARITON
Voyez-vous... le principal... ce sont les 500 francs.
POPAREL.
Oui!... lleinî... quels 500 francs?
MARITON
Je ne sais pas. .. 11 m'a dit, tâche d’obtenir les 500 francs.
POPAREL.
Mon Dieu ! mon cher Monsieur Je ne me crois pas suffisainmeni autorisé à traiter la question des 500 francs... réservons ,1a...
MARITON
Je veux bien, réservons-la.
POPAREL.
Reste maintenant un deuxième point à traiter... Y a t-il lieu oui ou non à arranger l’affaire?
MARITON, faisant la moue.
Oh!
POPAREL.
Enfin, nous sommes là dans notre rôle de témoins... car au tremenljc n’y liens pas plus que vous... je vous dirai môme que je n’ai jamais assisté à un combat singulier... et je serais bien aise de voir ça.
MARITON
C'est comme moi... je n’ai accepté que pour ça.
POPARKL.
Ah! ce doit être un spectacle bien émouvant... Voir deux hommes nus jusqu’à la ceinture.
AtARITON, se frotlant les mains.
Oh 1 oui... Oh I oui...
POPAREL.
Cependant l’intérêt de nos plaisirs, doit céder le pas aux devoirs de l'humanité... Voulez-vous que nous essayons une petite tentative de conciliation ?...
' MARITON, trèï-froiJ.
Oh!
POPAREL.
Au moins, comme ça notre conscience sera à couvert.
' Essayons ! mais pas longtemps...
POPAREL.
L’injure est grave... elle doit être grave !
MARITON
Oh ! très-grave l
, POPAREL.
11 ne m'appartient pas de vous demander des excuses... mon ., partenaire n’en fera pas... ce serait une lâcheté... cependant, si le cœur vous en dit...
MARITON
Ahl capitaine! que me proposez-vous?...
POPAREL.
Peut-être qu’une note... rédigée avec ménagement...
MAniTON.
Jamais ! ce serait le déshonocur! ..
Très-bien ! alors, vous comprenez, monsieur, qu’une injure aussi grave... ne peut rester sans réparation... nous avons fait tout ce qu’il était humainement possible de faire... les choses suivront leur cours... '
MARITON, remoniant.
,Kt Dieu pour tous!
POPAREL*.
11 me semble que ça va bien !il ne nous reste plus qu'à déterminer l’heure du combat et le choix des armes.
MARITON, Sii frollaul les mains.
C’est ça... déterminons.
POPAREL.
Quant à moi, jç désire que ce spectacle... (Se reprenant.) que ce duel ait liju le plus tôt possible... et que tout soit fini à cinq heures moins un quart, à cause de Victorine.
MARITON
Ça m’arrange... j’ai de l’ouvrage à reporter.
POPAREL.
On se battra à Vincennes... C’est dans mon quartier.
MARITON
Moi, j’ai affaire barrière du Trône.
POPAREL.
Quant aux armes...
MARITON
Ah 1 il y a un combat que j’aimerais bien à voir... les deux adversaiies prennent chacun ie bout d’un mouchoir dans lèurs dents... cl ils se flanquent des coups de couteaux.
POPAREL, naivemeui.
Tiens ! ça doit être gentil ! Oh ! non, c’est trop cruel !... Qu’estce que nous voulons! nous distraire un polit momenl... sans que cela fasse dé mal à personnel...
• Uariton, Poparel. -
MARITON
Alors l’épée...
POPAREL.
Ah! non, ça fait de mauvais trous... et puis, souvent les témoins sont obligés de sucer la blessure... c'est pénible.
MARITON
Prenons le pistolet.
POPAREL.
Ah! non! le pistolet... on ne voit rien... fust...la balle pa<se, l’homme tombe et c’est fini I non ! il faut trouver quelque chose qui dure un peu.
MARITON
Au fait, quand on se déplace...
Qu’est-ce que vous penseriez du sabre? Voilà une arme ! Ça ne fait que des coupures...
MARITON
Et la pointe?
POPAREL.
On ne se servira pas de la pointe... nous défendrons la pointe.
MARITON
C’est qu’un coup de sabre... ça peut vous abattre le nez.
POPAREL.
Nous défendrons lo nez! nous sommes les maîtres, ainsi... on ne se touchera ni dans la tôle, ni dans les bras, ni dans la poitrine, ni dans le ventre, ni dans le dos.
M.VRITON.
Eh! bien! où se touchera- t-on?
POPAREL.
Dam I il reste les jambes.
MARITON
Très-bien ! ça devient un jeu d’adresse ..comme les quilles...
rOPAREL.
Do cette façon, nous nous amuserons honnêtement... en sauvegardant les intcrôs sacrés de rbumanité... Sommes-nous d’accord ?
HARITON.
Oui, capitaine... (Se froiiant les mains.) Ail ! je suis très-content ! Il rrmonle.)
POPAREL. remonlant.
Maintenant, rappelons les combattants, et faisons-leur part du programme... et pas de cconessions... dites comme moi.