‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 2 sur 77 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« LE MIE PRIGIONI ... — UNE AME DE MAGISTRAT. — MES LIBÉRATEURS — UN COMPAGNON DE CHAINES

Le 4 septembre 1870, j'expiais à Lyon, « sur la paille humide des cachots », les vivacités de mon opposition à l'Empire.

Je dois dire, pour rendre hommage à la vérité, que « la paille humide » n'est ici qu'une sorte de trope démocratique, une figure empruntée à la rhétorique des réunions publiques, et que les détenus politiques, autant que j'en ai pu juger par ma propre expérience, cueillaient à bon marché les palmes du martyre sous l'administration impériale.

Près de deux mois s'étaient écoulés depuis que les portes de la prison Saint-Joseph s'étaient fermées derrière mes pas, et la vie claustrale

n'avait éprouvé ni ma santé, ni mon humeur. Je circulais librement du haut en bas de mon nouveau logis ; la coupole de la chapelle, ornée d'un péristyle, était mon promenoir habituel. De là, bien abrité conlre la pluie, le soleil et le vent, j'avais une large vue sur la ville. L'aumônier, homme aimable et disert, venait parfois m'y rejoindre, sans jamais laisser paraître aucune indiscrète préoccupation de prosélytisme. Je recevais sans entraves ni contrôle mes lettres et mes journaux; je choisissais mes visiteurs, et, comme je n'avais pas la ressource de faire dire aux importuns que j'étais sorti, la préfecture refusait gracieusement le permis de visite à quiconque n'était pas inscrit sur la liste dressée par mes soins.

Une seule exception, comme parmégarde, fut faite en faveur d'un agent secret, qui me témoignait une sollicitude exhubérante et dont je n'ai connu que plus tard la qualité.

J'ai su depuis qui payait sa toilette... Comme chantait le bon Déranger.

(( LE MIE PRir.IOM »

Mais voyez comment les idées s'enchaînent! Le nom de notre chansonnier national, qui n'avait ici rien à faire, me remet en mémoire une initiative extraordinaire prise, après nos premiers revers, par son homonyme M. Bérenger, aujourd'hui sénateur inamovible, alors avocat général à la Cour Impériale de Lyon.

La révolution paraissait dès lors tellement inévitable que ce magistrat du |)arquet, ce gardien des lois, ce préposé à la défense de la Constitution, ne craignit pas de céder à ses inspirations de bon citoyen en se rendant, le 20 août, dans les salons du café Casati, à une réunion où les hommes les plus autorisés du parti républicain se rencontraient avec les représentants de l'opposition libérale. 11 les invita à se concerter pour prendre la direction des événements au cas probable où, sous la poussée des malheurs publics, l'administration impériale viendrait à s'écrouler, et sans leur offrir tout à fait une succession qui n'était pas ouverte, les adjura d'épargner à la ville de Lyon le péril de l'anarchie.

Dans les grandes villes qui jouissaient du droit commun, on pouvait prévoir que le Conseil municipal, en majorité composé de républicains, s'emparerait provisoirement du pouvoir et amortiraitle choc de la révolution. Mais, à Lyon, sous le régime d'une commission municipale imposée, aucune autorité ne devait survivre à l'Empire, et le désordre, en l'absence de toute direction, apparaissait plus menaçant.

Empêché, par cas de force majeure, d'assister à la réunion du café Casati, j'en avais su les incidents dont le récit m'avait confirmé dans la prévision des efîondrements prochains.

Aussi ne fus-je pas trop surpris lorsque, le dimanche 4 septembre, à mon réveil, j'entendis un tumulte inaccoutumé, des rumeurs confuses qui montaient de la rue jusqu'à ma cellule, oij, par une précaution insolite, j'avais été enfermé à double tour de clef.

Bientôt il me sembla que des soldats entraient dans la prison ; je perçus des cliquetis d'armes, des bruits de crosses, des commande-

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