CHALLEMEL-LACOUR ET LA DÉFENSE NATIONALE
avec le maintien de l'ordre, sa plus haute préoccupation.
Souvent il m'a répété : « Je suis ici pour maintenir l'ordre et armer la ville. Je veux empêcher la guerre civile, mettre Lyon en état de résister, et concourir de mon mieux à la défense nationale. »
Secondé par l'élan patriotique de la population lyonnaise, il contracta de nombreux marchés pour armer et équiper les troupes en formation à Lyon ou mémo les corps de passage, auxquels il ouvrit largement, trop largement peut-être, les magasins de l'Llat. 11 créa ces vaillantes légions du Rhône, qui se sont battues comme de vieilles troupes à Nuits où la 1'" légion perdit, avec le tiers de son effectif, son glorieux chef, le colonel Celer', et sous Bourbaki pendant la campagne de l'Est. On lui
1. Le colonel Celer est mort à Màcon quelf|ues jours après sa hlessure. On a prétendu qu'il avait été tué par un de ses légionnaires : « Ce n'est pas une balle prussienne qui m'a frappé, » aurait-il dit lui-même avant de mourir. Mais ce douloureux soupçon, qui assombrit ses dernières heures, a été démenti par les constatations médicales (Voir le rapport du D"' A. Aubert, pul^lié dans le Courrier de Lyon du 1°'' janvier 1871).
Des actes graves d'indiscipline s'étaient passés à Villefranche,
doit aussi ces légions crAlsace-Lorraine, composées de onze mille Lorrains ou Alsaciens venus des départements envahis, un à un, en trompant la vigilance de Tennemi, la nuit, par des chemins de traverse; passant par la Suisse et se rendant à Lyon pour obéir au décret de mobilisation et donner à la patrie ce gage suprême de fidélité.
Moins heureuses que les légions du Rhône, celles d'Alsace-Lorraine ne furent pas prêtes à temps pour marcher à Tennemi. La signature de l'armistice vint les surprendre avant que leur armement ITit terminé; mais tous les Lyonnais ont |)U applaudir, avec un patriotique orgueil, leur belle tenue, leur martiale allure à la revue du 5 février, sui' la place Bellecour.
Je ne |)uis laisser passer nos légions sans donner un souvenir à i\L Bérenger qui, tandis
le lendeuKiin du liéparl de la l"''' légion. Les soldats Pierre Gasmann, Louis Houveron, Joaniiy Miilon, traduits devant la Cour martiale et déclarés coupables à Tunaniniité d'insultes et de rébellion envers leurs supérieurs, furent passés par les armes en présence des troupes réunies à cet effet. Lopinion resta persuaduée que la mort du colonel Célcr devait être attribuée au ressentiment de ces rigueurs.