ARMAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR
BOI Dl BICBSLIKU, 61
Tom droits réterrés.
Notre intention n'est pas, en publiant ce liTre, de faire Thistoire approfondie de la phase sinistre que nous venons de trayers^. Nons sommes trop Toisins de la tour»
mente pour en voir avec netteté et en juger impartialement les causes. Du reste, Thistoire, sisiyette déjà aux erreurs, n'aura peut^tre jamais manqué aussi complètement
d'éléments certains pour établir son jugement; et, au milieu de C6S ruines et de ces désastres de toute nature, que de recherches et d'années il lui faudra pour réunir les matériaux nécessaires f
Kn outre, il est bon, crojrons*nouS| que tout honune de raison se conforme jusqu'à nouTel ordre, dans ces tristes
circonstances, aux sentiments exprimés par M. Louis
Blanc, dans la réponse qu'il adressait à un de ces journaux
toigonrs mieux disposés pour les Tainqaeurs que pour les vaincus, fe Figaro :
€ Monsieur,
€ Je lis dans un article signé de toqs que le parti républicain lionnôte est en droit d'attendre de moi une protostation contre les abominations dont Paris a été le théâtre et layietime.
< Cette observation me surprend.
€ Quel honnête homme pourrait, sans se manquer de respect, se croire obiigé d*ayertir le publie que l'incendie, le pillage et l'assassinat lui font horreur? Je m'estime assez, monsieur, pour juger que, de ma part, une pareiiie déclaration est par&itement inutile.
« Aussi bien, quand l'indignation publique est si légitime et si grande, il n'est que trop dans la nature des partis de faire tourner cette indignation au profit de leurs ressentiments ou de leurs calculs ; il ne faut pas les j aider, de peur que, la colère se mettant à la place de la justice, les innocents ne soient enveloppés dans le châtiment des coupables.
« Vous n'ignorez pas, monsieur, que, dans les tribunaux, le silence des assistants est de rigueur, tant il est vrai que le devoir de chacun est de se taire quand le juge va parler.
« Agréez, monsieur, toutes mes civilités.
€ LOUIB BLANC. »
Notre tftche se bornera donc à énumérer les fitits ao-
complis depuis le 18 mars et à tracer le tableau des ruines qu^oht laissées les fureurs de la guerre civile dans cette malheureuse ville si fière, il 7 a quelques mois encore, de ses richesses, et qui semble punie, par une sorte de justice divine, de son orgueil aveugle et de ce luxe qui devait lui être fatal. De ce tableau seul ressortira un enseignement; et
ui^u\^cù by Googl
ii le cb&Umeiit est proportionné h la fiiute, combien criminel a dû être notre pays en renonçant pendant dix-hnit
ans à ses devoirs politiques pour ne songer qu'à ses intérêts matériels, et en faisant l'abandon entre les mains d'an aventorier couronné de tons ces droits d'éternelle justice qne conservent pieusement et défendent jusqu'à la mort au besoin les peuples ayant le respect d'eux-mêmes.
Dans une droolaire en date du 6 juin 1871, adressée aux agents diplomatiques de la République, circulaire que nous reproduisons plus loin, M. le ministre des affaires étrangères a cherché à établir les causes de rinsurrection du 18 mars.
n tend à prouver comment la population parisienne était
prédisposée au désordre, et c'est, suivant lui, à Terapire qu*il faut faire remonter la responsabilité des faits épouvantables qui viennent de s'accomplir.
Comme lui nous croyons les éléments bonapartistes capables de se glisser partout où il y a désordre, infamie et crime : sans préjugés, sans scrupules» sans honte d'aucune espèce, ce parti, puisqu'il existe, ne doit reculer devant aucun moyen pour revenir au pouvoir ; il a fait ses preuves : la partie la plus criminelle dans les événements de juin 1848 a été son œnvre; jusqu'à preuve contraire, nous n'hésiterons pas à croire qu*il a joué un rôle immense dans les criminelles et douloureuses journées de mai 1871 : en suivant l'itinéraire dos incendies de nos monuments, ne dirait-on pas qu'ils naissent et s'étendent sous le soufide bonapartiste : Ministère des Finances, Cour des Comptes, Tuileries, Hôtel de ville ne renfermai en t-ils pas de ces documents pouvant dévoiler les turpitudes impériales, et qu'il était bon d'anéantir à jamais? Et le banquier Jeeker, qui avait intérêt à l'arrêter comme otage et à le faire périr comme tel? U savait bien des choses sur Texpédition du Mexique, il avait bien des secrets à révé^ 1er; il allait le faire, disait-on; à qui son silence était-il nécessaire i
La lettre suivante ne laisse-t-elle pas entrevoir la lu-
iniôre à ce sujet? elle a été adressée au journal la Gironde^ par M. CïkéTOUf ex-^joint au deuxième arroudissement da Paris, un de ceux qui ont eu l6 courage d^organiser la résistance contre le Comité ceutral.
« Bordeauxi 28 mai.
« Monsieur le rédacteur, « En TOUS voyant avec juste raison désigner comme
agents bonapartistes les Vermorel, Vallès, Clément, Arnold, etc., il me vient à Tidée de vous communiquer qu'alors que nous étions en guerre avec le Comité central, nous fîmes cinq ou six cents arrestations et désarmements, parmi lesquels plusieurs agents de r ex-préfecture de police impimk, brigade de sùrHé Lagrange, les fidèles de tiétrù
€ Reconnus par M. Duban, commissaire de police da quartier d'Amboise, chargé de r instruction, leur déclara^' timnelaisie niU doute de leur présence au milieu des insurgés pour le e(mpie de Napoléon,
c Veuillez agréer, etc.
Parmiles individus arrêtés et conduits à Brest, plusieurs ont été reconnus comme des agents bonapartistes de vieiUe date : on peut citer entre autres un nommé Orai, qui avait participé à l'évasion du', prisonnier de Ham, et recevait depuis lors une forte pension de celui dont le règne devait avoir pour la France une issue si fatale, et le colonel Parent, qui signa si volontiers les ordres d'incendie, fut toujours connu comme bonapartiste acharné.
Certes, parmi ceux qui ont pris la téte du mouvement après la journée du 18 mars, plusieurs, purs de tout bonapartisme, mais aveuglés, hélas ! par la passion politique, an point de dire, après nous, l'incendie et la ruine do Paris, dépourvus assez de sens poUtique pour ne pas voir que de semblables crimes blessaient rWA presque mortellement, ont pu, rendus furieux par la défaite, donner les
ordres les plas désespérés : nous le savons : le corps datf fuséens, c'est-à-dire des incendiaires, était prêt pour son ^v uTre Binistre depuis plusieurs jours, et le 16 maii Tarrété satyant était placardé sur les murs de Paris :
< Le membre de la Commune délégué aux services p' blics,