‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 29 sur 77 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LA FIN DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC. — SES ADIEUX AUX LYONNAIS. — CHALLEMEL ET DELESCLUZE. — LES ÉLECTIONS MUNICIPALES.

A la date de mon arrestation à la Croix- Ilousse, un fait important venait de se produire, qui préparait Tavènement d'un ordre plus régulier : je veux parler de la substitution au Comité révolutionnaire d'une administration municipale librement élue.

Peut-être se rappelle-t-on que dans la nuit du G septembre, appuyant la proposition du citoyen Carlod, j'avais obtenu que le Comité de Salut public résignât ses pouvoirs et fût remplacé par un Conseil municipal à élire le 18 septembre.

Ce vote de désintéressement ne tarda pas à être regretté et considéré comme TefTet d'une surprise. Dès le lendemain la question était remise en délibération, et le Comité an nu-

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lait la plus honorable des décisions qu'il eût ])rises.

Les l'aisons de ce revii'ement sont résumées en ces termes |»ar le secrétaire du Comité, Louis (iarel, dans sa brochure sur la Révolution Lyonnaise :

La situation du Comité, dit-il, ne pouvait sans doute pas être éternelle; mais il fallait le prolonger le plus possible, et ce n'était pas à lui à faire préjuger de son peu de durée et à s'entacher d'impuissance et d'inanité. Son devoir était do inaiulenir le droit révolutionnaire et d'en user; de ne pas refuser la tâclie, si lourde qu'elle fût, et d'assembler toute sa force pour l'accomplir, ([uoi qu'il advint et justement parce qu'il pouvait advenir des événements terribles et des difficultés encore plus grandes.

Quelle confiance, d'ailleurs, devait-on avoir dans le suffrage universel? N'est-il pas trompeur et dangereux dans les moments critiques, et peut-il suffire à leur impérieuse exigence? Ne donne-t-il pas, par sa légalité même, un caractère timoré et respectueux à ses mandataires, qui ont à tenir compte des opinions diverses de leurs mandants, tandis que des révolutionnaires non élus, acclamés, ne tiennent leur mandat que de la situation même qu'ils ont créée, ne sont liés par rien, agissent librement et énergiquement? A cette époque, la France tout entière protestait contre l'élection pro-

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posée d'une constituante. Ce qu'on jugeait mauvais en Urand, pouvait-il être bon en petit, et ceux qui voulaient un conseil municipal n'étaient-ils pas ceux-là qui refusaient la Révolution et toutes ses conséquences?

Cette page mérite de retenir notre attention parce qu'elle est l'image exar-te de l'esprit qui dominait au Comité, en même temps que le miroir fidèle où se peuvent reconnaître, jacobins ou socialistes, les démagogues de tous les temps : ils placent leurs volontés au-dessus du consentement des majorités, car ils sont le droit, lii vérité, la justice, et ce droit, cette justice, cette vérité dont ils sont seuls juges, en leur infaillibilité, il leur appartient de les imposer au plus grand nombre pour le bien de l'humanité; la démocratie, c'est leur dictature; ils détiennent la souverainet(' du peuple en vertu d'un droit révolutionnaire qui se confond avec la force ; le sulfrage universel n'est plus l'organe respecté de la volonté nationale, le générateur du droit populaire; c'est un instrument dangereux d'anarchie ou de révolte dont il faut dii'iger ou corriger les manifestalions, cpiand

il n'est pas possible de les suspendre ou de les supprimer.

La bourgeoisie libérale qui a\ait salué l'arrivée à Lyon de Challemel-Lacour comme une délivrance, et qui lui demandait impatiemment des actes d'autorité contre le Comité de Salut public, ne se rendait pas compte qu'il n'avait guère que le titre de Préfet, — encore le lui avait-on contesté ! — et que le pouvoir était aux mains de la Commune révolutionnaire, dont il ne pouvait ni abattre le drapeau, ni annuler les délibérations.

L'amertume qu'il en ressentait déborde dans cette lettre que Challemel écrivait, le 13 septembre, à Delescluze et qui a été retrouvée au cours d'une perquisition, quelques jours après que le dictateur de la Commune expirante fût tombée sur la barricade du Châteaud'Eau :

Mon cher Ami,

.le ne lis pas le Réveil, quoique je le fasse acheter rég-ulièrement.

Depuis cinq heures du malin, et il est dix heures du

soir, je suis occupé, obsédé, importuné, et savez-vous ce qui m'occupe? Ce ne sont pas les Prussiens, ce n'est pas la défense de Lyon ; non, c'est de m'ing-énier à empêcher à tout prix une collision entre tout le monde (républicains compris), et une bande qui s'est emparée de la préfecture et fait mille sottises, menaçantes, irritantes, et sans aucun résultat. Cette bande, c'est l'Internationale de Lyon, composée de ce qu'il y a de pire dans le mauvais; que l'invasion ne touche guère, que la République n'émeut pas du tout, et qui s'en vante. Sans eux tout irait ici admirablement. La République y a des forces étonnantes. Le patriotisme et le courage sont grands. Depuis ce matin, les enrôlements sur Vaulel de la patrie, avec fanfares de trom])eltes à chaque enrôlement, me réjouissent le cœur. Mais ces imbéciles, mêlés d'anciens mouchards, paralysent tout. Ils ont arboré le drapeau rouge, bien qu'il n'ait pour eux aucune signification que d'être un défi à la République, au bon sens, etc. Le collectivisme est leur affaire. Savez-vous ce que c'est que cette bête-là ? Je ne sais s'ils voudraient me pousser à les écraser; je n'aurais qu'à lever le doigt pour qu'ils disparussent. Car j'ai pour moi tout le monde; les républicains, parce qu'ils ont senti bien vite, j'ose le dire, que j'en suis un! les bourgeois, parce qu'après tout je suis la seule autorité sur laquelle ils puissent s'appuyer.

Les drôles qui composent la force de l'Internationale ont pris le pas dimanche sur les honnêtes gens du Comité de Salut public, par l'avantage qu'ils avaient

d'être organisés sous l'étendard d'une secte, tandis que républicains et révolutionnaires, isolés et étrangers les uns aux autres, selon leur louable coutume, ne formaient aucun groupe. A cette heure, la susdite serait anéantie, si je n'avais résisté à toutes les suggestions de répression qui m'accablent. Il aurait fallu pour cela un coup de force, donner à l'étranger qui est chez nous et aux autres peuples le spectacle de nos dissensions, et faire encore une fois des vainqueurs et des vaincus ; entamer la série des conséquences qui se rattachent à un coup de force, comme la queue du serpent tient à la tête.

Tout cela me parait horrible. Mais qui sait si demain les drôles, qui m'ont regardé de travers dès le premier jour, non à cause de mon nom ou des hommes du Gouvernement qui m'envoie, mais tout simplement, parce que je venais de Paris, parce que je représentais l'autorité nationale, destinée à borner celle de l'Internationale, ne me forceront pas à les balayer? Je le ferai, n'en doutez pas, sans barguigner, parce qu'ils perdent ici la République ; mais je le ferai le cœur navré.

Oh! ma rue Fontaine-Saint-Georges, où êtes-vous?

Sî[/né : Challemel-Lacouiî.

Challemel exagérait l'importance de Vlnternationale dans le Comité de Salut public, où elle n'était représentée que par sept de ses

CHALLEMEL-LACOUR ET DEr.ESC.LUZE IH

membres, Beauvoir', Pali\, Placet, Tacussel, Doublet, Charvet et Lombail. Mais il est permis de croire que, s'adressant au vieux jacobin du journal le Réveil, \\ ne convenait pas au Préfet de la Défense nationale d'admettre qu'il avait contre lui le jacobinisme lyonnais ; il préférait rejeter la responsabilité d'une situation humiliante sur ces collectivistes nouveau-venus dans le parti de la Révolution, sur cette Internationale suspecte, dont Delesclu/e n'avait pas encore accepté l'alliance.

Challemel dénaturait aussi la signification du drapeau rouge, qui était le symbole de la Commune et de la révolution sociale bien plus que le signe des revendications internationalistes.

Challemel eût été bien coupable si, n'ayant eu, suivant son expression, « qu'à lever le doigt pour que disparût la bande qui s'était emparée

1. Beauvoir avait obtenu du Comité l'autorisation de prendre au grelTe du tribunal le dossier des poursuites commencées contre les membres de l'Internationale. Le greffier, s'inclinant devant l'autorité du Comité de Salut public, avait livré ce dossier à Beauvoir sur son récépissé.

de la préfecture », il s'était abstenu de ce geste facile.

Mais la vérité, pénible à avouer, c'est que, n'ayant pas la force, il ne pouvait songer à un coup de force ; et que, pour « balayer sans barguigner », il fallait attendre d'avoir le manche de son côté. Ne l'ayant pas, il s'attacha à une politique de temporisation qui ne pouvait satisfaire ni les appétits des violents, ni les impatiences des gens paisibles.

Pour obtenir l'abdication du Comité de Salut public et Télei'tion d'un Conseil municipal, Challemel-Lacour (hit ménager le vent contraire, louvoyer avec une habileté à laquelle il faut rendre justice, et se créer d'abord un parti à l'hôtel de ville.

A cet elîet, il avait proposé et obtenu, en dépit d'une vive opposition, que le Comité lui désignât une sorte de Conseil de préfecture choisi en majorité parmi ses membres ^ Conférant chaque matin dans son cabinet avec

L Ce Conseil, ou «Comité de préfecture», se composa de MM. Baudy, Eaiile Bonnardel, Chepié, Durand, Josserand, Maynard, Michuiid, Ueynier.

ses nouveaux conseillers, leur communiquant ses dépêches, écoutant leurs avis sans jamais témoigner d'impatience, les retenant à sa table, flattant leur vanité, caressant leurs ambitions, exerçant sur eux l'ascendant d'un esprit supérieur, il avait peu à peu fortifié son autorité en désagrégeant le bloc du pouvoir rival, si bien qu'il ne rencontra qu'une résistance facilement abattue quand il convoqua les électeurs pour le 15 septembre.

Membre du Conseil préfectoral en même temps que président du (Comité de Salut public, Chepié se lit l'avocat de Challemel auprès du Comité ; il apaisa les colères de ses collègues en leur donnant l'assnrance que <( le préfet déclarait que les élections seraient faites dans le sens révolutionnaire, en dehors de toutes les lois antérieures ».

Le préfet ne protesta pas. et son silence, sans rien engager, laissa croire, qu'en ellèl, les électeurs lyonnais étaient appelés à nommer une Commune autonome.

L'arrêté de convocation des électeurs flattait

le vieil instinct d'indépendance des Lyonnais, visait l'adhésion du « Comité préfectoral », rendait au Comité de Salut public un hommage plus habile que sincère.

Ce morceau de di])lomatie administrative mérite d'être reproduit :

Le préfet du Rhône,

Le Comité préfectoral entendu,

Considérant que la commune de Lyon, trop loDgtemps privée de ses franchises municipales, est impatiente d'exercer ses droits électoraux;

Considérant que les circonstances présentes exigent une organisation prompte et énergique de l'autorité locale ;

Considérant que le Comité qui a été constitué le 4 septembre à l'hôtel de ville, et dont le patriotisme, au milieu de difficultés si grandes, s'est montré à la hauteur de la situation, ne prétend point remplacer une autorité issue du suffrage universel régulièrement consulté,

Ariîête:

Ahtici.k riîK.MiF.ii. — Les élections pour la nomination d'un (Conseil municipal à Lyon auront lieu le jeudi 15 septembre.

Art. 2. — Le nombre des conseillers municipaux est fixé à cinquante-deux, parmi lesquels seront choisis le maire de Lyon et ses adjoints ', ainsi que les officiers d'état civil et leurs adjoints pour les six arrondissements de Lyon, etc..

Signé : Le préfet^ Challemel-Lacour.

Avant de se retirer, le Comité fit afficher cette proclamation due à la collaboration des citoyens Garel et Chapitet :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE commune de lyon

Citoyens,

Nous allons remettre au Suffrage Universel le mandat révolutionnaire que nous tenons de votre acclamation. Nous croyons avoir lait notre devoir. Premiers à la tâche, à cette rude tâche de remédier au passé et d'affirmer l'avenir, nous n'avons pu en accomplir

\. Le Comité de Salut public, lui aussi, avait choisi parmi ses membres et délégué aux mairies des divers arrondissements, des officiers de l'état civil qui avaient cru unir en justes noces de nombreux Lyonnais et autant de Lyonnaises. Or il se trouva qu'aux yeux de la loi ces mariages étaient nuls. Il fallut que l'Assemblée nationale, en dépit des principes juridiques, votât plus tard une loi rétroactive, pour valider toutes ces unions et en légitimer les suites.

IIG L.\ COMMUiNK A LYON EN 1870 ET 1871

qu'une partie; que ceuxqui nous suivront la continuent; que la Révolution désormais indiscutable, inaliénable, l'achève !

Nous sommes prêts à rendre compte de nos actes : nous n'avons pas menti aux devoirs et aux droits que le Peuple nous a confiés. Les mandataires des élections prochaines trouveront devant eux, sûre et libre, la voie ouverte par la Révolution du -i Septembre.

La défense nationale s'organise. Les négations et les refus de l'ancien pouvoir, traître à la patrie, sont démentis et domptés. L'œuvre se complétera.

Nous ne pouvons douter que le soiifjle patriotique qui anime le peuple, qui anima le Comité de Salut public, n'anime de même les nouveaux élus. Qu'ils se souviennent que la population lyonnaise a jeté son défi aux hordes insolentes du Nord, que les ennemis, prendraient-ils Paris, qu'ils ne prendront pas, n'auraient pas par ce seul fait pris la France, se heurtant à la province armée et énergique, et que l'ancien drapeau national vaincu, ils verraient encore debout le drapeau de la Commune et de la Fédération.

Les jours de désastres sont passés, les heures sombres ne comptent plus que dans le souvenir de l'histoire qui juge; la paix reconquise doit nous trouver mûrs pour l'œuvre révolutionnaire qui est de tous les jours, de toutes les heures. C'est la tâche éternelle que nous n'avions pas oubliée, malgré les brusques exigences du présent.

LES ÉLECTIONS MUNICIPALES il7

La société était en danger comme la patrie. Sauvons la patrie, mais sauvons aussi la société qui marchait à l'abîme.

Ne retombons pas dans les mêmes errements d'état, d'église, de police, d'administration, qui nous ont assez compromis et dont l'épreuve est faite. Luttons contre la sanglante barbéu'ie armée et contre une prétendue civilisation sans justice.

Citoyens,

Deux lois seules survivent : le dévouement à la Patrie et le Suffrage Universel.

Au combat et au vote! Lt que l'un et lautre affirment la France et la Révolution !

(Suivent les signatures de tous les membres du Comité, sans en excepter ceux qui ont voté contre cette proclamation, ni ceux dont l'absence est contsatée au procès-verbal.)

C'était le testament politique du Comité de Salut public. 11 y léguait au futur Conseil municipal le soin de continuer son œuvre.

La phrase sur «. l'ancien drapeau national vaincu », remplacé par le drapeau rouge, suffirait à démontrer que le procureur de la République n'avait pas signé pareil manifeste et que.

si son nom figurait au bas de ce document parmi ceux de tous les autres membres du Comité, sans exception, c'est parce que le président, se croyant suffisamment autorisé par le vote de la majorité, avait coutume de disposer des noms de ses collègues de la minorité, sans se soucier de leur consentement '.

Le 16 septembre, les élus de la veille firent leur entrée à l'hôtel de ville et interrompirent brusquement la dernière séance du Comité de Salut public.

Les nouveaux conseillers, soit qu'ils eussent fait partie du Comité, soit qu'ils fussent nouvenus à l'hôtel de ville, arrivaient en majorité avec la prétention de n'être pas soumis aux lois de l'Empire, tombées, disaient-ils, avec le régime déchu. Dès leur première séance, par une acceptation pure et simple de la succession de

1. Le 29 mai 18~2, Varambon, alors procureur général à Besançon, m'écrivait, à Toccasion d'un procès en ditfamation : « ... Je vous remercie d avoir rétabli, pour moi en même temps que pour vous, la vérité relativement à la délibération du Comité sur le drapeau de la Commune ; délibération que nous n'avons signée ni l'un ni l'autre, que je pouvais d'autant moins signer qu'à ce moment j'étais retenu au lit malade après la mort de mon père. »

leurs prédécesseurs, ils votèrent une résolution aux termes de laquelle « les actes du Comité de Salut public auraient force de loi pour la Commune de Lyon et seraient exécutés sans être jamais discutés ».

Sous peine de perdre le peu d'influence qu'il avait péniblement con([nise, le préfet fut contraint de faire à cet état d'esprit de regrettables concessions, parmi lesquelles la plus apparente, si non la plus redoutable, fut celle du drapeau rouge. Néanmoins, le pouvoir dictatorial de la Commune avait pris fin avec l'Assemblée révolutionnaire ; l'ed'et des lois se faisait sentir à ceux mêmes qui en niaient l'autorité, et ce n'est pas du Conseil municipal élu le 15 septembre, que vinrent les principales difficultés contre lesquelles, durant de longs mois, les fonctionnaires du Gouvernement de la Défense nationale eurent encore à soutenir une lutte de tous les instants.

CHAPlTUf: XII

LECHAIFFOURÉE DU 28 SKP lEMBHE — CI,i:SERET, BA- KOUNINE. — LE Pi,ATIUI<U SAIGNE. — LES PLEINS POUVOIRS DU COMMISSAIRE EXTRAORDINAIRE DE LA REPUBLIQUE.

Sous la présidence du citoxenComle, navelier, dans une salle mise à sa disposition par la municipalité, un (c (lomilé central fédératif » s'installa au palais Saint-IMerre, côte à côte avec la faculté des lettres et les musées, à deux pas de Thôtel de ville. Les plus mauvais éléments du Comité de Salut public, évincés par les élections municipales, s'y étaient réfugiés. Ce Comité représentait la fraction ultra-jacobine de la démocratie lyonnaise; je veux dire celle qui, plus avide d'autorité que de réformes, préoccupée de donner à la République un air farouche et menaçant, prenait pour modèles les jacobins de 1793, professait leurs principes, affectait leurs allures, plagiait leur langage.

Le citoNcn Comte et ses amis s'étaient donn(''

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Ja mission de « défendre la Uévoliition et de maintenir l'esprit populaire à la hauteur des circonstances ». Ils donnaient des ordres aux ouvriers des cliantiers ; ils adressaient des avis au (-onseil municipal, des manilesLes à la population. Deux foisjtar semaine, ils tenaient des séances |)ubliques.

('/est ce Comité qui, le h^idemain de la réunion de la salle Valenlino, par une invitation (raj)parence courtoise, attira le pi'ocureur delà Ké|)ublique dans un guet-apens, l'insulta, le déclara coupable de trahison pour avoir mis en liberté les détenus politiques, etpronou(;a contre lui je ne sais quelles condamnations, |)ourrexécution desquelles il ne se rencontra pas de bourreau.

D'autre part, à l'instigation du russe Balvounine, arrivé à Lyon le IcS septembre avec le dessein d'y fomenter un mouvement communiste, un Comité central du Salut de la France, dont le titre patriotique dissimulait des menées internationalistes, tint ses séances d'abord dans un atelier de la Guillotière, puis dans la salle

de la Rotonde. Il avait à sa tête les principaux chefs de l'Internationale, parmi lesquels Albert Uichard, et organisa des Sous-Comités à Saint- Etienne et dans d'autres centres ouvriers.

Le Comité central fédératif et le Comité du Salut de la France, bien que suspects l'un à l'autre et rivaux d'influence, finirentpar se rapproclier et s'entendre pour chasser de l'hôtel de ville « la Réaction », qui relevait la tète en la personne de Challemel-Lacour.

Il fallait recommencer le 4 septembre, dissoudre le Conseil municipal, supprimer le préfet et proclamer la Commune indépendante dans la République fédérale.

Les circonstances paraissaient favorables à un mouvement insurrectionnel. Les rues de Lyon étaient encombrées de francs-tireurs aux uniformes fantaisistes, mal nourris, mal payés, atlendantle signal du départ, irrités de l'apparent dédain de l'autorité militaire qui ne pouvait ou ne voulait pas leur donner les armes promises i.

I. « Lyon était le séjour de prédilection des corps-francs. Des côtes de la Manche, du fond de l'Egypte, ils accouraient à Lyon,

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D'autre part, des chantiers nationaux avaient été ouverts pour les ouvriers sans travail. Là, moyennant un salaire insuffisant pour ceux qui en vivaient, quoiqu'onéreux pour la ville, plus (le dix mille hommes, mal préparés au métier de terrassiers, travaillaient aux fortifications. De même que les volontaires des corps-francs, les ouvriers des chantiers étaient facilement accessibles aux pires suggestions.

A cette armée de mécontents, il manquait un chef militaire. On renouvela Tappel que le Comité de Salut public avait déj.à fait à Cluseret, désigné par ses relations d'amitié avec les principaux chefs de l'internationale, autant que par le prestige du titre de général qu'il avait conquis en Amérique, pendant la guerre de sécession, au service des États du Nord. Nous l'avons connu plus tard à la Chambre des députés, vieilli et fatigué : mais alors sa mâle figure bronzée, sa

où ils trouvaient des magasins qui se garnissaient pour eux, une municipalité qui les assimilait à l'armée française, et le voisinage du quartier général de Garibaldi. » (Rapport du comte de Ségur à l'Assemblée nationale.)

taille liaute et droite, son allure martiale, sa parole véhémente semblaient devoir lui assurer lautorilé d'un chef et Tascendant d'un tribun.

Sans emploi à Paris, où ses mérites étaient méconnus, son ambition suspectée, Cluseret répondit à l'appel des Comités lyonnais; les chefs du mouvement fédéraliste l'accueillirent avec transport, le produisirent dans les réunions publiques, lui donnèrent l'occasion de faciles triomphes oratoires au club de laRotonde, et l'y firent nommer par acclamation « commandant des forces révolutionnaires du département du Rhône ».

Le 28 septembre à midi, amenée par les chefs des deux Comités, une foule, à laquelle on avait promis des salaires plus élevés, débouchait sur la place des Terreaux, sans bien savoir ce qu'elle venait y faire. C'était la manifestation de la misère, sans cris, sans armes, sans allures menaçantes.

Mais ceux qui la conduisaient, se disant délégués du peuple, pénétrèrent dans l'hôtel de

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ville. A côté de Cluseret, c'était le plâtrier Saigne, président ordinaire des réunions de la Rotonde, rinternationaliste marseillais Bastelica, Albert Richard et Gaspard Blanc, ces deux derniers accusés d'être les agents d'une intrigue bonapartiste'; au milieu d'eux, se détachaient la haute et massive stature du nihiliste Bakounine, ses lourdes épaules, sa tête impassible, encadrée de cheveux longs et touffus, sa barbe embroussaillée. Puis venaient d'autres agitateurs moins connus, et parmi ceux-ci un M. de Boisluisant qui, lorsque je le fis arrêter, était porteur de cartes de visites, où son nom était suivi du titre peu comjjroiuettant de " Président du Club des Patin<'urs de Clerinont- Ferrand ».

Il faut ici donner acte à Cluseret de sa protestation contre le rôle que l'opinion générale lui a attribué. Il a prétendu qu'il ne connaissait aucun des hommes du 28 septembre; qu'il

1. Albert Richard et Gaspard Blanc ont publié plus tard, en collaboration, une brochure préconisant une entente du parti républicain avec le prince Napoléon.

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ignorait leurs desseins; que le hasard seul le mêla au mouvement. Perdu dans la foule où il était en curieux, il aurait été reconnu et poussé à l'hôtel de ville, où il n'aurait pris la parole que pour demander le maintien du Conseil municipal.

A l'instar de ceux qui s'étaient emparés de l'hôtel de ville le 4 septembre, les envahisseurs du 28 montèrent d'abord au balcon, et, sous le regard souriant d'Henri IV en bas-relief, l'un d'eux, le plâtrier Saigne, homme hirsute et trappu, verbeux et incohérent, harangua le peuple en un interminable discours, dont la foule ne saisissait que les gestes, et qu'elle applaudissait sans l'entendre. Les auditeurs les mieux placés comprirent que l'orateur demandait la dissolution du Conseil municipal, l'arrestation du général Mazure commandant l'armée de Lyon et son remplacement par le général Cluseret.

Les chefs de la sédition s'installèrent dans la salle des séances du Conseil municipal, procédèrent à la nomination d'un nouveau Gouver-

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nement, prononcèrent la dissolution du Conseil récemment élu, révoquèrent le préfet et les principaux fonctionnaires, sans oublier le procureur de la République, ordonnèrent des réquisitions ^ signèrent des ordres d'arrestations, votèrent « la suspension du payement des impôts et des dettes hypothécaires ».

Pendant ce temps, Challemel-Lacour était enfermé dans son cabinet de travail; des francstireurs (dont un nègre), se qualifiant <» volontaires de Cluseret », avaient été placés à sa

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