‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 37 sur 77 · CH ALLEMEL-LACOUR ET LA DÉFENSE NATIONALE · texte numérisé non relu

CH ALLEMEL-LACOUR ET LA DÉFENSE NATIONALE

que tant d'autres cherchaient dans les fonctions publiques un refup;e contre le devoir militaire, quitta sa robe de magistrat pour s'engager dans la l''' légion du Uhône, fut blessé à la bataille de Nuits, et modestement, sans grade ni galons, ])endant cette dure campagne d'hiver, donna l'exemple du patriotisme et de l'honneur.

L'œuvre hâtive de Challemel-Lacour ne fut pas exempte de critiquas méritées. L'insuffisance du drap qui habillait nos légions, et que huit jours de campagne mettaient en lambeaux, la qualité non moins défectueuse des souliers, l'imprudente décision qui abandonnait aux chefs de corps le droit de contracter des traités, la malheureuse concurrence et l'élévation des prix qui en résultait, des grades élevés trop facilement accordés, des révocations trop légèrement prononcées, et, dans un autre ordre d'idées, les réquisitions d'établissements religieux, transformés en casernes moins dans l'intérêt de la défense nationale que pour la satisfaction d'une démocratie hostile aux congrégations, lui ont

été durement reprochés.

Mais en regard de ce passif que les circonstances atténuent si elles ne le justifient pas, il faut, pour arriver à une juste balance, portera Tactif de Cliallemel-Lacour cinq légions du Rhône, trois légions d'Alsace-Lorraine, vingtsix mille hommes équipés, encadrés, instruits ; une bonne artillerie et de bons chevaux donnés à chacune de ces légions ; une école d'artillerie créée dans un moment où notre armée manquait surtout d'artilleurs, enfin Lyon transformé en un puissant arsenal au milieu d'un camp retranché.

De son côté le Conseil municipal, avec son Comité de défense présidé par mon ancien confrère Ferrouillat, plus tard sénateur du Var et Garde des Sceaux, faisait des achats d'armes et de munitions, créait des ateliers pour en fabriquer. Mais, plus encore que la préfecture, le Conseil municipal, par cela même qu'il émanait de l'élection, subissait la pression de l'opinion populaire qui exigeait des armes avec frénésie, donnait sa confiance aux inventions les plus bizarres et imposait à ses

l'œuvre militaire du conseil municipal 163

élus les engins de guerre les moins sérieux.

C'est ainsi que fut adopté et construit, malgré l'avis d'un éminent officier du génie, le général Serré de Rivière, mais sur la proposition du Comité municipal de défense, assisté d'un Comité scientifique, le camp roulant du général polonais Mierolawski. Ce héros de Tinsurreclion de 1863 nous apportait un système imaginé pour la guerre de partisans.

Un mémoire de l'inventeur résumait les avantages du « camp roulant » dont le système reposait principalement sur la résistance des matières matelassées et sur la propriété des plans inclinés de faire ricocher les projectiles.

On y voyait le sac-bouclier qui résiste aux balles, tient lieu de havresac et de giberne ; la pelle-visière qui, portée en tête par le fantassin, concourt avec le tablier de toile de tente plié en douze, à le protéger par une armure impénétrable ; la char-mantelet, ou pare-boulets qui fait ricocher les projectiles, et crée une zone de sécurité dans l'intérieur de laquelle

164 LA COMMUNE A LYOxN EN 1870 ET 1871

on peut braver les feux de l'artillerie ; mais surtout les chars hussites, qui semblent empruntés aux Perses et aux Sarmates : « Ils forment, dit Mierolawski, un système de fortifications vèloces ; ils sont impénétrables aux balles de fusil, inabordables à la cavalerie; ils pénètrent à la course dans les masses ennemies et peuvent alors se hérisser de lames tranchantes^ puis, au moyen d\in mouvement de rotation, balayer tout autour d'eux dans un rayon de soixante mètres ; par les temps calmes, ils permettent de passer de petits bras de mer. » Mais qu'est-ce auprès de '( la fusée-satan », capable de consumer une armée et dont le secret est offert à la ville de Lyon par son inventeur le citoyen Paul, courtier à Marseille, qui demande deux mille francs pour ses frais de voyage? Qu'est-ce encore auprès de tant d'autres appareils fusants ou détonants, où la dynamite, le chromate rouge de potasse, l'acide sulfurique, les bobines Ruhmkorff, séduisaient par leur aspect scientifique l'imagination populaire, et l'ignorance de nos conseillers

l'œuvre militaire du conseil municipal iQo

municipaux, et relevaient les courages par l'illusion d'un art militaire nouveau ?

Après un tiers de siècle, nous ne voyons plus guère que le côté ridicule de tous ces engins. iMais, pour juger équitablement l'effort parfois affolé de ses représentants, il faut se reporter au milieu de cette population ardente, qui s'attendait aux souffrances d'un siège prochain; dont le patriotisme n'était mêlé d'aucune forfanterie, et qui était sincèrement résolue à se défendre jusqu'à la dernière extrémité '.

1. Dans son rapport à l'Assemblée nationale sur «les marchés conclus àl.yon», le comte Louis de Ségur a rendu au patriotisme des Lyonnais ce témoignage non suspect : « Le Rhône a été un des foyers les plus ardents de la défense. La population a montré un réel patriolisme. »

Page 1