‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 9 sur 77 · LES ARRESTATIONS ARBITRAIRES · texte numérisé non relu

LES ARRESTATIONS ARBITRAIRES

Le préfet Sencier, d'abord emprisonné à la mairie de la Croix-Rousse où il passa cinq jours au secret, ses secrétaires généraux de Laire et Cézan, le chef de division Windrif, le procureur général Massin, M. Baudrier, président de chambre à la Cour d'appel, plusieurs membres de la Commission municipale, tous les commissaires de police, un grand nombre d'agents, des prêtres, des religieux, les Pères Jésuites — ceuxci arrêtés au moment où, par un trou percé dans un mur mitoyen, ils s'échappaient de leur couvent de la rue Saint-Hélène et cherchaient un refuge dans une maison voisine, — furent enfermés dans les cellules de la prison Saint- Joseph.

Quand les serviteurs de Dieu sont incarcérés, il est de tradition que le peuple mette en liberté Barrabas. Pour faire de la place aux nouveaux pensionnaires de Saint-Joseph, la bande à ïimon leva l'écrou de cinquante malfaiteurs condamnés pour délit de droit commun, non sans leur avoir fait signer le bon billet d'un engagement pour la durée de la guerre !

Il est superflu d'ajouler que les arrestations se faisaient en des formes sommaires dont la tradition s'est depuis longtemps perdue en tout pays civilisée

Au moment de son arrestation et comme il était brutalement emmené par les hommes de la rue Luizerne, le procureur général Massin rencontra l'avocat généi'al Bérenger, qui, tout bouleversé d'indignation, s'en fût à l'hôtel de ville, trouva le Comité en séance et lui fit entendre une courageuse protestation.

C'est par M. Bérenger que le Comité apprenait l'arrestation du procureur général, à laquelle il était étranger. S'il n'osa pas ordonner la mise en liberté de M. Massin, il écouta, du moins, sans les interrompre, les reproches vé-

1. MM. Bellon cl Thoiuasset, membres de la commission municipale, Debussigny, commissaire de police, furent remis en liberté peu après leur arrestation, et sur l'engagement signé par eux de se représenter à toute réquisition.

Voici le texte de l'engagement signé par le commissaire de police Debussignj' : « Arrêté sous une inculpation qui n'est pas justifiée, M. le secrétaire du Comité de Salut public m'a remis en liberté à condition que je me représenterai à toute réquisition des membres du Comité. J'approuve et je m'engage à tout ce qui est écrit ci-dessus.

« Sifjué : Deiussih.ny.»

Page 1