L ÉCHAUFFOURÉE DU 28 SEPTEMBRE
de lu populace l'exaspérait ; il a\ait hâte de sortir de cette atmosphère de haine et de sottises où étoiiiïait sa délicatesse de philosophe et de lettré ; il parlait de donner sa démission en face de l'émeute.
Tandis que le préfet était prisonnier de l'insurrection, celle-ci suhissait des fortunes diverses. Ses principaux chefs, successivement arrêtés par les officiers de la garde nationale et remis en liberté par la foule, commençaient à comprendre que le succès de la journée était compromis et redoutaient les suites de leur équipée. L'opinion publique, celle surtout des quartiers voisins de l'hôtel de ville, se montrait opposée à la tentative des fédéralistes ; on battait le rappel de la garde nationale ; les bataillons arrivaient tour à tour, ceux des quartiers du centre hostiles à l'insurrection, ceux des faubourgs indécis, mais heureusement influencés par l'attitude de M. Ilénon, maire de Lyon, qui montra ce jour-là, comme pendant toute la durée de sa magistrature, beaucoup de sangfroid et de courage.
Il était cinq heures du soir ; la cohue des manifestants perdait patience et se dispersait lentement. Déçus par Fattilude de la garde nationale, dont ils avaient témérairement escompté la complicité, et surtout par les cris inattendus de « Vive le Conseil municipal ! Vive le préfet ! » poussés par les bataillons de la Croix-Rousse en réponse aux exhortations du maire, les chefs du mouvement s'esquivaient tour à tour, suivant l'exemple de Bakounine, qui s'était enfui l'un des premiers, après avoir été arrêté et avoir subi deux heures de détention.
Les « Volontaires de Cluseret », eux aussi, avaient disparu à la suite de leur chef ; le préfet, retrouvant sa liberté, en profilait pour donner à la journée du 28 septembre une conclusion imprévue.
Impatient des résistances que l'autorité militaire opposait à ses projets, gêné par les entraves d'une législation faite pour des temps normaux ; convaincu qu'un pouvoir dictatorial pouvait seul avoir raison des difficultés au milieu desquelles il se débattait, Challemel-Lacour
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avait demandé au Gouvernement de Tours de prononcer à son profit le caveat Consul, et le Conseil municipal s'était joint à ses instances.
Le 27 septembre était arrivé le décret qui lui confiait « les pleins pouvoirs civils et militaires ».
Accompagné du maire, des conseillers municipaux et des officiers d'état-major de la garde nationale, Challemel-Lacour descendit sur la place des Terreaux et y fit lire solennellement le texte de son décret.
Cette lecture fut accueillie par les acclamations des gardes nationaux, auxquelles se mêlaient les cris enthousiastes de la foule, et Challemel-Lacour, à peine échappé aux menaces et aux outrages de l'émeute, connaissait pour la première fois à Lyon les joies éphémères de la popularité.