‹ La communauté des maitres chirurgiens de PoitiersChapitre 16 sur 19 · ENREGISTREMENT DU SERMENT DES SAGES-FEMMES · texte numérisé non relu

ENREGISTREMENT DU SERMENT DES SAGES-FEMMES

L'an... b... du mois de.../ N. N. (noms, surnoms de la sagefemme) femme (ou veuve) de N. N. (les noms, surnoms et profession du mari) de cette Paroisse, a été reçue pour exercer l'office de sage-femme et a fait serment entre mes mains, suivant la forme prescrite par le Rituel. En foi de quoi j'ai signé le présent acte les jours et an que dessus.

C'est ainsi que, le 6 août 1786, le curé Desmeurs enregistre, à Bonnes, les nominations faites à l'issue des vêpres, « en présence d'une affluence de peuple, de Marie Charenton, veuve du sieur Urbain Roy, chirurgien de ce bourg, et de Marie Espin, veuve de Pitois des Vigeaulières, sur cette paroisse, munies toutes les deux de bons certificats et de leurs lettres de maîtrise en bonne et due forme » (1). En conséquence, il les reçoit pour exercer l'office de sage-femme et leur fait prêter serment entre ses mains, selon le rituel du diocèse.

Les sages-femmes restent sous la surveillance des curés des paroisses ou de leurs supérieurs. Le 28 octobre 1731, le chanoine d'Armagnac, trésorier de Saint-Hilaire de

(1) Reg. par. de Bonnes.

Poitiers, lors de sa visite à l'église de Neuville, demanda au desservant si les matrones « estoient instruites et, en cas de besoin, pouvoient baptiser (1) ». « On nous a répondu qu'ouy », ajoute-t-il.

Les sages-femmes accomplissent invariablement les prescriptions de l'Eglise à cet égard, comme il est facile de le constater par la lecture des registres paroissiaux. Le 4 mai 1715, on enterre à Sainte-Radegonde le fils de Jean Courtin, qui a reçu le baptême « sous la chaise », c'est-à-dire en naissant (2). Le même fait se présente le 11 janvier 1741 (3). Enfin, quand le danger de mort est moins pressant, elles préviennent l'un desprêtres de la paroisse qui s'empresse d'administrer lui-même le sacrement (4). C'est ce qui avait eu lieu, le 23 janvier de l'année précédente. Un vicaire de la paroisse de Saint- Michel s'était rendu au domicile de l'enfant pour procéder à cette cérémonie. Quand le nouveau-né doit être baptisé au bout d'un certain temps, il est indispensable d'abord de l'ondoyer. Une matrone huguenote joua le mauvais tour de ne point le faire au fils d'Antoine Besnier (5). Ce dernier nous raconte qu'il eu! toutes les peines pour en obtenir l'absolution, un tel cas en étant réservé aux évêques.

Les sages-femmes restent, en tout temps, soumises à certaines prescriptions qui émanent de la police Le 1er juillet 1652, le Conseil municipal ayant constaté que de nombreux enfants étaient, aussitôt nés, exposés dans la ville,

(1) Arch. Vienne, G. 1001.

(2) Reg. par. Saint-Michel.

(3) Reg. par. Saint-Paul.

(4) Reg. par- Saint-Michel.

(5) Arch. Vienne, fonds des Arch. hist . du Poitou (Camille Jaumier).

et soupçonnant la complicité des matrones, arrête « que pour obvier à de tels désordres, deffenses seront faittes à touttes sortes de personnes de retirer en leurs maisons, ne ailleurs, aulcunes femmes et filles non mariées, pour icelles accoucher, sans en donner advis à monsieur le maire, sur peine de punition corporelle et de devenir responsables desd. petits enfants (1). Ce qui sera publié par les cantons de la ville ».

Aussitôt en possession du droit de police sur la ville de Poitiers, nous voyons le présidial prendre, le 29 janvier 1700, une ordonnance du même genre. Il défend aux matrones d'accoucher les femmes et filles mal famées, sans en avoir donné avis aux juges de police en exercice, et cela, sous peine de punition corporelle et de demeurer responsables de la nourriture des enfants (2). Cette ordonnance est renouvelée, le 17 juillet 1702, avec adjonction d'une amende de 500 livres, puis, pour la dernière fois, le 10 juillet 1733.

C'est en vertu de ces prescriptions que, le 14 janvier 1701, Catherine Serreau, sage-femme au faubourg de Saint- Saturnin, vient dire à la police que Perrine Tobine, ancienne servante dans une famille riche, est venue chez elle mettre au inonde un enfant (3). Cette femme, âgée de 25 ans, n'hésita point à donner le nom du père.

Les accouchements clandestins n'étaient point rares autrefois : Guillaume Bouchet raconte que pour sauver l'honneur d'une femme, une matrone fut amenée la nuit avec les yeux bandés afin d'en recevoir l'enfant (4). L'opé-

(1) Reg. dél. mua., n° 103, p. 359.

(2) Arch. Soc. Ant. Ouest.

(3) Arch. Vienne, Gref. police du présidial.

(4) Guillaume Bouchet, 23e série.

ration terminée, on la paya, puis elle retourna dans les mêmes conditions qu'elle était venue. Nous pourrions citer le fait de la fille d'un juge au présidial qui en eut trois de la sorte, baptisés dans l'église Saint-Savin en présence de deux pauvres (1). Les nourrices chargées de les élever étaient également introduites dans la maison, les yeux bandés, et s'en retournaient de même, jusqu'aux portes de la ville.

Des sages-femmes sont désignées spécialement pour examiner les enfants exposés. Elles doivent en indiquer le sexe, l'âge approximatif et faire la description des linges et vêtements qui les entourent (2). A partir du xvme siècle, celle qui est attachée à l'Hôtel-Dieu remplit seule cet office.

Le prix des accouchements ne semble point avoir été jadis fort élevé. Le 20 août 1663, le présidial accorde 9 livres à Marie Carré qui a procédé pendant trois jours et trois nuits à l'accouchement des trois enfants de Marie Macé (3). Elle obtient 3 livres pour chacun d'eux, ce qui est peu, étant donné une opération aussi délicate.

Les matrones attachées à l'Hôtel-Dieu reçoivent 5 livres chaque fois que leurs services y sont nécessaires. Elles ont droit à la même somme quand on leur confie des femmes inscrites à l'Assistance publique (4). Ce tarif

(1) Min. Royer, notaire. Les accouchements de ce genre donnèrent lieu à des scandales et obligèrent le maire de Poitiers à prendre, le 18 mai 1827, un arrêté pour y mettre ordre et empêcher les sages-femmes d'abuser de l'article 378 du Code pénal qui leur interdisait de dévoiler les secrets qu'on leur confiait.

(2) P. Rambaud, «l'Assistance publique à Poitiers » (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. V, 3e série.)

(3) Arch. Vienne, Gref. civil du présidial.

(4) Arch. hôp.

baisse au début de la Révolution, car, en 1792, on ne leur donne plus que 3 livres (1). Il est semblable à celui déjà adopté, en 1790, par le Dépôt de mendicité.

Nous ne reviendrons pas sur les appréciations peu flatteuses dont furent l'objet les matrones de la campagne plutôt que celles de la ville. Le 6 ventôse an VIII, le chirurgien Fleurant Jarriau déclare que, dans tout son canton, celle de Chauvigny est seule capable, ayant suivi les cours à Poitiers. « Les commères doivent, ajoute-t-il, se livrer à l'ignorance et à l'impéritie de quelques femmes sans titres et sans expérience (2). Les sages-femmes de Poitiers souvent au contact avec les chirurgiens les voient opérer, ce qui leur permet d'acquérir de sérieuses connaissances professionnelles. Dans les cas graves, elles peuvent les appeler à leur aide. C'est pourquoi il ne nous a point été donné de rencontrer une seule appréciation malveillante pouvant les concerner. »

(1) Arch. Vienne, L. 265.

(2) Mi, L.210.

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