‹ La Commune 1871: le coup d'état du 18 marsChapitre 2 sur 14 · ARRÊTE · texte numérisé non relu

ARRÊTE

€ Tonales dépositaires de pétrole ou autres huiles minérales, devront, dans les quarantc-buit heures, en faire la déclaration dans les bureaux de l'éclairage situés place de rHôtelHle-Vme» 9. »

Cette affichOi en apparence anodine, était signée des ingénieurs Caron et PeTroutoUi et du membre de la Corn-

munc Jules Andrieu.

Sur Deiescluze, dit-on, on trouva Tordre suivant :

< Le citoyen Milliôre, à la téte de 150 fuséeus, incendiera les maisons suspectes et les monuments publics de la rive gauche.

€ Le citoyen Dereure, avec 100 fuséens, est chargé du 1^' et du 2* arrondissement.

< Le citoyen Biilioray, avec 100 hommes, est chargé des 9", 10* et 20° arrondissements.

€ Le citoyen Vésinier, aTOC BO hommes, est chargé spécialement des boulevards, de la Madeleine à la Bastille.

« Ces citoyens devront s'entendre avec les cheà de barricades pour assurer Texécution de ces ordres.

€ Paris, 3 prairial an 79.

€ DBLBSCLUZB, RÂaÈRE, RÀNVIBR, JOHANNARBi

TÉSINI£R, BRU^SL, POMBROWSKI. »

Le 21 mai au soir, on prétend avoir entendu le môme Delescluze dicter la lettre suivante adressée à M. Thiers ; cette lettre est-elle parvenue à ea destination?

€ Moiuienr^

« Si à 8 heures demain matin Tos troupes ne sont pas € sorties de Paris , ja xaets le feu aux quatre coins de la «▼Ole.

€ DBLB8CLXJZB. »

Voilà des preuYes bien écrasantes, sans contredit : oui, ces malhenrenz eroyant effirajer d'abord le pouvoir réga* lier, pais arrêter Tattaque, deyinrent criminels et ne reculèrent plus devant rien ; mais qui les poussait? qui profitait de cette énergie féroce, de cette impitoyabiUté de sectaire qui ne répugne pas aux violenoes, et croit que le bien peut sortir du mal? qui avait intérêt il compromettre encore la République et à la faire glisser dans le crime pour amener Toubli d'une honte toute récente i Doue, nous le répétonsi Vér lément bonapartiste a joué son rôle dans ces saturnales funèbres : M. Jules Favre a raison de le déclarer. Mais il y a eu des causes premières à la colère populaire et le ministre a négligé de les indiquer* Que nVt-il rappelé les proclamations si confiantes du Gouvernement de la défense nationale qui écliauffèrent en Tain Tentliousiasme ? Cette déclaration si fhaiche et si patriotique : c Ni un pouce de notre territoire, ni une pierre 4e nos forteresses » quVt-elIe amené? L'armistice de février et la paix, quelle paix! après la défense de Paris, défense patiente, résignée et qui aurait pu être héroïque et triomphante. Que n*a-t-il rappelé aussi lemaintienau pouvoir des homimes du 4 septembre, les sentiments anti-républicains ouvertement déclarés de l'Assemblée de Versailles, la nomination du général Valentin à la préfeetnre de police 'et la suppression en un seul jour de six journaux? Puis enfin la tentative do désarmement de la garde nationale ourdie dans Tombre et maladroitement conduite : tout cela n'a-t-il pas largement contribué à la naissance de ce mouvement terminé dans le sang et sous le coup de violences sans nom, mais dont les débuts n'avaient rien d'inaTouable f

M« Jules Favre accuse violemment aussi dam saeirenlaire

TAssociation internationale des travailleurs : « Elle a pour base, dit-il^ rathéiame et le commanisme, la destruction

du capital et l'anéantissement de ceux qui possèdent; pour moyeu la force brutale du plus grand nombre qui écrasera tout ce qui essayera de résister* »

Les doctrines de PAssociation internationale sont peu connues et mal définies; loin de nous la pensée de les défendre ; xnais il faut remarquer que les membres de Tin*» temationale étaient en minorité dans la Commune, que Ton ne connaît pas encore la part qu'ils ont prise dans la formation du Comité central de la garde nationale ; qu'il est certain que la minorité dont ils étaient les che£s a voté contre rétablissement du Comité de salut public et autres mesures du même genre, et qu'ils s'étaient publiquement séparés de la Commune peu de jours avant sa chute.

La Prusse, il n'y a pas à en douter, a trempé aussi dans ces horreurs : is fecit cm //rodes t. M. de Bismark avait trop d'avantages à tirer de nos discordes civiles pour ne pas les fomenter : le chancelier n'avait-il pas étalé son plan avee cynisme devant le parlement allemand?

Les passages do la lettre suivante que l'on dit avoir été adressée par Karl Marx, Tex-grand chef de rinternationale à Tun des personnages de la Commune ne montrent-ils pas d'une manière évidente les menées prussiennes dans ce drame?

<c Berlin, 28 avril 1871.

€ Mon cher C.».,

« Le mouvement de Paris, magnifique en principe, me semble prématuré quant à son explosion... La Commune de Paris, assiégée par Thiers et Jules Favre, est fatalement condamnée à succomber, si un mouvement irrésistible de la province ne vient la débloquer, moralement surtout.

« Or, les travailleurs français sont encore les moins intelligents de tous nos affiliés. Plutôt que de devoir leur éman- , cipatioa à une apparence de secours de Tétranger, surtout J

de l'Allemagne, ils préféreraient rester sous Todieux esclavage du capital.

€ Et puis, en admettant que Paria réuaaisBe, ^ ce qui est peu probable, — à vaincre seul l'armée de la réaction, qu'en résulterait-il t Ceci :

€ Bismark, qui, j suia eonTainon, Toit d'an œil lavi la guerre civile achever ce qu'il a si bien commencé, la ruine . de la France ; — Bismark, « qui n*a laissé armée la garde «nationale parisienne qneparee qu'il savait qu'elle contenait € des éléments de discorde capables de fidre inconsciemment «le mal qu'il ne pouvait ou n'osait faire lui-même, » Bismark ne manquerait pas d'intervenir à nouveau, et Tannée prussienne se chargerait de la « pacification de la France. »

€ Vous comprenez ce que cela signifierait : une seconde édition de l'infortunée Pologne.

« Communiquez mes vœux et mes appréciations à uos amis et méfiez- vous prudemment des faux frères : Assi, bien que des nôtres» m'inspire plus particulièrement des doutes : il est habile, mais trop habile.

< A vous de co&nr ,

€ KABL MARX. »

En effet, pendant nos luttes intérieures, Bismark avait posé son ultimatum, c'étaient de nouvelles exigences, de nouvelles garanties et, s'il le fallait, le bombardement de Paris par les forts du Nord et de l'Est; et c'est lÀ une des erreurs criminelles de la Commune d'avoir oublié le voisinage de cet ennemi impitoyable, qui, après l'avoir poussée, aidée peut-être, n'aurait pas souffert son triomphe. i

Due autre coupable, c'est la bourgeoisie, qui lAchement ftvait abandonné Paris sous le coup de craintes , de terreurs exagérées au début. Si elle était restée à son poste au lieu I de fuir et d'aller transformer Versailles en un Coblentz, les | choses anraient été tout autres. Et que fiusaient-ils à Versaillesi ces membres de la haute bourgeoisie i Prenaient-ils

le fasil pour venir reconquérir leurs places et leurs droits ( Non, ils goumlbnent comme ils l'auraient fait sur les boulevards de Paris, écrasant de leur mépris Tempire, qui les a enrichis, se proclamant légitimistes, orléanistes, républicains au besoin, silaRépublique devait leur rendre leur stalle à rOpéra, la tranquillité de Paris, le calme qui fait revivre les affaires, résolus à être tout plutôt que bonapartistes, bien qu'ils aient voté otii d'enthousiasme dans les plébis*cites. — L'empire nous a ruinés, il nous a énervés ; il a fait la guerre malgré qous, une guerre folle et désastreuse. Voilà ce que c'est que de placer les destinées d'un pays dans la main d'un seul homme. Ainsi parlaient-ils, et, peu après, jugeant d'un ton grave la situation, ils semblaient ne plus savoir ni où ils allaient ni ce qu'ils voulaient, de la monarchie on de la République, critiquant tout et concluant (/l'on ne peut vivre plus longtemps dans Tanarcliie, et qu'il faut une main de 1er pour tout sauver.

Aussi, comme, plus tard> au moment de la répression, ils se montrèrent féroces! C'était de la vengeance qu'il leur fallait, non pas de la justice: ils se vengeaient d'avoir eu peur.

Ces réflexions faites, nous reproduisons ici la circulaire de M. le ministre des affaires étrangères :

Versailles^ le 6 juin 1871.

Monsieur, la formidable insurrection que la vaillance de notre armée vient de vaincre, a tenu le monde entier dans de telles anxiétés, elle Fa épouvanté par de si efTroynbles forfaits^ qîi'il me semble nécessaire de dominer T horreur qu elle inspire, pour essaya de démêler les causes qui l'ont rendue possible. Il importe que vous soyez éclairé sur ce point, afîn de pouvoir rectifier des opinions erronées, mettre les esprits en garde contre de fâcheuses exagérations et provoquer partout le concours moral des hommes sensés, honnêtes, courageux, qui veulent résolùmenl restaurer le principe de l'autorité en lui donnant pour base le respect des lois^ la modération et la liberté.

Quand on a été témoin des catastrophes que nous avons traveisées» k première impulsion porte à douter de tout, hors de la force qui, apparaissant comme le remède suprême, semble par cela

même être le seul principe vrai. Mais, la fumée du combat n'est pas encore dissipée que chacun, interrogeant sa conscience, y trouve le guide supérieur qu'on n'abandonne jamais en vain et auquel tous nous sommes ramenés quand nous Tayons sacrifié à la violence de nos passions*

Cette fois, la leçon est tout ensemble si éclatante et si terrible, qu'il faudrait une singulière dureté de cœur pour se refuser à en admettre l'évidence. La France, comme on le répète trop légèrement, n'a point reculéi elle n'est pas davantage en proie à une sorte d'haUndnation foriense; eUe a été, par nne série de fautes volon* taires, jetée en dehors des voies du juste et do vrai. Elle subit aujourd'hui la plus cruelle et la plus logif4ue des expiations.

Qui peut nier, en effet, que l'acte du Deux-Décembre et le système qui en a été la consécration n'aient introduit dans le sein de la nation un élément actif de dépravation et d'abaissement? En ce qui concerne plus particulièrement la ville de Paris, il n'est pas un esprit sérieux qui n'ait compris et préditles inévitables malheurs que préparait la violation audacieuse de toutes les règles économiques et morales, conséquence inévitable des travaux à outrauce nécessaires à l'existence de l'empire. On peut se reporter à de récentes discussions et l'on verra avec quelle précision étaient dénoncés les périls que contestaient intrépidement les trop dociles approbateurs de ces erimineUes folies. Paris était condamné parle régime que lui avait fait le gouvernemeul impérial à subir une crise redoutable ; elle aurait éclaté en pleine paix : la guerre lui a donné les caractères d'une horrible convulsion.

U n'en pouvait être autrement : en accumulant dans l'enceinte de la capitale nne population flottante de près de trois cent mille

travailleurs, en y multipliant toutes les excitations des joui^sFances faciles et toutes les souffrances de la misère, l'empire avait organisé un vaste foyer de corruption et de désordres où la moindre étincelle pouvait allumer un incendie. 11 avait créé un atelier national alimonté par une spéculation fiévreuse, et qu'il était impossible de licencier sans catastrophe.

Quand il commit le crime de déclarer la guerre, il appela sur Paris la foudre qui devait l'écraser cinq semaines après. Nos armées

étaient détruites et la grande cité restait seule en face des huit cent mille Allemands qui inondaieni notre territoire.

Le devoir de la résistance animait toutes les ftmes. Pour le

remplir à Paris, il fallut armer sans distinction tous les bras ; l'ennemi était aux portes, et sans cette témérité nécessairej ii les aurait franchies dès son premier choc.

n fallut aassi nourrir tous ceux qui manquaient de travail^ et le nombre en dépassa six cent mille. CTest dans ces conditions périlleuses que commença le siège. Nul ne le croyait possible.

On annonçait que la sédition livrerait la ville au bout de quel* ques semaines; la ville a tenu quatre mois et demi malgré les privations» malgré les rigueurs d'une saison cruelle^ malgré le bom^ bardementy et la famine seule Ta obligée à traiter. Mais nui ne saurait dire la \ ioleace des perversions morales et physiques auxquelles cette malheureuse population fut en proie. Les exigences dû vainqueur y mirent le comble. A l'humiliation de la défaite vint se joindre la douleur des sacrifices qu'il fallait subir.

Le décuuragement eL la colère se partagèrent les âmes. Nul ne voulut accepter son malheur et beaucoup cherchèrent leur consolation dans rinjusticc et dans la violence. Le déchaînement de la presse et des clubs fut poussé jusqu'aux dernières limites de l'ex* travagance* La garde nationale se désagrégea. Un grand nombre de ses membres, chefs et soldats^ quittèrent Paris.

Coupé en deux par le réunion de l'Assemblée à Bordeaux^ le gouvernement restait sans force. Il en aurait acquis par sa translation à Versailles^ si les agitateurs n'avaient choisi ce moment pour allumer rinsurrection.

N'ayant à leur opposer que quelques régiments à peine organisés, le gouvernement couvrit l'Assemblée et commença la partie terrible qu'U a définitivement gagnée, grâce surtout à k sagesse^ à la fermeté) au dévouement sans bornes de son chef. 11 fallut, de tous les obstacles réunir une armée assez nombreuse pour assiéger les forts . et Paris, et les réduire; contenir l'étran^ier toujours disposé à intervenir, calmer les impatiences légitimes de l'Assemblée, déjouer les intrigues qui se nouaient chaque jour, pourv(rir, sans Trésor, à d*4d&oyables dépenses de guerre et d'occupation étrangère. Que de fm le problème n'a-t-il pas semblé insoluble à ceux qui avaient reftrayàule mib:3iou de le résuudie ? Que de fois, amis et emiemis.

leur répétèrmil-ils qu'ils y suocombenient! Ib n'ont pas désespéré,

ils ont suivi la li^nie de leur devoir.

Les prisonniers qui gémissaient en Allemagne sont rentrés; au lieu du repos^ auquel ils avaient tant de droits, ils ont trouvé la péiil et le sacrifice. La patrie le commandait; tous» depuis le plus illustre jusqu'au plus humble» ont obéi. Ils. ont de nouveau prodigué leur Tie à la défense du droit, et Tentreprise que leurs rivaux jugeaient impossible, ils l'ont accomplie. Les forts de Tenccinte ont été pris d'assaut, et la rébellion^ poursuivie pied à pied^ a succombé dans son dernier repaire.

Mais à quel prix, grand Dieu! L'historien ne pourra le raconter sans épouvante. La plume tombera plusieurs fois de ses mains quand il faudra qu'elle retrace les hideuses et sanglantes scènes de cette lamentable tragédie, depuis l'assassinat des généraux Lecomte et Clément Thomas jusqu'aux incendies préparés pour embraser tout Paris, jusqu'à l'abominable et lâche massacre des saintes victimes fusillées dans leurs prisons.

Toutefois l'indignation et le dégoût ne peuvent arrêter les hommes politiques dans raccomplissementdu devoir d'investigation que leur imposent de si extraordinaires forfaits.

Les détester et les punir n'est point asses. Il iaut en rechercher le germe et l'extirper.

Plus le mal est grand, plus il est essentiel de s'en rendre compte et de lui opposer la coalition de tous les gens de bien.

Je viens d'expliquer sommairement comment l'état général de la ville de Paris constituaitj par lui-même^ une prédisposition au dés* ordre et comment il s'était aggravé dans les proportions les plus

menaçantes par l'anarchie du siège.

Un petit groupe de sectaires politiques avait, dès le 4 septembre, tentée heureusement en vain, de profiter de la confusion pour s'emparer du pouvoir; depuis il n'avait cessé de conspirer.

Représentant la dictature violente, la haine de toute supériorité, la convoitise et la vengeance, ils furent dans la presse, dans les réunions, dnns la garde nationale, des artis;^ns audacieux de calomnies, de provocations et de révolte. Vaincus le 31 octobre, ils se servirent de l'impunité pour se gloriûer de leurs crimes et en teprendre l'exécution le 22 janvier. Leur mot d'ordre fut la Commune de Paris, et, plus tard, après le traité des préliminaires, la fédération de la goxde autiuaaie.

Avec une rare habileté^ ils préparèrent une organisation anonyme et occulte qui bientôt se répandit sur la cité tout entière. C'est par elle que, le 18 mars, ils saisirent le mouvement qui d'abord semblait n'avoir aucune portée poMlique. Les élections dérisoires auxquelles ils procédèrent ne forent peureux qu'un masque; maîtres de la force année, détenteurs de ressources immenses en munitions, en artillerie, en mousqueteric, ils ne songèrent plus qu'à régner par la terreur et à soulever la province.

Sur plusieurs points du territoire éclatèrent des insurrections qui, un instant, encouragèrent leurs coupables espérances. Grèce à , Dieu, elles furent réprimées ; néanmoins, dans plusieurs départe-

' ments, les factieux n'attendaient que le succ ès de l'aris, mais Paris demeura le seul clianipion de la révolte. Pour entraîner sa malheureuse population, les criminels qui siégeaient à THôtel de ville ne I Kculèrent devant aucun attentat Ils firent appel au mensonge, à ! la proscription, à la mort. Ils enrftlèrent les scélérats tirés des pri- ' flons, les déserteurs et les étrangers. Tout ce que TEurope renferme d'impur fut eonvoqué. Paris devint le rendez-vous des perversités du monde entier. L'Assemblée nationale fut vouée aux insultes et à la vengeance.

Cest ainsi qu'on parvint à égarer un grand nombre de citoyens et que la dté se trouva sous le joug d'une poignée de fanatiques et

de malfaiteurs. Je n'ai pointu détailler leurs crimes. Je voulais seulement montrer par quel concours de circonstances fatales leur règne honteux a été possible. Ils se sont emparés d'une population déshabituée du travail, irritée par le malheur, convaincue que son 0iuveniement la trahissait; ils l'ont dominée par la terreur et la fourberie. Ils Tout associée è leurs passions et à lourd forfaits; et, quant à eux, enivrés de leur éphémère pouvoir, vivant dans leur vertige, s'abandonnent sans frein à la satisfaction de leurs basses convoitises, ils ont réalisé leurs rêves monstrueux et se sont abîmés comme des héros de théâtre dans la plus épouvantable catastrophe qu*il ait été dimné à l'imagination d'un scélérat de concevoir.

Voilà, monsieur, comment je comprends ces événements qui confondent et révoltent et qui paraissent inexplicables quand on ne les étudie pas attentivement. Mais j'omettrais un des éléments essentiels de cette lugubre histoire si je ne rappelais qu'à côté des jaco* bins parodiâtes qui ont eu la prétention d'établir un système politique^ il faut placer ieâ chefs d une société, maintenant tristement

célèbre^ qu'on appeOe VïntmiaHomlêf et dont l'action a peut-être

été plus puissaule que celle de leurs complices, parce qu'elle s'est appuyée sur le nombre, la discipline et le cosmopolitisme.

L'Association internatioDale des travaiUeim est certainement Tune des plus dangereuses dont les gaumnements aient à se préoccuper» La date de sa formation est déjà éloignée. On la fait ordinairement remonter à l'ezpodtion de 4802. Je la crois plus ancienne. Il est naturel et légitime que les ouvriers cherchent à se rapprocher par rassociation, 11 y a plus do quarante ans qu'ils y songent, et si leurs eiïorts ont été contrariés par la législation et les tribunaux^ ils n'en ont pas moins persévéré aTec constance. Seulement^ dans les dix dernières années, la sphère de leur action s'est singolièrement étendue et leurs idées ont pris un caractère dont il est permis de s'iuquiéter. Gomme l'indique le litre même de leur association, les fondateurs de l'Internationale ont voulu eilacer et coxilondre les nationalités dans un intérêt commun supérieur.

On pouvait croire tout d'abord cette oonceptioQ uniquement inspirée par un sentiment de solidarité et de paix.

Les documents olliciels démentent complètement cette supposition. L'Internationale est une société de guerre et de haine. Eiie a pour base l'athéisme et le eommunisme^pour but la destruction du capital et l'anéantissement de ceux qui le possèdent, pour moyen la force brutale du grand nombre qui écrasera tout ce qui essayera de résister.

Tel est le programme qu'avec une cynique [audace les cheiÎB ont proposé à leurs adeptes : ils font publiquement enseigné dans leurs congrès, inséré dans leurs journaux. Car, en leur qualité de puissance, ils ont leurs réunions et leurs organes. Leurs comités fonctionnent en Allemagne, en Belgique, en Angleterre et en Suisse. Us ont des adhérents nombreux en Russie, en Itahe et en £spagne. Gomme une vaste franc-maçonnerie^ leur société enveloppe l'Europe entière*

Quant à leurs règles de conduite, ils les ont trop de fois énoncées pour qu'il soit nécessaire de démontrer longuement qu'elles sont la négation de tous les principes sur lesquels repose la civilisation,

« Nous demandons, disent-ils dans leur feuille offidell^ du 25 mars i869, la législation directe du peuple par le peuple, l'abolition

du droit d'hérédité individuelle pour les capitaux et les instruments

de travail^ l'entrée du sol à la propriété collective*

« L'alliance se déclan athée, dit le conseil général de Londres, qui se constitue en juillet i8C9 ; elle veut raboiition des colles, la substitution de la science à la foi, et de la justice humaine à la justice divine, l'abolition du mariage.

« .*« £Ue demande avant tout l'aboUtlon du droit d*héritage^afin qu'à revenir la jouissance soit égale à la production de chacun, et que, conformément à la décision prise par le dernier congrès de Bruxelles, la terre, les instruments de travail, comme tout autre capital, devenant la propriété collective de toute la société>ne puissent être utilisés que par les travailleurs^ c'est-à-dire par les associations agricoles et industrieUes. »

Tel est le résumé de la doctrine de l'Internationale, et c'est pour anéantir toute action comme toute propriété individuelle, c'est pour écraser les natious sous le joug d'une sorte de monarchisme sanguinairCi c'est pour en faire une vaste tribu appauvrie et hébétée par le conmiuniame que des hommes égarés et pervers agitent le mond^ séduisent les ignonnts et entraient après eux les trop nombreux sectateurs qui croient trouver dans la résurrection de ces inepties économiques des jouissance)^ sans travail et la saLisIaction de leurs plus coupables désirs.

Ce sont là, en effet, les perspectives qu'ils étalent aux yeux des gens simples qu'ils veulent tromper: « Ouvriers de l'univers, dit une puUication du 29 janvier 1870, organisez-vous, m vous vou-* lez cesser de bouilrir de l'excès de fatigue ou de privations de toutes sortes. 9

«Par l'Association internationale Ses travailleurs^ Tordre, la science, la justice remi&ceront le désordre, l'imprévoyance et l'ar- I bitraire. » '

I « Pour nous, est-ii dit ailleurs, le drapeau rouge est le symbole de l'amour humain universel : que nos ennemis songent donc à ne pas le transformer contre eux-mêmes en drapeau de la terreur* » I En présence de ces dtations^ tout commentaire est inutile. L'Eu- ' n)pe est en face d'une œuvre de destruction systématique dirigée contre chacune des nations qui la composent, et contre les principes mêmes sur lesquels reposent toutes les civilisations. I Après avoir vu les coryphées de Tlnternationale au pouvoir^ elle I n'aura plus à se demander ce que valent leurs déclarations pacii fiques.

Le dernier mot de leur système ne peut être que reffroyabie des-

potismc d un petit nombre de chefs s'imposant à une multUutI courbée sous le joug du communiâmes subissant toutes les servi tudes^ jusqu'à la plus odieuse^ celle de la conscience, n'ayant plo ni foyer, ni champ^nî épargne, ni prière, réduite à un immense ate lier, conduite par la terreur, et contrainte administrativament i chasser de son cœur Dieu et la famille.

C'est là une situalion grave. Elle ne permet pas aux gouvernements l'indifférence et l'inertie. 1!» seraient coupables, après le< enseignements qui viennent de se produire^ d'assister à la ruine de toutes les règles qui maintiennent la moralité et la proq^érité dea peuples.

Je TOUS invite donc, monsieur, à étudier avec l'attention la plus minutieuse tous les faits qui se rattachent au développement de l'Internationale, et à faire de ce sujet le texte d'entretiens sérieux aTec les représentants officiels de l'autorité . Je vous demande à cet égard les observations les plus détaillées et la vigiiance la plus exacte. La prudence conseille de ne pas se décider à la légère ; par là môme elle commande de ne négliger aucun moyen de s'éclairer.

Les questions sur lesquelles je provoque vos investigations touchent à des problèmes difficiles, et qui depuis longtemps ont agité le monde. Leur solution complète dans Tordre de la justice supposerait la perfection humaine, qui est un rêve, mais dont une nation peut plus ou moins se rapprocher.

Le devoir des hommes de cœur consiste à ne jamais désespérer ni de leur temps, ni de leur pays, et à travailler, sans se laisser décourager par les déceptions, à faire prévaloir les idées de justice*

Si ce devoir est lo nôtre, comme je n'en doute pas, si c'est seulement par son accomplissement sincère et désintéressé que nous pouvons réparer les maux de notre malheureuse patrie, n'est-ii pas urgent de rechercher les causes qui ont permis atix erreurs profes- : séespar la Société internationale un â rapide et si funeste empire sur les ftmes ?

Ces causes sml nombreuses et diverses et ce n'est pas par les i châtiments et la compression seulement qu'on les fera disparaître. Introduire dans les lois les sévérités que réclament les nécessités sociales et appliquer ces lois sans faiblesse, c'est une nouveauté à laquelle il faut que la France se résigne. Cest pour elle une affaire de salut. Muid elle serait imprudente et coupable si| en même

temps^ elle ne travaillait pas éncrgiquement à relever la moralité

publique par une saine et forte éducation, par un régime économique libéral, par un amour éclairé de la justice, par la simplicité^ la modération^ la liberté.

Sa tftche est immense; elle n'est pas au-dessus de ses forces, si elle en comprend la grandeur. Au lieu de se p^dre dans des intrigues personnelles, qu'elle s'inspire du sentiment de su propre Tîtalitér qu'elle entreprenne de réagir par elle-même contre Tadversité ; qu'elle consente enfin àvivre pour elle-même et par elle-même en prenant toujours pour guides la justioej le droit et la liberté^ et, qudqae redoutables que soient ses épreuves» elle les surmontera. Elle reprendra son rang dans le monde, non pour menacer, mais pour modérer et protéger. Elle redeviendra l'alliée des faibles, elfe essayera d'élever la voix contre la violence et ^on autorité sera d'autant plus grande pour la combattre, qu'elle aura davantage souffert de ses excès.

Je serais heureux, monsieur, de recevoir, en échange de ces réflexions, la communication de celles qui vous seront inspirées, soit par vos propres méditations, soit par l'étude des faits et les renseignements que vous serez à même de me transmettre.

Veuillez agréer, etc., etc.

M. Jolee Favre a raison dans la conclusion de son réqui* sitoire : une saine et forte éducation , voilà le moyen le plus efficace de salut. Qu'il soit appliqué et l'on en verca les rapides et salntaires efiets : mais il faut que Ton Tenilie rappliquer ; et quel est donc le gonvernement qui jusc^u'ici en France Tait voulu sérieusement, sincèrement? Donnons maintenant l'important rapport fait par M. Delpit au nom de la commission chargée d'examiner la proposition de M. Haentjens, tendant à faire nommer une commission d'enquête sur les causes de l'insurrection de Paris. Pour le rapporteur comme danslacirculaire deM. J« Favre, la cause premidre et antérieure de Tinsurrection, c'est le système impérial et comme remède pour l'avenii il indique la réforme des institutions créées par lui. Au reste, M. Delpit ne cherche pas à faire illusion: il déclare qu'il

&adra de sérieux efforte et la volonté de toiie les hommes d'ordre pour prévenir le retour offensif et terrible de Vlsk-

ternationale : voici le texte de ce rapport qui mérite d'être cité dans »oa entier:

Monsieur,

En présence des terribles événements dont Paris vient d'être le théâtre, à la lueur de l'incendie qui fume encore, vous vous demanderez quelles sont les causes d'une si sauvage insurrection et de tant d'irréparables désastres. La première ville du monde, la reine de la cirilisation^ brûlée par ses propres enfants; Paris se décapitant de ses mains^ après avoir subi^ pendant plus de deux mois, la donnnatîon d'une horde barbare; comment cela a-t-il été possible? Les actes les plus insensés, les crimes les plus abominables, commis au milieu d'une population de deux millions d'âmes par un prétendu gouvernement qui at rouvé des adhérents et des agents^ la Terreur de 1871 dépassant celle de 1793 ; quel démenti à la ciidlisation et au progrès de la raison humaine i Et cela quand la France épuisée ne demandait qu'à panser ses plaies et à payer la rançon promise puui' le retour de ses prisomiierii et la délivrance de son territoire.

Vous voulez savoir, messieurs, comment, après un effort héroïque soutenu pendant cinq mois de siége^ Paris a pu s'abandonner assez

lui-même pour aggraver à ce poiiil la situation du pays, nous ravir l'honneur de la lutte contre l'étranger et nous accabler sous le poids de tant de ruines morales et matérielles. L'histoire demandera aussi les causes d'une chute si profonde, et nos arnèreneveux refuseront sans doute de croire à ce second siège de Paris, soutenu contre la France, en présence et sous rœO de Tannée prussienne. Mais ce n'est pas par un \ain seniiniciU de curiosité rétrospective que vous avez approuvé une proposition d'enqucte et que vous en avez voté l'urgence. Non; vous avez senti qu'il y avait là pour vous un grand devoir à remplir, vous avez voulu que la responsabilité remontât à qui elle incombe, vous avez voulu surtout, en éclairant le passé, chercher un remède pour l'avenir. La plaie est béante et hideuse, vous ne craignez pas de la souder dans toute sa profondeur, parce que vous vouiez la guérir* Ces sentiments, messieurs^ ont été ceux de votre commission.

ui^u\^cù by Googli

Elle a cru qu'aujourd'hui, comme après les journées de juin 1848, une enquête était nécessaire, et elle m'a fait rhonneur de me charger de tous indiquer les motifs qui l'ont déUsnninée à tous propoier, à runanimitéi l'adoption du projet de loij que tous aTez leoToyé à son examen et pour lequd tous aTOs didaré Turg^ce.

Et d'abord> messieurs, il faut bien préciser le caractère de la mesure qui TOUS est soumise; c'est une enquête purement politique que nous TOUS demandons de confier à une Commission de trente memlires; l'enquête judiciaire est commencée, elle n'a rien et ne

saurait avoir rien de commun avec celle qui vous est proposée. L'œuTre des magistrats et des conseils de guerre est de punir les coupables, l'œuvre de yos commissaires sera de remonter à la source du mal et d'en étudier les causes. Aucun conflit n'est à craindre^ aucun empiétement du pouToir législatif sur le pouiroir judiciaire n'est à redouter.

L'insurrection du 18 mars se rattache à des causes morales et matérielles, les unes prochaines et immédiates que nous touciious pour ainsi dire du doigt^ les autres^ plus difficiles à saisir^ remontent plus haut dans le passé et doivent être surtout cherchées^ se* Ion nous, dans faction latente de sociétés plus ou moins occidtes, qui, sous prétexte d*améliorer le sort des travailleurs, ont établi dans ces dernières années une conspiration permanente contre l'ordre social tout entier.

Les théories sodalistes ne sont pas nouvelles dans le monde. Ce sont, pour emprunter une expression de H. de Chateaubriand, de « vieilles friperies, qui pendent depuis tantôt deux mille ans à la boutique de tous les philosophes ! » Tant qu'elles sont restées dans le domaine de la spéculation pure, à l'état d'utopies, elles ont peutêtre trop échappé à Tattention des hommes d'État. Aujourd'hui que iiâsant, comme en 1848^ alliance avec les plus mauvaises passions politiques, elles ont passé dans les faits et se sont réalisées en attentats inouïs, elles s*imposent forcément à votre attention.

Il serait aisé de suivre dans notre histoire depuis 1793 le double courant, jacobin et socialiste. Après la terreuri lorsque le jacolnnisme vaincu et obligé d'ajourner sinon d'abdiquer son entreprise de ni* veUement, les théoriciens socialistes reprennent la révolution en

sous œuvre. Alors apparaît Babeuf, l'ancêtre direct de la Commune de 1871, et i on trouve dans le célèbre Manifeste des

égaux (1), la plupart des idées que la Commune de Paris vient de mettre en pratique. Le système de Babeuf tomba plus encore sous le poids de la honte et du ridicule qae sous celui de la répreaâ^m; et, jusqa*en 1830^ la France 5 heureusement distraite par d'autres

soins et d'autres pensées^ n'eut pas le loisir de songer aux théories insensées d'un conspirateur de bas étage.

Après 1830, révolution purement politique^ le mouvement socialiste reparaît sous la forme Saint-Simonienne. Ses théories^ prè» ehées par des hommes de talent, obtiennent surtout un succès de curiosité et de mise en scène. Transformées en je ne sais quelle religion de la chair^ elles ne tardent pas h tomber sous le ridicule, sans avoir profondément pénétré dans les masses. Les esprits superficiels croient que tout est Oni ; mais le matérialisme sensuel, qui était le fond de la doctrine de Saint-Simon^ ne continue pas moins à s'infiltrer dans la société française, au cœur de laquelle le non* veau dieu avait laissé le ver rongeur.

Pendant les dernières années du gouvernement de Juillet, le socialisme lit invasion dans les livres et dans la presse, et eut cette singulière fortune d'être discuté dans les salons comme dans les ateliers. Propagé avec ardeur et sous toutes les formes par des aCo« pistes qui procédaient tous plus ou moins d|s Saint-Simon, il ne fut pas étranger à la révolution de 1848. Les espérances qu'il avait fait naître dans les classes ouvrières étaient irréalisables; il était plus facile aux hommes de Février de professer les théories socialistes du haut delà tribune du Luxembourg que de les transporter dans les faits. Les égarés s'en prirent comme aujourd'hui, à la société eU^ même, ils s'allièrent, pour la détruire, au parti violent qui a toujours prétendu imposer ses idées par la force sans se soucier d'attendre le progrès, trop lent à ses yeux, des prédications théorin aes« Les journées de juin furent le produit de cette alliance du socialisme avec le jacobinisme» et l'on put voir alors quel chenûn ayaient fidt les doctrines de néant et de destruction*

Nous n'avons garde d'insister sur cette terrible lutte de Juin 1848 en présence d'un grand nombre de nos collègues qui prêtèrent alors à la cause de l'ordre l'appui de leur courage personnel^ en présence de Thomme illustre qui écrivit à l'adresse des sauvages

(i) Rédigé par Tun des compliceâ de Babeuf, Sylvain Maréchal, rauteur du Dictionnaire des athées* *

de ce temps -là, ce livre De la propriété, qui ne fut pas seulement un beau livre, mais une bonne action et un acte de courage. Permettez-nous toutefois, messieurs, de vous citer un seul passage de renqaèle faite à cette époque, et que vous voulez, avec tant de raison^ recommencer anjourd'hui. L'horrible pensée d'incendier Paris et de s'enaeTeUr sous ses mines plutôt que de renoncer à de criminelles convoitises n'est pas nouvelle et se retrouve dans le programme des hommes de Juin, Je lis dans l*enquête des paroles prononcées le 3 avril 1848 et qui établissent comme une sorte de filiation sinistre entre les journées de Juin et la Commune de i87i.

« Dites bien à vos stupides bourgeois, à vos gardes nationaux, dites-leur que, s'ils ont le malheur de se laisser aller à la moindre réaction, 400,000 travailleurs attendent le signal pour faire table rase de Paris ; ils ne laisseront pas pierre sur pierre, et pour cela ils n'auront pas besoin de fusils^ des allumettes chimiques leur sofBront (l). s

Et une affiche placardée aux dernières heures de Tinsurrection

contenait ceci :

« Si une obstination aveugle vous trouvait indifférents devant tant de sang répandu, nous mourrons tous sous les décombres in* cendiés do &ubourg Saint-Ântoine (2). n

La Tictoire de Juin rassura la société, on la crut peut-être plus complète et plus décisive qu'elle ne le fut en réalité. Les doctrine> vaincues ne disparurent pas; leurs adeptes renoncèrent à se mêler àla politique active, mais n'abdiquèrent aucune de leurs prétentions.

Le 6 mai i869 un membre de Tlntemationale écrivait: iGe que nous saluons avee bonheur^c'est la reconnaissance du socialisme en France, aussi croyant mais plus scientifique et plus expérimenté qu'en 1848. Voilà pourLanl ces idées en iiaine desquelles on a fusillé et déporté tant de républicains. Juste une génération, vingt ans après, elles reviennent avec la même ténacité se poser en face de l'ordre épouvanté!» et Técrivain ajoutait : «Ordre menteur» qui n'as pour te suictifler que le goupillon d'un prêtre mercenaire et pour Vfippuyer que ie sabre du soldat impopulaire! (3]»

(1) Discours de Gaussldière aux commissaires. Enquête Baucbart, rapport» p. IS.

(2) Enquête Bauchart^ rapport, p. 16.

(3) Égalité du 8 mai 1869. (Oscar Testut, p. 39,)

Comment le socialisme s'était-il ainsi développé sous l'empire? Votre commission d'enquête aura à le leolierehtr. Il ùait qae le monde sache dans qaeUe propwtion le pouToir abadn, qui a^int été accepté comme un leméde et un préservatif^ a aggravé le mal. S'il éUit vrai que, dans un intérêt politique inavouable, les sociétés secrètes eussent été tolérées et presque favorisées; s'il était vrai que l'enseignement coniié trop souvent à des hommes qui affi* chaient hautement les doctrines matérialistes, eût ccmtribiiéà affaiblir le sentiment religieux et les croyances sans lesquelles la loi du développement et du sacrifice^ la résignation à la soulTrance, au malheur, deviennent incompréhensibles; s'il était vrai que le culte des jouissances matérielles eût partout abaissé les caractères et aHaibli les intelligences; si, enfin, les questions qui intéressent au plus haut degré la dignité de l'homme, celles qui touchent à la religion, à la bmille, à la morale, que dls-je, à Timmortalité de l'ftme et à Texistence de Dieu^ avaient été ahandonnées aux sarcasmes d'une presse licencieuse à condition que cette presse ne parlerait ni de César ni de sa politique, votre commission d'enquête aurait le droit de signaler dans ces faits une des principales causes de notre défaite vis-à-vis de l'étranger etde rhoirible lutte qui vient de finir.

Pour la majorité de votre commission, messieurs, c'est le despotisme qu'a faut accuser du triste état social dans lequel nous nous débattons, c'est le régime des vingt dernières années qui a atteint toutes les forces vives du pays dans leur source et les a viciées dans leur puissance et leur organisation. Mais nous n'avions ni la mission ni les moyens d'approfondir assez les faits pour vous apporter ici une conclusion motivée et il ne nous appartient pas de devancer l'enquête que nous vous proposons d'ordonner. Nous comprenons que Ton fasse des réserves jusqu'à cô que tous les faits d'une politique qui a abouti à la défaite au dehors, à la ruine et à la guerre civile au dedans, soient suffisamment mis en lumière.

Ces accusations et ces réserves prouvent la nécessité d'une enquête loyale, complète^ instructive pour le présent et pour l'avenir* car il ne s'agit pas ici de l'étude de l'historien, mais de Texamen éclairé et consciencieux du médecui qui cherche les causes de la maladie qu'il a à guérir.

En ce qui touche les questions sociales, votre commission pense que l'enquête devra porter avant tout sur les effets de l'afaregatioii

pracrite en 1864 de toutes les enlniTes si justement apportées jus-i qae-là aux coalitions» Elle s'est demandé ^i cette mesure n Vait pas permis aux ouvriers de former de véritables corps politiques en s'associanl dans le but apparent d'obtenir des augmentations de salaire. Elle s'est demandé si la loi de 1864 n'avait pas favorisé les grèves qui ont été si fréquentes dans les dernières années de Tem-pire ; si ce n'était pas à cette école des grèves que les ouvriers avaient appris à chercher dans le bouleversement de la société Taniélioralion de bien-être qu'ils ne pouvaient attendre que de 1 ef* fort persévérant de chacun.

Vous le voyez^ messieurs, c'est principalement sur les institutions de l'empire et leur influence sociale que nous appelons Tattention des commissaires à qui vous confierez l'enquête. Silence et oubli

sur les personnes et leurs actes, mais la lumière sur les faits et leurs conséquences ; tel devra être selon nous le programme ù suivre. Ce n'est pas quand la France a failli périr, ce n'est pas quand tout ce que nous aimons, tout ce qui fait que pour nous la vie vaut quelque diose, a failli sombrer^ qu'il y a Heu de conserver nos iUu« nons. D'ailleurs le mal n'est pas guéri et la victoire remportée à Paris n'est qu'un connucncement de réparation, La France encore menacée sur tant de points par ceux que nous appelions volontiers les barbares de l'intérieur^ a besoin de savoir comment, à un moment donné, le teirain a été assez préparé ou plutôt les garanties sodales assez profondément minées pour qu'une association formidalle ait pu s'établir dans le but avoué de tout renverser.

Vous avez nommée messieurs^ Tlnternationale^ ce nom a été souvent prononcé devant vous, depuis le 18 mars. L'opinion publique attribue à l'intenuttionale une grande part dans l'insurrection de Paris; elle accuse ses doctrines d'avoir créé le milieu moral dans lequel la Commune a été possible; elle accuse ses ade[iies d'avoir formé le Comité insurrectionnel et poussé la Commune aux actes détestables sous le poids desquels nous restons accablés de honte et de douleur. L'enquête dira ce qu'il y a de fondé dans cette double accusation. D serait téméraire de vouloir suppléer aux ré^ ponses qu'elle apportera. Toutefois, le problème est si grave, il s'agit d'un intérêt si puissant, que votre Coiiunission vous doit compte de ce qui a été dit dans son sein sur l'origine^ les doctrines et l'organisation de l'internationale.

En présence d'une arme de guerre qui vient de se montrer si

terrible^ il nous a para que ce n'était pas excéder notre mandat que do jeter un cri d'alarme et surtout d'éclairer lei conacieiices honnêtes en montrant le bot avoué vers lequel on veut les conduire*

Les événements de Paris, s'ils sont comme nous le pensons, le résultat de desseins prémédités depuis longtemps et le premier pas dans une route tracée à l'avance, ont une gravité plus douloureuse encore et sollicitent plus impérieusement les informations que vous allez ordonner.

L'idée mère de flntemationale appartient aux ouvriers français

qui la transportèrent en Angleterre, lors de TExposiLion de 4862. C'est là qu'est son principal foyer, son firand Conseil, c'est de ià qu'elle a rayonné sur le monde entier. L'association est fondée sur la solidarité des ouvriors des diverses contrées. Pour les affiliés^ plus de frontières: la patrie n'est qu'un mot vide de sens. Unis par l'affinité des intérêts et surtout par la communauté des haines^ ils ont la prétention de former un peuple qui embrasse les salariés du monde entier. Établie sur ces bases, l'association serait déjà un immense danger pour Tordre social quand bien même eiie n'en aurait pas entrepris la destruction» car^ vous le savez» messieurs^ la pente fatale de toute association comme de toute réunion nombreuse, est de glisser vers la politique; mais pour l'Internationale il ne s'agit pas de république ou de monarchie, il ne s'agit pas de réformer nos institutions d'une manière plus ou moins radicale, il s'agit d'une conjuration contre tous ceux qui possèdent et contre toutes les lois divines et humaines sur lesquelles repose la société moderne*

Laissons les puUicistes de l'Internationde indiquer eux-mêmes leur but et leurs intentions :

« I\ous voulons, (lit un des leurs, la liberté de tous et l'égalilé de tous^ c'est-à-dire la révolution sociale ; et par révolution sociale, nous n'entendons pas une misérable surprise* tentée à la faveur des ténèbres. La révolution signiûe la destruction complète des institutions bourgeoises et leur remplacement par d'autres. C'est une nuit du 4 août 1789 que nous voulons. — Les radicaux des partis politiques même les plus avancés, veulent simplement replâtrer l'édifice social en lui conservant ses bases actuelles; nous voulons, nous, faire table rase et tout reconstruire à neuf (i). a

(1) Progrèt dw loe^, numéro du SO janvier 1870.

Dans on de Jeun premiers congrès, celui de B&le, on avance que ^ la propriété c paralyse le développement de la société et consacre 1 injustice et finégalité. » Le congrès déclare : « l« que la société a

le droit cral)ulii la [ ropriété individuelle du sol et de la faire rentrer à ia eoumiunaulé ; 2° qu'il y a nécessité de faire rentrer la propriété du soi à ia propriété collective (1). » A la même époque, un de leurs publicistes écrit :

a l/'hércJité n'aurait-elle que le vice de perpétuer les aristocraties dont elle est le point de départ, en livrant à une minorité oi- ^re, parasite^ le produit du travail collectif^ que ce serait d^à bien sufifisant pour la rayer de notre organisation future. Mais ce n'est pas tout; l'hérédité, c'est la chaîne de l'esclavage des peuples, etc. (2). »

£t dans un autre article ;

« Si des parents plus actifs et plus intelligents que d'autres, et qui

auraient amassé quelque fortune, pouvaient, en la léguant à leurs enfants, constituer un privilège spécial pour eux, ia solidarité serait attaquée au cœur (3). »

Les fondateurs de l'Internationale avaient d'abcurd éliminé du programme de cette association les questions politiques et religieuses; non pas, se hâtent Us de dire, qu'ils maiiquasseriL euxmêmes d'opinions politiques, ni d'opinions anti-religieuses bien marquées^ mais parce qu'ils craignaient de diviser encore plus les ouvriers « en arborant le drapeau d'un système politique ou antireligieux; • et aussi a par égard pour les idées fauste répandues dans les masses ouvrières par la propagande intéressée et corruptrice des prêtics, des j^oavernemeiUs et de tous les partis politiques, sans en excepter les plus rouges (4). »

Cette réserve prudente à Tégard des idées religieuses et des questions politiques ne dura pas longtemps. Au congrès de Bruxellesj en 1868, un de leurs orateurs les plus autorisés s'écrie : « Nous ne

voulons plus de gouverneraerits, car les ^'ouverncuieiits nous écrasent d'imp6ts; nous ne voulons plus d'armées, car les armées nous

(i) Osear Testât, Association intermiionak des TrmaUkwrs^ p. li« (2} tgaUUf numéro du 12 juin iS69,

(3) Progrès du Lode^ numéro du 29 janvier t870.

(4) VMemationak du 5 septembre 1869.

massacrent; nous ne vouloiis plus de nligions^ car les religions étouffent rintelligenoe (1). s

A mesure que le temps marche, les d(''testab]es doctrines de ces nouveaux Eroslrates se dévoilent et s'affirment de plus en plus. En 486d^ le programme d'une de leurs sections^ celle de rAlliance de la Démocratie socialiste à Genève^ ûdl connaltrOi dans toute leur sauvagerie révoltante^ les tendances de ces prétendus sauveurs du prolétariat roodeme* Nous citons le texte officiel :

«f L'Alliance se déclare athée ; — elle veut l'abolition des cultes, la substitution de la science à la foi et de la justice humaine à la Justice divine, — l'abolition du mariage en tant qu'institution po* litiquoj religieuse, juridique et dvile. ~ £lle veut l'abolition déft» nitive et entièie des classes et l'égalisation politique, économiqae et sociale des deux sexes, et pour arriver à ce but, elle demande avant tout l'abolition du droit de l'héritage, afin qu'à Tavenir la jouissance soit égaie à la production de chacun. »

a Elle veut pour tous les enfioits des deux sexei^ dès leur nais* sance à la vie, Tégalité des moyens de développement, c'est-à-dire d'entretien, d'éducation et d'instruction à tous les degrés de la science, de l'industrie et des arts : convaincue que cette égalité naturelle des mdividus en fera disparaître toutes les inégalités factices, produits historiques d'une organisation sociale aussi fausso qu*inique* »

Ainsi ces rêveurs insensés ne s'arrêtent même pas devant la pensée de refaire la nature humaine. Quoi de plus simple, en effet? Pour qui supprime Dieu et la vie future, les inégalités physiques et intellectuelles sont aussi choquantes que les inégalités sociales. Pas besoin d'ajouter que les réformateurs de l'Internationale suppriment la magistrature comme les armées permanentes. « Le prêtre, le sol* dat et le rentier sont pour eux trois fléaux continuellement en permanence pour ronger les productions de l'humanité, y> et enfin ils poussent l'aveuglement jusqu'au blasphème, en écrivant quels livre des livres, a la Bible n'est que le code de l'immoralilé (2). »

Nous nous arrêtons, messieurs, nous en avons dit assez pour montrer le fonds des doctrines à l'aide desquelles on égare les classes

(1) Compte rendu ofDciel du Congrès de Bruxelles, pubUé par le journal ie Peuple belge, p. 50.

(2) Progrès du Loele, numéro du 2 avril iSIO.

ôuvrières. Voilà le programme du progrès au dk-neuvième siècle^ le nouvel évangile de rhumanité ! Tout cela est insensé^ tout cela Mttlè?ele dégoùty et dans toat autie temps votre juste susceptibilité &'eût pas même permis au rapporteur de votre commission de citer d'aussi trisles théories, mais vous venez de voir les théoriciens de rintemationale et de la Commune à l'œuvre, vous vous devez de dévoiler d'ors et déjà à la France et au monde ce qu'il y a au fond de tous ces programmes menteurs. Le temps des coupables complaisances pour les professeurs des doctrines de néants pour les apOtres plus ou moins déguisés du sodalisme est passé. Il importe trop de désabuser ceux qui, hélas! en si grand nombre se sont laissé tromper ou entraîner, pour ne pas montrer au grand jour les principes qui guidaient les promoteurs de rinsurrection du i8 mars. Et VOS commissaires n'auront pas seulement à faire connaître ce qu'il y avait en réalité sous ces grands mots de Commm ou de flrancMss nmniG^paUB qu'on a profanés; ils devrc»nt rechercher comment des doctrines, dont le ridicule plus encore que l'odieux sem* blait devoir faire justice, ont pu trouver place dans les professions de foi d'hommes considérables qui sont restés, nous le savons, hors de la Commune, mais n'en ont pas moins contribué à la faire arriver.

Ce qui devra aussi, messieurs, appeler à un hautdegré l'attention de vos commissures, c'est qu'au service d'un programme qu'on

croirait éclos dans une maison de fous, l'Internationale a su mettre une organisation 'puissante, simple et savante à la fois, dont les cadres élastiques lui ont permis d'enrôler en peu de temps un trèsgrand nombre de sectaires.

Sous le titre de Congrès, un parlement universel des classes ouvrières décide d*une manière souveraine toutes les questions qui touchent à l'organisation générale; il a la plénitude de l'autorité légisUitive et la souveraineté de juridiction*

Un Conseil général ou international, nommé par le Congrès, est

le centre où aboutissent les fédérations ouvrières du monde entier. Ce Conseil paraît être le véritable comité directeur, il centralise toates les correspondances,propose les programmes à discuter dans es congrès, provoque ou anète les grèves, les aliments, etc. *

Au-dessous du Conseil général, des conseils fédéraux sont placés à la tête des sections régionales; ils comprennent un certain nombre de ces sections et formentieiÀeu entre ellesetleConseUsuprême.

Enfin, à la bàse et comme point de départ de toute cette orga- DÎsatioD, la section qui réunit un plus ou moins grand nombre d'oumm ou de corporations d'ouvriers^ peut être au point de vae de rintemationale» assimilée! la Commune.

Cette machine Ir^s simiilc |iaraU se mouvoir avec une grande facilité et a sufïi jusqu'ici au progrès de l'association. Cela ne peut s'expliquer que par l'obéissance passive imposée à tous les adeptes* Oy a sans doute des statuts secrets que nous ne connaissons pas^ et il est probable que sous ces ddiors de liberté et d'émancipation se cache le despotisme de la secte ou de Tiadivida. Quoi qu'il en soit, l'Internationale est un État dans l'État qui a la prétention d'être le type de la société à venir ; c'est dans ses cadres qu elle veut faire entrer tout Tordre social futur. Et, en présence d'une situation pareille^ la société resterait inerte et désarmée 1 Elle laisserait^ sans s'en inquiéter, se continuer et s'étendre cette conspiration au grand jour! Non, messieurs, cela n'est pas possible, et vous penserez avec votre Commission qu'il y a là des problèmes qui sollicitent une solution immédiate.

Et d'abord vos commissaires devront se préoccuper de la rapidité de la propagation de rintematlonale, rapidité qui est un des

phénomènes sociaux les plus étranges de ce temps-ci. On a fait appel aux plus mauvais instincts de la nature humaine. On est parvenu à créer une véritable secte qui n'a de foi que la négation de toute croyance élevée^ mais qui croit à la suppression de la misère et à la satisfaction de toutes les convoitises. On a trouvé un point d'appui dans l'isolement de l'individu au milieu de nos grands centres de populations ; on a tenté de substituer je ne sais quelle famille ouvrière à la vraie famille qu'on était parvenu à affaiblir ou à détruire. Mais tout cela ne suffit pas pour expliquer les progrès de rintematlonale; vos commissaires auront à sonder les profondeurs du mal, à pénétrer dans les arcanes de toutes les sociétés secrètes, de tous les groupes particuliers que la grande asso* ciation a si rapidement absorbés dans son sein. — Nous ne connaij^soiis sur tout cela que quelques publications; nous ne savons que ce qu'on a bien voulu nous dire. Les documents saisis à Paris chex les principaux sectaires jetteront sans doute une lumière non* vellesur la partie occulte des actes de l'association^ sur ses vrais programmes, ses budgets, leur source d'alimentation, etc. Les correspondances des adhéieutâ piui» ou moins avérés de la Commune

ataiii et depuis le i8 mais^ bous montreront à Tœum ceux qtL^ ne Toyant dans rintemationale qu'un instrument, s'en seraient

servis pour l'accomplissement de desseins purement politiques.

Pour votre commission^ messieurs^ la grande part prise à l'insurrection de Paris par rintemationale s'explique parce qu'elle disposait là d'un de ses groupes fédératifs les plus nombreux. Mais la révolte et la lotte péuvent se produire ailleurs, car^ grâce à sa puissante organisation, rintemationale peut, à un moment donné, réunir sur un point quelconque du territoire des milliers d'adhérents venus de tous les points du globe.

Vous penserez avec nous, messieurs, qu'en vue de ce danger,

il y aurait uu grand intérêt à connaître dans quelle proportion l'élément provincial et l'élément étranger ont pris part aux actes de la Commune. C'est un des points que l'enquête aura à étudier, et il y a Ueu d'espérer que les gouvernements étrangers, tout aussi menacés que le nôtre, faciliteront chez eux toutes les investigations nécessaires.

Le fanatisme des adhérents de l'Internationale survivra-t-il à l'afi^euse crise que nous venons de traverser ? Pouvons-nous espéler une abdication? Est-ce un simple sursis qu'on nous accordm? Terrible question qui se pose devant vous, messieurs, comme elle s'est posée devant votre Commission. Il est probable que l'ascen* dant dans les conseils de l'association va revenir aux temporiseurs ; à ceux-là qui trouvaient que le temps n'était pas venu encore de faire une levée de boucliers et qui ne voulaient une révolution qu'à longue échéance. Le danger, pour être différé, n'en est pas moins réel ; et, d'ailleurs, avec le su&age universel^ rintemationale dispose de moyens d'action toujours à sa portée et dont vous devez vous préoccuper, messieurs. Un des membres de votre Goramission préparatoire a signalé ce fiiit étrange que, dans une des premières villes de France, l'internationale avait fait triompher, aux dernières électiims municipales, les noms les plus obscurs et écarté systématiquement les hommes de la classe ouvrière les plus capables et les plus Intelligents.

Cette cause première de rinsurrection de Paris, l'influence des sociétés secrètes et de l'internationale en particulier, n'a pu agir avec tant de force que parce qu'elle a trouvé des éléments tout préparés, par les fautes des gouvernements antérieurs, dans le trop rapide et tout à fait anormal développement de la capitale et dans

raggloméniion plus anormale encore d'one immense population ouvrière qui y a été appelée de toutes les parties de la France et du monde. L'annexion des couiiaunes» suburbaines, la prétention de refaire en quelques années ce qui était l'œuvre des siècles, la folie de constructions gigantesques hors de proportion avec tous les besoins, la destruction du vieux Paris qui, en changeant brusquement toutes les habitudes, en détruisant toutes les relations^ avait créé deux villes et rejeté aux extrémités presque toute la population ouvrière; rétablissement à Paris d'un trop grand nombre d'ateliers de chemin de fer et d'usines gigantesques qui auraient eu tout à gagner à rester dans nos départements, tous ces faits souvent signalés doivent être étudiés de plus près et cette étude a paru à votie Commission d'une impertance capitale pour expliquer le passé

et pour assurer l'avenir.

Dans un autre ordre d'idées, la surexcitation causée par le siège* la Imigue durée de reffort, la rigueur des privations si longtemps supportées, la déception et la douleur d'une capitulation qu'on avait jusqu'au bout espéré conjurer; et pour les natures moins élevées,

riiabitude de vivre sur la place publique sans rieu faire, de recevoir, comme autrefois la plèbe romaine, la solde et la nourriture sans les avoir gagnées ; tout cela a certainement contribué à affaisser le * niveau moral et explique jusqu'à un certain point les défaillances du i8 mars»

L'or étranger a-t-il joué un rôle dans cette malheureuse insurrection? Trouverait-on la trace de mains plus coupables parce qu'elles seraient irançaises? Vos commissaires auront la douleur de le rechercher; mais, quand de pareilles questions sont posées^ et elles le sont par le cri puUîCt il faut qu'elles soient résolues; il faut que les complices de la démagogie soient démasqués. Il y va de l'honneur des partis comme de rintércl de la France.

Les causes diverses que nous venons d'indiquer ne suffiraient pas encore^ messieurs^ à expliquer l'insunection de Paris et i'ahojntnable catastrophe qui l'a terminée* Vos oommisraires devront remonter plus haut et rechercher la part de la responsabilité qui

peut revenir aux classes élevées, aux pouvoirs publics, chargés de diriger la société. iNon-seulement il serait injuste de tout imputer aux aspirations malsaines des classes ouvrières, mais vous failliriez à votre devoir si votre enquête ne sondait pas toutes les plaies^ ne faisait pas la part de toutes les responsabilités.

^'otr6 littérature^ nos arts, nos théâtres, nos journaux n'aceosent-ils pas depuis longtemps une société en décadence? Les principes de morale comme les crojances religieuses n'ont-iis pas été en bulle à des attaques incessantes, attaques d'autant plus

graves qu'elles partaient de haut et revêtaient les formes apparentes du re.s])ect? N'avons-nous pas trop souvent glurilié Tesprit de révolte, professé que la force primait le droit, que la nécessité ou la nôaoD d'Ëtat étaient en politique une excuse sufifisantepour justifier d'odieuses spoliaCionst

L'aflaiblîssemeiit du seulimenl religieux a été signalé dans votre Commission comme une des principales causes du mal étrange qui travaille notre société. La grande loi du respect de l'autorité, du respect des supéfioxités sociales a disparu* famille elle-même a été viciée à sa source et le père y a perdu en partie sa légitime autorité. L'enseignement puîrUc s'est peut-^tre trop préoccupé de l'instruction aux dépens de l'éducation. 11 a cessé de faire des liommes. Les hommes sont ce qui manque le plus à noire temps; dans toutes les carrières les vides se font et ne sont pas comblés. «La bonne éducation, disait Leibnitz, est le premier fondement de la félicité humaine. i» Dans le malheur qui neus accable, beaucoup de bans esprits pensent que ce fondement a manqué.

A une société sceptique dans le fonil et devenue presque payenne dans la forme, l'Internationale a prêché l'athéisme; à une société avide de jouissances matérielles elle a prêché le néant des espéruices étemeUes et le culte exclusif des intérêts! Qui s'étonnerait qu'elle ait si bien réussi ? IMeu nous garde de Youloir faire ici la part exact*: des respoiisahilités; mais \otrc commission d'enquête aura à examiner celle qui peut être imputée aux programmes philosophiques et pohtiques. ^li'avons-nous pas tous plus ou moins adopté en pratique la devise socialiste que rinternationale a inscrite sur sa bannière : a La civilisation, c'est la plus grande somme de bonheur et de bien*ètre possible. »

Nous avons dû vous signaler, messieurs^ les causes de l'insurrection du 18 mars^ telles qu'elles nous ont apparu dans un examen préalable et sommaire. Vous partagerez la conviction que cet eiamen a fortifiée dans nos esprils^ qu'une enquête sérieuse est mdiftpensable. Sans doute elle ne guérira pas le mal, mais elle éclairera le pays et apportera d'utiles enseignements pour le grand travail de régénération que vous avez si courageusement entrepris.

Sur ccrUiins points, elle sera même un remède efficace. En effet, messieurs* parmi les adhérents de rinlernationale et des sociétés secrètes^ que d'hommes égarés, que d'homiètes pères de famille^ que de laborieux ouvriers se sont laissé entraîner, aans se douter du point où on voulait les conduire I Connue dans ses catises et ses effets^ l'insurreclion de Paris raffermira bien des consciences. Déjà à la lueur des incendies, à l'horrible sf cctacle des crimes qui ont été commis, bien des yeux se sont dessillés.

Vous ne me pardonneriez pas, messieurs, de ne pas répéter en terminant le triste programme d'enquête que j'ai dû dérouler devant vous, les paroles consolantes qui ont été dites dans votre commission. Si !e mal a été grand, la part du bien a été grande aussi. A cette rude épreuve de la guerre de Paris^ notre armée a retrouvé la discipline, elle s'est montrée aussi patiente qu'héroïque, et, avec une abnégation qui n'a d'égal que leur patriotisme, nos (dsonniers à peine échappés aux étreintes de l'Allemagne, nos soldats éprouvés par une longue campagne d'hiver, ont accepté courageusemenL et simplement la grande mais pénible mission qui leur était donnée. A côté de l'armée, de nombreux actes de courage civil consolent des défailhmces trop nombreuses du 18 mars, et des journées antérieures. Enfin, l'Église n'a pas seulement fait son devoir, elle a retrouvé des martyrs, et^ comme au temps des premiers siècles du christianisme, nos prêtres et nos religieux ont eu, eu mourant pour leur foi, îa consolalion suprême d'entendre leurs adversaires de la veille, devenus leurs compagnons de captivité, s'écrier en marchant à la mort : £t nous aussi nous sommes chrétiens 1

Votre commission a l'honneur de vous proposer, messieurs, d'adopter le projet de loi soumis à vos délibérations, et qui est ainsi conçu :

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