‹ La communauté n'est plus une utopie conséqences du procés des communistes, par l'un des condamnésChapitre 1 sur 6 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Point de vue légal, plùlosophique et social.

Comment la n'-alite pourait-ollc apparaître *nn i opposition ? lorabre épouvante les tyran» !

Jugex! jngft toujours!.... La terre ne tourne

pas de par vos arrêts '

(GuMiK.)

Toute justice émane du roi. C'est la Charte sine quâ non , la Charte imposée et acceptéede mil huit cent trente qui l'a dit, d'après son aînée, la Charte octroyée de mil huit cent quatorze. Est-ce un bien, est-ce un mal?.... La Charte en question et ses filles, les lois de septembre, assurent à tous les Français la liberté d'avoir leur opinion sur ce sujet, à la condition expresse, sous les peines les plus rigoureuses, de ne la manifester ni de vive voix, ni par écrit, ni par signes, ni en public, ni en particulier, ni à plusieurs, ni à un seul. Vive la liberté!....

Moi qui expérimente depuis longues années déjà la manière dont le pouvoir a résolu de me traiter, lors môme qu'il ne peut me prouver que j'aie enfreint aucune

des lois qu'il nous donne, je me garderai bien de conlrevenir à celles-ci, qui s'expliquent d'une façon aussi peu équivoque. Je me contente donc, pour toute réponse, de dire à mes concitoyens : lisez cet écrit ; méditez-le sérieusement, et obéissez ensuite à la Charte et aux lois de septembre, aussi longtemps que vous jugerez prudent et sage d'en agir de la sorte.

Mais il est une autre loi non moins vérité que la Charte elle-même, quoiqu'elle n'ait été l'objet du serment de personne. J'ouvre ce code, dont il ne fut jamais donné pouvoir aux gouvernants les plus audacieusement despotes, ni à leurs suppôts les plus serviles, d'altérer la lettre sacrée, et j'y lis : Toute équité réside dans le peuple.

L'équité est donc le plus impérieux des devoirs du peuple, comme elle est le plus sacré de ses droits : c'est son patrimoine éternel. Il a pu, par les différentes révolutions politiques ou sociales qu'il a faites ou subies, changer ou détruire ses gouvernants, étendre ou diminuer le pouvoir qu'il leur donne ou leur laisse prendre, rejeter un Dieu inconnu pour en adopter un absurde, oublier une langue parlée depuis des siècles pour parler une langue nouvelle et sans valeur, transformer enûn de fond en comble ses lois, ses croyances, ses mœurs et ses usages; mais il n'a jamais ni pu ni voulu abdiquer le droit imprescriptible de juger ceux qui se sont crus ses maîtres et ses juges; pas plus qu'il n'a pu changer le soleil éternel qui l'éclairé, ni renoncer à ses bienfaits. Quand sa vengeance a pulvérisé les trônes, quand son mépris a brisé les idoles et renversé les autels, quand il a anéanti toutes les œuvres des générations passées, son tribunal est resté debout au milieu des ruines, monument impérissable de con pouvoir souverain sur tout ce qui n'est pas par lui et

n'est plus une utopie. 5

pour lui, et de son impuissance à porter atteinte à la perpétuité transmissionneile des principes qui président à sa conservation.

La suprême justice du peuple a souvent changé de formule; elle n'a jamais interrompu son cours, même pendant les époques où l'art du despotisme a déployé toutes ses ruses pour l'égarer ou toutes ses violences pour l'intimider. Lorsqu'elle ne peut flétrir par le châtiment , elle flétrit par le ridicule; et celui qu'elle a marqué du sceau de sa réprobation marche fatalement à l'infamie. Aussi s'inquièle-t-elle peu d'atteindre corporellemcnt le coupable, persuadée que ni la distance des lieux, ni la dislance des temps, ni l'oubli même delà tombe, ne sauraient priver le condamné innocent du bénéûce de la réhabilitation qu'elle lui réserve, pas plus que préserver le juge coupable du châtiment dû à la lâcheté de sa conscience. Et, lorsque son arrêt est rendu déûnilif et authentique, il n'est pas un homme de cœur qui ne préférât le sort de la victime à celui du bourreau.

Qui voudrait, de nos jours, avoir été un des juges de Socrate, des Gracques, deJeanlïuss, deCampanella, de Galilée, de Calas et de tant d'autres victimes égorgées à la fureur de la jalousie, de la cupidité, de l'ignorance, du fanatisme et de la tyrannie , par des lâches vendus au service de ces exécrables monstruosités , ou subjugués par elles.

Hommes qui jugez, à quelque titre que ce soit, êtesvous toujours bien pénétrés du compte rigoureux que vous rendrez de vos actes, et de la terrible responsabilité que vos fonctions font peser sur votre tête?... Avez-vous bien présente à l'esprit, lorsque vous pesez les raisons de l'accusation et celles de l'accusé, cette vérité incontes-

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