ARRESTATION U UN ANCIEN MINISTRE
tribunaux et à prononcer des condamnations.
La détention d't]rnest IMnard se prolongea parce qu'après un premier interrogatoire auquel il avait procédé, Challemel attendit le dossier accusateur dont Bordone avait annoncé Tenvoi.
Nous avons la dépêche par laquelle le Préfet rend compte de ce premier interrogatoire. Il paraît bien qu'il n'a fait que se conformer aux instructions de Gambetta :
7 janvier.
Préfet à Gambetta. Guerre
« J'ai dû interroger i'iiomrae venu d'Autun sur les seules indications contenues dans votre dépêche, sans lettres, dossier, ni rapport. Il explique sa présence à Autun par la résolution arrêtée de rester étranger à toute politique et de s'associer rt)mme garde national dans sa ville natale à la défense du pays. II prétend ne point correspondre, même avec ses amis qui sont à l'étranger. Il n'a pas voulu les suivre pour n'être pas accusé de conspirer. Quant à la distribution du Drapeau., il affirme y être complètement étranger. II nie toute participation. Une dépèche d'Autun m'annonce un dossier ; s'il arrive, je reverrai l'homme. II a bien peur.
« Signé : Chai^lemel-Lacovu. »
Le 30 janvier, le dossier est enfin arrivé. Nouvel interrogatoire; nouvelle dépêche :
Préfet Lyon à Gamhelta
« J'ai enfin reçu de Bordone un volumineux dossier, composé de papiers et de notes de la main de Pinard. Il y en a de toutes dates; les plus graves sont un recueil de calomnies toutes préparées contre l'armée garibaldienne et les fonctiounaires républicains. Ce que je vois très clairement dans ce dossier, c'est que Pinard est un parfait iml)écile; mais il n'existe pas le moindre indice qu'il ait reçu, distribué ou connu le journal le Drapeau. Toutefois je l'interrogerai une seconde fois, après quoi, ne pouvant le garder ni l'envoyer à Genève pour raison que vous connaissez, je le dirigerai, après avoir reçu votre avis, sur Bordeaux. Ranc le sermonera comme il sait faire.
« Sigyie' : Chall^mel-Lacouh. »
Quand il connut cette arrestation, le Garde des Sceaux Crémieux, auquel il faut rendre celle justice qu'il fit toujours ce qu'il put pour protéger la liberté individuelle, invita le procureur général à faire entendre au préfet les protestations de la justice. A défaut de Le Royer,
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démissionnaire et non encore remplacé, ce fut le premier avocat général Edouard Millaud qui dut se charger de cette mission. Le 16 janvier, il put enfin télégraphier au Garde des Sceaux que l'ancien ministre de l'Empire avait été remis en liberté.