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La Commune a Lyon en 1870 et 1871

Le 4 janvier 1903, contre vent et marée, malgré les ministres, le préfet, les sous-préfets, les juges de paix, les instituteurs, les fonds secrets, les palmes académiques, le haut et le bas clergé maçonnique, la truelle et le tablier, la croix et la bannière des loges, je fus élu sénateur du département des Basses-Alpes.

J'entrais au palais du Luxembourg sans grand souci d'une protestation qui semblait n'avoir d'autre but que de couvrir la déroute de mes adversaires.

Je n'avais en eiïet pris avec les urnes et les bulletins de vote aucune des privautés consacrées par l'usage, et j'avais conscience que nul de mes collègues ne pouvait se prévaloir d'un mandat plus loyalement acquis.

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Hélas ! Je méconnaissais la mentalité de la haute Assemblée. J'oubliais que sous l'apparence d'un sutïrage populaire quoique restreint, et sous prétexte de vérifier les pouvoirs de ses membres, le Sénat se recrute par cooptation ; qu'il croit avoir fait preuve suffisante d'impartialité quand il a accordé une place congrue à une opposition décente. Or, par sentence d'un pouvoir secret, inspirateur et dominateur de tous les autres dans notre République, j'étais désigné à l'ostracisme de l'Assemblé sénatoriale.

Au souvenir d'imprescriptibles outrages venait de s'ajouter une injure plus récente : j'avais eu pour concurrent, et sans égard pour le camail, insigne de sa dignité, j'avais battu un thuriféraire important du temple d'Hyram.

Oh! ce n'est pas qu'il n'y ait une Justice au Sénat! Mais elle est enfermée au cabinet des questeurs, dans un panneau peint par Boulanger. On la rencontre aussi au salon-ouest, à

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gauche de la Loi, dans le plafond de Decaisne. La Justice siège un peu partout, au Luxembourg, mais toujours en peinture !

En promenant mes pas perdus dans les couloirs du Sénat, je compris le sort qui m'était réservé. Près des bustes des anciens, confidents discrets des intrigues parlementaires, des groupes se formaient; des inconnus, qui n'en étaient pas moins des sénateurs, parlaient avec animation : sur mon passage ils baissaient la voix ; leurs regards obliques se détournaient de moi.

Je surpris (( des signes, des attouchements », des mots mystérieux.

Après quinze jours de triturations rituelles, ma cause était suffisamment instruite : la « Veuve » inexorable n'avait plus qu'à me choisir un rapporteur.

Elle avait sous la main l'Jiomme qui convenait; c'était un ancien goupillonneur de bénitiers. Quand il n'était encore que séminariste, il avait composé de pieux alexandrins pour la

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Vierge Marie, à qui il ne pardonnait pas de les avoir dédaignés :

... Protège ton enfant, Et qu'il se place un jour, heureux et triomphant Sur un trône de «gloire, à tes pieds, près des anges!

Plus tard d'autres pieds avaient gagné ses préférences ; à défaut d'un trône, il avait obtenu un fauteuil, et parmi les vétérans qui ont trouvé au Sénat la sécurité de leurs dernières années, il figurait Vinvalideur à la tète de bois.

Dans la séance du 27 janvier, je défendis mon élection, h'iiwalideur se mit en frais d'éloquence ; il eût pu se borner au « signe de détresse ».

Quand les urnes circulèrent, tous les maçons de tout grade et de toute obédience, tous les défroqués des divers cultes, tous les éclopés du Panama, tous les hommes-canons, tous les évadés de la Bohême, et jusqu'à un décédé votèrent contre mon élection comme un seul cambrioleur.

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Ils furent plus de 104; ils furent 116 contre 109 dans une assemblée de 300 membres, et cette sorte de minorité qu'ils appellent la majorité relative^ suffit à briser le libre choix d'un collège électoral.

Et maintenant FF.-..-. 1" et 2' surveillants, vous êtes à couverts sur les deux colonnes du temple !

« Qui s'obstine à mordre un caillou, a dit mon compatriote de Jussieu, ne réussit qu'à se casser les dents. » De Jussieu était un sage ; j'ai tâché qu'on put en dire autant de moi ; je me suis éloigné du caillou sénatorial; j'ai mis à profit les loisirs que je lui dois pour apporter ma contribution à l'histoire d'un temps que j'ai vécu, à celle des jours tragiques passés à Lyon du 4 septembre 1870 jusqu'à la chute de la Commune. J'ai fait des fouilles dans ma mémoire et dans mes vieux papiers ; j'ai recueilli et je dédie aux survivants mes souvenirs d'un passé lointain où j'étais procureur de la République.

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