‹ La communauté n'est plus une utopie conséqences du procés des communistes, par l'un des condamnésChapitre 2 sur 6 · G LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

G LA COMMUNAUTÉ

table que , si l'injustice de citoyen à citoyen est une lâcheté, l'injustice de juge à citoyen est le plus lâche de tous les assassinais?... Savez-vous que vous avez commis un crime exécrable toutes les fois que, par haine ou par ordre, vous avez condamné l'innocent, quelle que soit d'ailleurs la peine que vous lui avez infligée?... Savezvous qu'en parcourant la longue liste des tortures et des châtiments qui sont mis à votre disposition pour punir le coupable, vous n'avez rencontré aucun châtiment assez terrible , aucune torture assez cruelle pour vous être appliquée, à vous , si vous vous êtes rendus coupables vousmêmes par la punition de l'innocent?... Savez-vous que la nation tout entière, au milieu de laquelle vous jugez, est représentée par l'accusé qui comparaît devant vous, car la justice étant le premier besoin des hommes vivant en société, tous les membres de la société sont solidairement responsables de l'exécution de la loi; et que, si vous violez la loi au détriment de Pierre, Paul a autant de droit que Pierre lui-même de vous traiter d'assassins, parce que rien ne lui répond qu'il ne partagera pas demain le sort que vous avez fait à Pierre aujourd'hui; vous avez donc tué sa sécurité, le plus précieux des biens que procure la société?... Savez-vous que, lorsque vous avez condamné l'innocent, la nation tout entière vous crie : vous avez menti! Oui, vous avez menti lâchement, vous qui avez employé au triomphe du mensonge l'autorité qui vous est accordée pour le triomphe seul de la vérité?... Et ne venez pas dire, pour excuse, que votre conscience a vu autrement que celle de l'opinion publique. Lorsque vous êtes sur vos sièges de juges, vous n'avez plus de conscience qui vous soit propre : votre conscience est écrite dans la loi; et votre conviction doit naître en pu-

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blic, comme naissaient autrefois les héritiers présomptifs de la couronne, alors que l'on croyait de quelque importance de ne point souffrir que des bâtards montassent sur

le trône. Et lorsqu'il est démontré que vous avez menti en même temps et à la loi, et à l'opinion publique, et à votre propre conscience, vous avez fait une victime qui sera plainte et glorifiée tôt ou tard, et vous n'êtes plus, vous, que de vils assassins, voués à l'exécration de l'humanité, dont vous avez violé les droits les plus sacrés. Ainsi le veulent les lois éternelles de l'équité, ainsi le veut la suprême justice du peuple, dont la vôtre subira éternellement le contrôle.

Hommes qui avez prononcé l'arrêt du 10 juillet 1841, vous le voyez, nous comprenons toute l'importance de votre ministère; nous avons comparu devant vous avec la conscience de noire droit et de votre devoir. Avec la conscience de notre innocence, nous avions la conviction que le crime seul flétrit, et non le châtiment.

Voilà les sources où nous avons puisé le calme que nous avons toujours conservé devant vous, malgré les longues tortures préventives qui nous avaient été si arbitrairement infligées; malgré le langage mensonger et illogique de l'accusation, dont il nous a fallu entendre, sans mot dire, les imputations les plus fausses et les récriminations les plus étrangères à la cause. Je dois dire aussi : malgré la surprise que nous a causée votre arrêt, puisqu'il y en a parmi nous, comme je le démontrerai dans cet écrit , contre lesquels l'accusation n'avait pu préciser aucun fait qui eût rapport à la prévention; puisque les hommes de science, reconnus pour être les plus consciencieux et les plus éclairés, d'accord avec les organes de toutes les opinions indépendantes, avaient déclaré

hautement, après avoir pris connaissance de cetle étrange poursuite, qu'une condamnation était de toute impossibilité!...

Quoique nous croyions ne les avoir nullement encourues, nous sommes loin de nous plaindre des souffrances nouvelles que votre sentence est venue ajouter à celles que nous avions déjà subies. Beaucoup de gens vertueux s'empressent de nous protester qu'elles nous assurent un titre de plus à leur estimoet à leur amitié; sous ce rapport, nous vous remercions d'avoir jugé ainsi. D'autre part, nous connaissions assez l'histoire, lorsque nous avons entrepris notre tâche, pour ne pas ignorer que des tortures de toutes sortes seraient infailliblement la condition de notre apostolat, et, dans cette persuasion, nous avons porté défi à des souffrances bien plus cruelles encore que celles que vous nous avez infligées. Nous ne voulons donc ni grâce ni vengeance; mais l'origine de votre conviction est, pour nous, un problème dont nous croyons avoir droit de chercher la solution.

Cetle recherche, d'après les principes éternels dont je viens d'établir la formule, principes que nul homme de bien ne peut méconnaître, est autant dans l'intérêt de la société que dans le nôtre propre. Celte raison toute-puissante nous fait un devoir rigoureux de nous y livrer avec ardeur et sans passion. Nous promettons, sur tout ce que nous avons de plus cher et de plus sacré, de remplir fidèlement notre engagement.

Juges, vous n'êtes plus que nos égaux devant le tribunal auguste qui va nous entendre! Ici, la vérité parlera sans crainte et sans détours, car nous sommes disposés à tout souffrir pour elle; mais nous n'oublierons point votre caractère de magistrats, et nous respecterons

n'est plus unb utopie.

votre dignité d'hommes, comme nous eussions voulu voir respecter la nôtre , dans d'autres circonstances. Silence et respect ! voici notre souverain!... le Peuple!..,

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