LES ARRESTATIONS ARBITRAIRES
héments de Tavocat général et eût la sagesse de ne pas s'en montrer irrité.
Quand M. Bérenger fut sorti de la salle des séances, un garde national l'empoigna par le bras et lui dit :
— Suivez-moi.
— Mais pourquoi? Et où prétendez-vous me mener?
— Là où vous nous avez si souvent envoyés : à la prison !
A ce moment vint à passer Chepié, Fun des présidents du Comité. Il apostropha durement cet homme et lui enjoignit de laisser l'avocat général regagner son domicile.
Mais à peine M. Bérenger était-il chez lui, que les agents de Timon vinrent l'y rejoindre et l'emmenèrent à pied jusqu'à leur repaire de la rue Luizerne d'où il fut ensuite transféré à Saint-Joseph dans une voiture cellulaire.
Timon poursuivait de ses ressentiments les magistrats qui l'avaient livré à la justice criminelle et l'arrestation de M. Bérenger fut la
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revanche de raccusé contre le réquisitoire de l'avocat général.
Plus heureux, ou moins confiant, le procureur impérial Choppin d'Arnouviile put se soustraire à temps aux recherches de la nouvelle police.
Nommé depuis quelques mois à Lyon, où il avait remplacé M. Gaulot, M. le premier président Millevoye, malgré son dévouement notoire à l'Empire, et sa haute stature qui ne lui permettait pas de sortir inaperçu, ne fut jamais inquiété. D'un patriotisme éclairé, d'un libéralisme atténué par le sentiment très vif de l'autorité nécessaire, toujours affable, entouré de l'estime de tous, il était presque populaire dans le quartier ouvrier où il habitait le château de la Buire. J'ai conservé un souvenir reconnaissant de sa constante bienveillance.
A côté des attentats politiques contre la liberté des citoyens, il est juste de signaler le zèle de la population à protéger l'ordre dans la rue, et à prévenir ou à réprimer les délits de droit commun. Comme en 18i8, le peuple arrêta les
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voleurs et les désigna au mépris public par des écritaux infamants.
Mais, quand il s'agissait des biens aiïectés à un usage religieux, le souci de la probité s'effaçait suivant le fanatisme populaire qui les mettait hors la loi. Les couvents des Carmes, des Jésuites, des Clarisses, les séminaires de Saint-Irénée et des Missions Africaines furent envahis et saccagés.