LE GÉNÉRAL BRESSOLES
correspondance, aux règles de la plus parfaite courtoisie.
Si donc M. le général Bressoles s'est blessé, c'est qu'il l'a voulu ; et il est à croire, en elTet, qu'il l'a voulu. La situation n'est pas pour lui, à Lyon, ce qu'il voudrait qu'elle fût. Il m'a été facile, dès les premiers jours, d'apercevoir que le rôle subordonné de l'autorité militaire lui plaisait peu. 11 y a longtemps qu'au grand péril de la paix publique à Lyon il serait devenu le maître, si je ne m'étais défendu avec politesse, mais avec fermeté, contre ses essais répétés d'envahissement.
Ebloui peut-être parle hasard qui, du rang de général de fraîche date, le portait à l'un des premiers commandements de France, il ne me cachait pas, presque au lendemain de son arrivée, son désir d'être nommé ministre de la Guerre, et il ne dédaignait pas de solliciter de ma part un concours que je n'étais nullement en état de lui accorder. Depuis, par un manège assez adroit, il avait obtenu du Conseil municipal qu'il envoyât auprès de vous une délégation pour demander en sa faveur le grade de général de division; on crut devoir auparavant me demander avis; et cet avis eut le tort, que M. le général Bressoles n'a pas ignoré, de n'être pas conforme à ses désirs.
Il y a huit jours, une maladresse insigne de sa part',
1. Le n novembre, le général Bressoles avait fait enlever un drapeau rouge qui décorait le fortin des Mercières, récemment achevé, aux chantiers nationaux. De là une grande agitation parmi les ouvriers des chantiers, et l'intervention du préfet.
beaucoup disent une provocation calculée, a failli faire renaître le désordre et mettre les chantiers en combustion. J'ai dû intervenir encore pour assurer la paix. Bref des faits nombreux attestent l'ambition irritée de ce jeune général, l'impatience avec laquelle il supporte la part faite par la République à l'autorité civile, la susceptibilité ridicule qu'il éprouve ou qu'il affecte en toute circonstance à son égard.
Le ijri'fet du Rhône,
Challemel-Lacour.
Le général Bressoles fut remplacé le 20 décembre suivant par le général Crouzal.