UNE LETTRE DE M. SENCIER
avaient été trouvés à demi-consumés dans une cheminée au moment de l'envaliissement de Thôtel de ville.
L'opinion publique en attribuait la responsabilité à M. Sencier, fort injustement d'ailleurs, s'il faut en croire la lettre suivante qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser :
24 septembre 1870.
Monsieur,
Comme mao^istrat et comme honune, vous vous êtes montré vis-à-vis de moi plein de courtoisie, de courage et de loyauté.
Je vous en exprime ma reconnaissanre.^
Cette attitude, Monsieur, m'impose le devoir de vous donner certaines explications.
Il s'agit des projets de mandats d'amener trouvés à l'hôtel de ville, et des allégations contenues à cet égard dans un article réi^emnient publié par le Progrès.
J'alTirme sur l'honneur que, lorsque je suis arrivé à Lyon, ces mandats existaient depuis fort longtemps. S'il s'en est trouvé portant le millésime de 1H7Û, cela tient sans doute à ce qu'on a voulu reviser le travail primitivement exécuté. Ce qui prouve que les choses se sont ainsi passées, c'est que les pièces ne portaient ni dates, ni signatures.
J'affirme sur l'honneur, que j'attachais si peu d'im-
portance aux mandats ou aux notes individuelles qui les accompagnaient que je ne les ai même pas vus et que, si tout cela m'avait jamais été soumis, je n'aurais certainement par souffert qu'on mît en suspicion les hommes auxquels le Progrès fait allusion et qui se trouvaient dans un camp politique autre que le mien, mais dont le caractère et l'honorabilité m'inspiraient confiance et sympathie.
J'affirme sur l'honneur que, sous mon administration, il n'a été, avec mon autorisation, donne connaissance des mandats ni à l'autorité militaire ni à l'autorité judiciaire. Elles n'ont donc pas eu à refuser un concours que personne ne leur a demandé, et le procureur général a dit vrai lorsqu'il a répondu qu'il ignorait le fait dont on lui parlait.
J'affirme, enfin, sur l'honneur, que jamais je n'ai reçu d'instructions directes ou indirectes pouvant laisser supposer que la pensée d'un coup d'Etat quelconque ait été conçue à Paris.
Vous pouvez. Monsieur, accueillir toutes ces affirmations. Elles émanent d'un homme qui n'a jamais menti, qui n'a jamis reculé devant la responsabilité de ses actes, qu'elles qu'en dussent être les conséquences, et auquel ses ennemis politiques eux-mêmes n'ont jamais refusé leur estime.
Je laisse à votre appréciation le soin de faire de cette lettre l'usage que vousjugerez convenable.
Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments de considération et de gratitude.
Signé : L. Sencier.