SCÈNE III
CLARA, JULIE, CËSARINE, pub POPÂREL.
CLARA
Une ouvrière de moins... quel contretemps!... un jour où nous sommes si pressées... (Aux ouvrières). Ce chapeau avancet-il?
CÉSARINE
On le pousse.
Je l’ai promis ce malin pour une messe de mariage... (On sonne.)
JULIE
On sonne...
CLARA
Ab! mon Dieu !'je parie qu'on vient le chercher I
POPAREL, entrant par la porte du fond.
Mesdames... je vous demande un million de pardons... (U va poser son parapluie dans le coin, à droite.)
CLARA, à part. ^
Quel est ce monsieur ?
Poparel, Clara.
POPAREL.
J':ii vu un écriteau... et je viens pour visiter l'appartement. (Tirant un mètre de sa poche). Ne VOUS dérangez paS.
CLARA; aux ouvrières qui regardent Poparel.
Quand vous resterez là, le nez en l'air!
POPAREL qui a mesuré la part e gauche du salon.
Ceci est le salon... voulez- vous permettre? (il remonte la scène en comptant ses pas.) Un, deux, trois, quatre, cinq, six.
CLARA, le regardant.
Qu’est-ce qu’il fait?
POPAREL.
Six mètres de long... sur... voulez-vous permettre? (U ar^nte la scène dans l’autre sens.)'Un, deux, trois, quatre, cinq... et six... (A Clara*.) Il est carré... c’est un salon carré. Maintenant, voyons la chambre à coucher.
CLARA, brèvement.
Elle n'est pas faite! ma chambre n'est pas faite!
POPAREL.
Oh ! ça m'est égal... je sais ce que c'est...
CLARA
Non, Monsieur, j’ai prévenu le concierge que je ne voulais pas laisser visiter l'appartement avant onze heures... il n'en est que dix.
POPAREL.
Puisqu'on m'a laissé monter.
CLARA
On a eu tort ! pas avant onze heures! je suis dans mon droit.
POPAREL.
Très-bien, Madame.. .je n’insiste pas... (A part.) Elle est désagréable, cette dame ! (Tirant sa montre.) Allons, j’ai encore une heure à attendre. (il va s'asseoir machinalement devant la cheminée.’*^*)
CLARA, à part.
Comment ! il s'installe?
POPAREL, à Clara.
Ceci est la cheminée?
* Clari, Poparel.
*' Poparel, Clara.
CLARA
Probablement.
POPAREL.
Tire-t-elle bien ?.. c’est très-important, (il se baisse et cherche à regarder dans la cheminée.)
CLARA
Ah! çà, Monsieur, est^ce que vous allez rester là?
POPAREL, ha'ssé.
Le tuyau est bien étroit... vous êtes obligée de faire ramoner à la corde ?
CLARA
Il ne s’agit pas de ça... je vous demande si vous comptez rester là?
POPAREL, se relevant.
Mais vous m’avez prié d’attendre jusqu'à onze heures...
CLARA
Je vous ai prié de revenir à onze heures... ce n'est pas la même chose.
POPAREL.
Alors, vous me renvoyez, Madame... vous me chassez î
CLARA
Je ne vous chasse pas, mais...
POPAREL, allant pour prendre son parapluie.
Très-bien, Madame, je me retire, je me retire... mais vous me permelirez de vous dire... sans acrimonie , parce que vous êtes une femme,. . sur le retour...
CLARA vexée.
Monsieur !
POPAREL.
Vous me permettrez de vous dire que vous ne montrez pas toulé la bienveillance qu'on se doit... entre gens qui cherchent des appartements !
CLARA
Mon Dieu, Monsieur, j’ai une commande très-pressée... et depuis que vous êtes entré... ces demoiselles n'ont pas fait un point!
* Clara, Poparel.
DE VICTOBINE
POPAREL.
' Ah! ce sont vos ouvrières... (Les saluant.) Elles sont charmantes... l’air très-décent.
CLARA
Je les choisis^ Monsieur.
POPAREL, regardant le chapeau sur le guéridon.
Tiens, vous confectionnez des chapeaux., depuis quinze jours je me làie pour en acheter un...
CLARA
Vous ? (Cesarine et Julie se lèvent et s’approchent de Poparel.)
rOPAREL.
Ce n’est pas pour moi... c’est upe surprise que je voudrais faire à Victorine... ma bonne... ou plutôt ma dame de compagnie, ma lectrice... car c’est elle qui me lit la Patrie tous les soirs... seulement, comme elle est Alsacienne, elle prononce Batrie, chournal di soir l Eh bien 1 on s’y fait !
LES FEMMES, riant.
Ahtahlah.’
POPAREL
Ne riez' pas... elle fait très-bien la cuisine.
CLARA
Alors c’est votre cuisinière...
MPAREL.
C’est-à-dire... c'est ma cuisinière... oui... en ce sens qu’elle fait ma cuisine... mais nous mangeons ensemble... je l’admets à ma table... en tout bien tout honneur... (Les ouvrières font un geste d’incrédulité.) Car je VOUS prie de croire, mesdemoiselles, que jamais rien... quoiqu'elle soit très-gentille... une petite boulotte... voulez-vous voir sa photographie? je l’ai fait faire...
CÉSARINE et JOLIE.
Oui ! voyons !
CLARA
C’est inutile, mesdemoiselles... travaillons ! (Elles se remettent
à l’ouvrage.)
POPAREL, à Clara.
Le photographe l’a fait revenir cinq jours de suite... sans moi... il prétendait que Je la faisais liouger...
CLARA; à part.
Quel insupporlable bavard ! (haut.) Voyons, Monsieur, dépêchons-nous.
POPAREL.
Oui... vous êtes pressée... donc je voudrais un chapeau... Viclorine ne m'en a jamais parlé... mais je vois bien qu’elle en a envie... et puis quand nous nous promenons... c’est gênant... elle est en bonnet... je ne peux pas lui donner le bras... alors nous marchons à côté l'un de l'autre, les bras ballants ..
CÉSARINB , bas à Julie.
Il doit être bon avec son Alsacienne !
POPAREL.
Ce n'est pas par fierté, c’est à cause de mes relations.. - de ma clientèle...
CLARA, impatientée.
Mais, Monsieur...
POPAREL.
Oui, VOUS êtes pressée... (Montrant un chapeau sur la table de gauche.) combien celui-là?
CLARA, prenant le chapeau sur le champignon.
120 francs...
POPAREL.
Oh ! c’est trop cher ! je voudrais quelque chose de bon marché... qui. fasse de l’efiet... (Montrant un autre chapeau.) Tenez, ce petii-là I
CLARA , même jeu.
Il est de soixante-dix francs.
POPAREL.
Oh ! c'est trop cher !... et en ôtant les fleurs ?
CLARA
Soixante-cinq.
POPAREL.
Et en ôtant les rubans?
CLARA, à part.
Il ne re.-tera plus rien. (Haut.) Cinquante-huit.
POPAREL.
Non... ce n’est pas encore dans mon prix... après ça vous en aurir'zun qui ne serait pas tout-à-fait neuf... ça me serait égal... et iiictne je le préférerais...
CLARA
Comment ?
JULIE, bas à Césanne.
Tiens ! j’ai envie de lui vendre mon vieux I
POPAREL.
Parce que un chapeau... en train... prouve qu’on a l’habitude d’tn porter... Tandis qu’un neuf... on peut croire que c’est le premier. — Combien ce petit vilain là-bas? (il désigne celui placé sur le guéridon i droite.)
CLARA
Quarante-cinq francs!
POPAREL.
Trop cher!... Tenez, je vais vous dire tout de suite mon prix... Il me faudrait quelque chose dans les vingt à vingt-cinq francs.